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Nouvel Age

Message par Morgan le Lun 29 Sep - 17:02



Nouvel Age




Les heures glissent et se mélangent. Nuit, jour, seule la lumière change. Et les yeux restent ouverts, ils attendent, avec le calme des anges, que le monde cesse de tourner autour d’eux. Les pupilles scintillent, embrassées par le souffle d’un autre. Morgan imagine les histoires des fourmis qui galopent sous ses pieds. Cette tache de couleurs, quelques fleurs, une histoire d’amour, un couple qui se déchirent, des âmes qui se fragmentent. Cet anorak blanc, une femme qui se précipite dans les bras de son amant, ses vêtements, en dessous, le secret d’une relation confuse. Et là, ces enfants qui jouent, petites silhouettes qui courent après un point blanc, elle les imagine lui envoyer le ballon, quelle confusion alors, elel n’est pas sure de savoir tirer, mais dans ses rêves, elle courre vite, si vite, et elel sait quoi faire avec ses pieds. Dans ses reves elle leur renvoie la balle en rien et ils peinent à la rattraper.  Les histoires qu’elle se conte la font sourire, elle a l’imagination des écrivains du Crystal, l’inspiration tragique des acteurs de son théâtre,  mais, elle est incapable d’écrire une ligne, sur la page blanche, aussi pure que son existence. Blanche, blanche et vide. Il n’y a rien écrire. Aucune envie, aucune pulsion, elle s’abime dans la longue monotonie des jours. Elle se perd dans la captivité. Elle s’oublie, dans les histoires des autres, puisqu’elle ne peut en vivre aucune.

Morgan use ses yeux au verre de la vitre. Polis, noircis, ils cherchent les ombres sur les toits, la beauté des choses, les histoires des autres. Et puis, les yeux brulés, les paupières lourdes, elle s’en va dans sa chambre et s’étend dans ses draps dorés. Ses cheveux glissent sans les replis brillants, avalent la lumière, dévorent l’espace et l’enrobent d’une couverture douce, amoureuse, toile de noirceur dans cet océan de brillants. Dans son écrin de crin fin, elle s’endort, les mains pliées sous son visage, les poignets plissés, les bras recroquevillés.  Elle s’endort comme une enfant et s’éveille alors qu’une voix l’appelle.

-Mademoiselle, descendez, il est l’heure.
L’heure. L’heure. Quelle heure est-il ? Un œil sur l’horloge qui comptent les heures et la voilà presque surprise. Ou était-elle ? A quoi rêvait-elle ? Morgan aime à croire que son rêve était si beau qu’il la garda prisonnière.  L’heure, mais il est l’heure, comme toutes les heures, qui la laissent volatile. Le décompte qui se presse quand les secondes s’éternisent. Les jours qui se ressemblent, les mois qui s’alignent, les années qui s’éteignent. Il est l’heure, il est toujours une heure. Une heure vive, plus vive que les autres. Une heure qui est quand les autres sont déjà loin. Une heure qui la rapproche de celle qu’elle attends tant. Une heure. Son heure. Mais ce n’est qu’une heure, une heure comme les autres, et c’est l’heure de la faim, que Morgan ne ressent pas. Mais sa gorge est sèche, aussi elle se lève, elle coiffe ses cheveux du bout de ses doigts et retire le mascara qui a coulé le long de ses cils et tachées la peau pale de ses paupières.  Ses bras s’étirent, elle s’habille des vêtements jetés à terre, quelques heures à peine, puis quitte sa couche.

Engourdie par le sommeil, le visage détendu, elle est insensible à l’objet, au centre de la pièce, sur un pendoir. Avec la lenteur des somnambules, la jeune femme se dirige vers l’évier et se sert un verre d’eau. L’eau est pure, fraiche, elle éveille son palais, ses sens. Ses paupières se font plus légères, elle émerge de ce monde plein de songes qui est le sien. Sur la table, au centre, rien. Pas une fleur, pas un repas, pas un couvert, pas une touche de couleur. Le vide, intersidéral. Rien. La table est aussi pauvre que son cœur. L’œil interrogateur, Morgan questionne en silence la dame de ménage qui lui apporte ses repas. Celle-ci soupire, tends les doigts et montre à l’enfant inattentif la robe sur le portoir.

-C’est Madame Obra qui m’envoie, ce soir est un grand soir, ne vous a-t-elle pas prévenue ?
Vous êtes conviée, dans une demi-heure, dans la salle de cérémonie.

Autrefois Morgan se liait à ses dames, mais elles disparaissaient systématiquement. Maintenant elle ne connait même plus leurs noms, elle ignore leurs visages, elle n’écoute qu’à peine leurs paroles et très rarement y réponds.  Les lèvres de Morgan restent closes. Elle ne se souvient pas avoir été prévenue. Mais, parfois, elle oublie les jours, elle perd le fil du temps et tout s’obscurcit. Peut-être, alors. Qu’importe. N’est-elle pas la marionnette d’Obra ? Ce trophée qu’elle expose ? La robe est magnifique. Noire velours, perlée de quelques éclats de lumières, comme la nuit noire qu’éclairent les étoiles. La robe est le sublime écrin dans lequel la dame de fer l’oppresse, l’habille, pour que tous les regards se posent sur elle et que les mémoires n’oublient pas les victoires de l’impératrice Blanche. Morgan, elle, a chacun des cadeaux de son hôtesse, se rappelle ses défaites.  Et, quand elle s’habille, quand elle se maquille, elle sent la douleur de ses frères, ses sœurs, comme une boule dans son ventre, une tristesse dans sa gorge. Il est impossible de gagner contre Obra. Et il n’y a guère espoir qu’Obra la libère un jour.

Devant le miroir, Morgan s’observe encore et encore, tournant lentement pour apercevoir tous les angles. Parfaite, la robe est parfaite. Bustier, cintrée, elle marque sa taille. Longue, lourde, elle la grandie encore. Sur ses petits talons, Morgan se sent gigantesque. Elle se sent belle, et ce sentiment réchauffe son petit cœur. Pour faire taire les ronces qui entourent sa peau et châtient son manque de résistance, elle habille ses bras de long gants noirs. Et ses cheveux encre, elle les relève en une queue de cheval élaborée. Obra la veut belle, Morgan le sera davantage encore. Ce sera sa victoire à elle, d’éclipser les autres, de briller par sa seule présence, d’être la princesse fière d’un monde en ruine.  Seul attribut d’esclave, la torque de fer illumine sa gorge fine.

-C’est l’heure, Mademoiselle, vous êtes déjà en retard.

L’heure, toujours. Gaia est intemporelle, mais dans ce monde chronométré, chaque seconde est comptée. Morgan devient un rouage comme les autres, à la vitesse minutée. Et si le temps défigure son visage d’enfant, elle n’est femme encore. Juste entre deux, à peine sortie de l’adolescente mais pas encore aride comme Obra. Pas aussi vieille, mais dans le même rouage, au même rythme et dans l’impossibilité de choisir le sien.  Elle descend avec une lenteur mesurée les escaliers, puis se laissent accompagner quelques étages en dessous, dans la tour Lux, jusque la salle de cérémonie. Il y a tant de monde, déjà, la soirée doit être importante.  L’enfant sauvage, si habituée à la solitude, a soudain le vertige. Pour reprendre constance, elle attrape un verre de champagne, a la dérobée, et prends contenance en buvant quelques gorgées de l’Or pétillant.  

Un bruit de cristal que l’on frappe. Obra est là, un peu en hauteur, un verre de champagne à la main, le visage froid éclairé d’un sourire. Ses yeux se posent sur Morgan. Reptiliens. La jeune femme se sent comme une petite proie, une petite souris que le chat garde a l’œil, à quelques centimètres de lui, qui n’a aucune chance de s’échapper mais que le prédateur retient en attendant la faim. Ses vertèbres frissonnent, Morgan reste droite, sans expression. Obra parle, salue ses convives, énoncent les victoires de Lux. Puis son regard revient sur Morgan.

-Célébrons aujourd’hui l’anniversaire de notre victoire. Pour ceux qui ne la connaissent pas, je vous présente Morgan, qui fête aujourd’hui son dix-neuvième anniversaire. Avant d’être ma captive, elle était la grande prêtresse du culte païen qui vénère la forêt.  Cette jeune femme est presque maintenant ma fille, bien que personne, bien sûr, ne puisse jamais concurrencer Aurore.

Les jambes tremblantes, une goutte de sueur glissant le long de sa tempe, Morgan reste stoïque. Les regards braqués sur elle, ces gens qui se sont écartés jusque forme une bulle autour d’elle, la mettent tant et tant mal à l’aise qu’elle criant un instant s’effondrer.  Mais ce n’’est pas la première fois qu’Obra l’expose ainsi. La dame de fer reprend.

-Mais nous ne pouvons pas être aussi généreux avec tous nos ennemis. Ils ne sont pas aussi généreux avec nous que je le suis avec Morgan. Nous avons repoussés deux de leurs attaques pas plus tard que la semaine dernière. Il est temps que tout ceci cesse. La sécurité que nous vous avons promis, nous vous l’obtiendront, de gré ou de force. Grace à un nouveau produit, nous pourrons  bientôt reconnaitre bien plus aisément les porteurs de don et éteindre leurs pouvoirs de manière définitive, sans aucun transfert de magie. Issue d’un nouveau type de technologie, le produit possède de nombreuses facettes, encore en développement, mais qui devrait permettre d’ici dix ou quinze ans, la fin de toute rébellion.

Un silence, puis elle s’exclame.

-C’est une nouvelle victoire de la science, celle que nous attendons tous, j’aimerais lever mon verre à Aurore, qui nous inspire tous,  et à la science !!

Assez, s’en est assez. Morgan s’écarte, sous la pluie d’applaudissements et rejoint la fenêtre la plus proche. Là, elle voit, quelques mètres plus bas, le monde qui s’endort, le crépuscule des lumières et le touchant ballet des nuages.  Serait-ce son cadeau d’anniversaire ? La promesse de bientôt anéantir ses pouvoirs ? Morgan ne se souvient même plus comment que c’était de n’être qu’une avec Gaia. Un tintement attire son oreille. Quelque chose, un bruit, télépathique, comme avant. Un fragment de souvenir qui vient pour la hanter. Puis quelque chose, dans ses cheveux, qui tombe et s’agite, s’emmêlant dans sa crinière. La jeune femme secoue la tête, comme possédée, puis par à la recherche de la chose, du bout de ses doigts. Les crissements heurtent ses tympans. Le truc fait du bruit, mais plus encore il lui fait mal. Ses lèvres jurent.

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Re: Nouvel Age

Message par Sax Sparkling le Mar 30 Sep - 15:30

A la ville blanche, Sax doit ses peines, ses joies, ses amours, son essence d’alliage. Et son âme. Et son cœur.

La ville blanche est une femme à l’imprenable passion. Il faut la courtiser tous les jours, lui prouver son amour. Une épouse jamais acquise. Une dame pour qui l’on se bat, pour qui l’on meurt.

Elle est la mariée éternelle. Le diamant acéré.

L’on fête la victoire de ses protecteurs et de ses soldats. De leurs chefs, de leurs meneurs. Ceux-là qui ont la constance des gardiens inébranlables, des vigiles patients. Sans eux, la ville ne serait ni fière, ni belle.

Dans la tour, loin au-dessus de la mer de toits calmes, Obra parle.  Ses mots mêlent la domination des fauves et la tendresse des lionnes.  L’alliance des sentiments contradictoires ne gêne plus les riches de la ville. Eux-mêmes sont les hybrides de leurs propres extrêmes.

Sax applaudit au discours incongru. Sa main de chair contre sa main de métal. L’une nue, l’autre gantée de cuir gris perle. Son costume gris perle, sa chemise blanche, sa cravate blanche. Il est de la ville, un de ses plus clairs habitants.

Les applaudissements cessent de tonner, les uns après les autres. Les riches ont l’effervescence brève. Ils se tournent à présent les uns vers les autres. Les regards quittent Obra et sa gloire masculine. La victoire militaire et le progrès scientifique glissent des lèvres d’Obra aux lèvres des convives.

Sax louvoie entre la foule. Il désire s’isoler.

Son épouse n’a pas pu l’accompagner. Cette nuit, sa fleur de soie s’endormira loin de lui, avec ses seuls pétales fragiles pour la protéger du froid.

Il dépose son dos contre les lambris de bois. Il remue en lui les molécules de ses os et de ses viscères. D’infimes bulles de titane se détachent de son squelette. Des poussières de béryllium se délient de son cœur. Elles remontent en files souples dans ses artères, son sang, ses poumons.

Il entrouvre la bouche pour murmurer des mots doux. C’est un papillon argenté, délicat et dentelé, qu’il souffle dans le silence et l’intimité.

La petite bête est légère. Les dessins de ses ailes sont faits d’alliage guipure. Le papillon ne pèse que ses contours. Il tournoie autour de l’humain dont il est issu.

Sax tend la main gauche. Le papillon se dépose sur l’index ganté. Ses fines antennes frémissent vers la bouche qui s’apprête à lui parler.


- Embrasse-la pour moi.

Demande Sax de sa voix des soirs tendres.

Pour toute réponse, le papillon s’envole vers les hauts plafonds. Il se déplace avec suavité et rapidité.

La tour Lux est verrouillée de toutes parts. Le papillon cherche en vain une issue vers l’épouse aimée. A quelques mètres de lui, Sax réalise la situation de la petite bête. Il se dirige vers une fenêtre pour l’ouvrir. Mais au plafond, le papillon a peur. Lui qui ne désirait que douceur et gentillesse se heurte au plâtre qui recouvre les murs de béton et d’acier.

Il fuit.

Sax le suit, inquiet. Sa créature lui a donné ses angoisses, par ce lien invisible qui existe immuablement entre un créateur et sa créature.


Un lustre de cristal pur cloue de lumière la petite bête. Elle n’a pas de paupières. Ses yeux ont mille facettes. Mille sensibilités au soleil. Le minuscule animal ne voit plus que le blanc de la lumière. Il vole de désespoir, il se heurte au cristal immense.

Le papillon crie sa peur muette.

Il hurle son angoisse silencieuse dans toute la tour Lux.

Sax accourt.

Une jeune femme habillée de noir tente d’attraper sa créature emmêlée dans sa chevelure.


-Attendez !

Il s’élance vers les deux êtres qui se font effroi. Dans la soie noire de la chevelure, le papillon de titane et de béryllium brille de mille feux. Ses ailes agitées reflètent névrotiquement la moindre parcelle de lumière. Il craint ces doigts qui fourragent comme des spasmes pour l’attraper.

-Attendez ! Ne lui faites pas de mal !

Sax pose ses mains autour du papillon.

-Attendez… Je vais le retirer…

Entre les paumes de l’homme, la petite bête retrouve la matière de son créateur. La proximité de son métal originel l’apaise. Elle cesse de hurler son silence angoissé. Elle immobilise ses ailes de guipure.

Doucement, Sax essaie de démêler les cheveux de la dentelle des ailes. C’est difficile. Les cheveux sont longs, les ailes sont ouvragées. Il se pince les lèvres en essayant d’extraire le papillon. Deux cheveux noirs restent inextricablement noués autour du corps argenté.

Il se penche vers le visage de la jeune femme.


- Je suis désolé, je crois qu’il faut couper deux cheveux. Oh, vous êtes Morgan ? !

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Re: Nouvel Age

Message par Morgan le Jeu 9 Oct - 15:51

Attendez !


Dans sa robe de princesse, Morgan cesse. Immobile silencieuse alors que n’arrachent les ailes à son cuir quelques petites douleurs. Immobile, elle attend, si docile, que vienne son sauveur, alors que la créature anonyme s’agite dans l’intimité de sa chevelure. Du bout de ses lèvres lasses, glisse un soupire alors que le cœur s’élève d’une nouvelle tristesse. Courte, sensible. Juste un point dans le silence, à qui les mots ont donné sens. Ce n’est pas elle qu’on sauve. Ses cheveux sont la toile prédatrice d’une des créatures argentes de la cité blanche. Ce n’est pas elle que l’on protège. Il n’y a qu’Obra pour se soucier d’elle. Qu’importe, ses lèvres se serrent, elle garde l’immobilité des pierres et le faux calme des proies qui chassent. Docile, elle se laisse approcher.

Les doigts se posent sur elle. Un frémissement glisse le long de ses vertèbres. Une froideur, une chaleur, une sensation d’intimité pénétrante qui la laisse dans un état vague, étrange. Morgan n’est pas habituée au contact. Dans sa tour de verre, il n’y a que ses tourmenteurs pour la toucher, de leurs doigts froids, souvent gantés, qui sentent l’éther ou l’alcool désinfectant. Ses doigts, sous le velours doux de leur vêture, viennent rejoindre ceux de l’inconnu, sans les chercher, sans les toucher, les effleurant tout à peine de leur chaleur feutrée. Morgan retire avec lenteur le lien qui retient ses cheveux, électrisant les cheveux fins.  La queue de cheval se défait  lentement alors que l’encre de sa chevelure glisse le long des doigts de l’homme blanc, rejoint ses épaules pales, réchauffe sa nuque glacée.  Les cheveux par milliers, presque électriques, rejoignent sa peau, cherchent sa chaleur. Les soupirs de la créature argentique les rendent magnétiques.

Puis l’enfant attends, silencieuse, prenant grande attention à ne pas bouger. Cristallisée dans une patience sage, les mains croisées devant elle, légèrement posées sur sa robe luxueuse. Son souffle est aussi léger qu’un silence hivernal. Ses yeux glissent sur le reflet de la vitre, découvrent l’ombre de l’homme qui la touche. Perplexe, face à tant d’intimité, elle ne sait que faire, que dire, elle préfère disparaitre derrière cette chevelure qu’il attouche et l’observer à la dérobée.  Un costume pale, peut-être blanc, il est grand, étrange, presque un enfant qui cherche un trésor dans sa chevelure. Si doux, si délicat, qu’elle le laisse, si près d’elle, toucher  son seul luxe, son arme secrète, sa fierté cachée.

Et puis, enfin, il parle. Et son cœur se serre. Il veut ses cheveux. Lentement Morgan tourne sa tête, prise au piège de ses doigts qui tiennent la créature. Elle ne peut le voir, pas tout à fait. Ses doigts s’entrouvrent, se glissent dans ses cheveux, qu’elle écarte derrière son oreille. Le velours fait bruisser sa chevelure. Un petit bruit de crépitement. Un chuintement électrique. Une friction magnétique. Contre son cou, les fils noirs cherchent refuges. Légers, souples, aériens, ils cherchent les caresses que les doigts de l’industriels ne lui offriront pas. Dans la prunelle de ses yeux, une petite angoisse, alors que les yeux perçoivent enfin le visage de l’inconnu. Des nuages clairs passent dans les ténèbres de ses Iris, une lumière, un doute. Puis, l’acceptation. Sa voix murmure.

-Faites, je vous en prie.

Qu’est-ce deux cheveux ? Rien. Pourtant son âme d’enfant lui hurle de s’enfuir avec la petite créature métallique, mais ses jambes d’adultes, ses chevilles fines, ses pieds douloureux lui rappellent qu’hélas elle porte des talons. Ses yeux glissent autour d’eux. Des visages surpris les regardent, elle se sent observée de toute part, retenue entre les doigts de fée, ces doigts de peau et de métal.

-Peut-être pourrions-nous mettre un peu au calme, ce serait plus simple, pour vous et votre créature.

Plus doucement, elle glisse.
Avouant sa pudeur alors que plus que jamais elle se sent comme un singe dans une cage.

-On nous observe.

Et puis sans attendre, avec suffisamment de lenteur pour que ni la créature, ni ses cheveux ne soient abimés, elle redresse sa tête avant que Sax ne puisse avoir le temps de rompre ses crins. Un instant silencieuse, elle se tourne vers lui et d’un sourire plein de charmes, sans la force d’un regard brillant, Morgan l’invite à le suivre. Sa démarche est lente, assurée, elle connait ce building comme sa poche et cette salle comme si elle en avait posé les meubles. Elle évite cependant soigneusement Obra et la marée de scientifiques qui l’entourent. Elle ouvre une petite porte qui mène à un petit cabinet de miroir, avec au fond une petite porte qui ferme des toilettes. Morgan laisse entrer Sax puis ferme derrière lui la porte, plaçant une petite commode pour en bloquer le battant. Puis, sans ombrage, elle retire ses talons gigantesques et s’installe à côté des lavabos, assise comme si rien n’était, près du grand miroir. Posant ses mains sur ses cuisses, croisant ses doigts gantés, elle se sent soudain plus a l’aise.

- Ce sera plus simple ici. Si vous voulez plus de lumières, il y a un bouton, à gauche.

Puis, un sourire illumine ses lèvres. Elle se sent comme un enfant qui montre sa cachette. Son petit monde dans le grand monde. Il sait qu’elle est Morgan mais il ne sait rien d’autre, ni qui elle est, ni ce qu’elle est. Morgan pourrait lui mentir, elle pourrait jouer la plante carnivore ou la biche frémissante. Ou alors, le propulser dans une chute sans fond, il suffirait qu’elle mente, qu’elle souffle quelques mots a Obra, sa charmante. La jeune femme a dans son cœur toutes les aspirations de Gaia et la froideur de la cité blanche. Mais son cœur, son cœur lui, est reste pris au piège entre deux âges. Ses jambes se balancent lentement dans leur longue robe noire. Malgré son habit de femme, son bustier qui met en valeur la peau blanche de sa gorge, la torque argentée qui la retient en cage, avec ses cheveux défaits et sa posture de petite fille, Morgan n’a rien perdu de son enfance sauvage. Et de son goût du jeu.

-Par contre, je dois vous le dire, vous ne pourrez pas garder les cheveux, ils sont à moi.
Et votre petite créature, là, je veux que vous me la présentiez. Je crois qu’elle me parle, elle fait des bruits dans ma tête.

Les crissements métalliques résonnent dans son esprit sensible à la télépathie.
Elle ne lui demande pas son nom. Elle ne le reverra sans doute jamais.

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Re: Nouvel Age

Message par Sax Sparkling le Ven 10 Oct - 16:35

C’est elle, la princesse sombre. La princesse noire. Sax connait son nom depuis des années. « Morgan » flotte dans les conversations en sons indélébiles près des Lux.

Le discours d’Obra lui avait montré la prêtresse pour la première fois. De loin, elle semblait grande et inaccessible. Une ennemie-alliée entourée de velours et de boiseries fines. D’une foule de fortunés civilisés aux flutes de champagne pleines.

Son visage de jeune fille, si proche à présent, le décontenance.

Elle lui semble petite, fragile.

Il l’aimait grande et inaccessible. Diamant noir au milieu des opales claires. Pépite de jais enchâssée dans le diamant blanc. Il aimait le symbole comme on aime la gloire de son pays.

Morgan est une jeune fille…  Derme pâle, lèvres muqueuses et cheveux satin. De la princesse, il ne reste que le velours de la toilette. Un coffret de luxe autour d’une enfant mortelle.


- On nous observe.

Une remarque en piqûre. Il n’avait pas remarqué.  Il sursaute presque en regardant autour de lui. Tous ces gens, ses semblables. Des paires d’yeux scrutateurs, des bouches closes prêtes à susurrer leurs réflexions de mondains. Sax sent un début de chaleur dans la joue droite et la joue gauche, reconstituée, qui l’imite. Un sentiment de honte… La honte d’avoir perdu le contrôle de sa créature en public. Et la honte d’avoir vu le symbole sombre de si près qu’elle lui parut humaine… et de l’avoir touchée comme une jeune fille ordinaire.

Dans les cheveux noirs, le papillon argenté soupire. Il garde, le long de ses ailes de dentelle, le baiser qui lui a été confié.  A son créateur, il lance des murmures silencieux. Il désire la délivrance. Un baiser peut-il attendre ?

Elle s’en va. Il la suit. Sax plaque sa main gantée, la plus froide, contre ses joues. Il veut refroidir son visage, au plus vite. C’est l’ennui des blonds et des châtains clairs, leurs peaux trahissent le moindre choc de sang. Elle lui sourit. Elle lui parait plus humaine encore.

Il retire sa main d’alliage de ses joues. La honte finit toujours par s’atténuer.

Elle lui ouvre une porte.

Il entre. Il s’arrête au centre d’un cabinet rempli de miroirs. Des jeux de reflets et de silhouettes répétés à l’envi. Elle bloque la porte. Il s’étonne mais se tait. Le cabinet, clos, devient un monde de glaces. Si trois miroirs se rencontrent, il y a  un point, à la croisée de leurs regards, où l’objet happé dans leur tain, se reflète à l’infini. Sax tend la main droite vers le centre. Il cherche cet endroit où l’image ne meurt jamais. Mais le papillon de béryllium bat des ailes. Il le rappelle doucement à la réalité. Quand l’homme se perd dans les mondes secrets, le métal le retient sur terre. Il a peur que l’homme ne revienne pas.

Les miroirs ne l’ont happé que quelques fractions de secondes.

Elle retire ses chaussures. Ses chaussures de femme.

Elle s’assied sur un tabouret. Une posture d’enfant.

Devant un grand miroir.  Un grand réflecteur blanc. Sax en détourne le regard.

Le papillon l’appelle à regarder la femme-enfant dans le miroir. Il y a déjà quelqu’un dans le miroir, alors la créature ne craint pas que l’homme s’y perde.

L’homme entend l’invitation du métal. Il regarde dans le miroir. Elle sourit. Il se détend. Il la voit, toute habillée de noir, en avant-plan d’une scène où tout est blanc. Et lui, dans son costume gris pâle, est bien un homme de la Ville Blanche.

Il ouvre la lumière. Elle n’est pas crue. L’air ne blêmit pas au point de bleuir comme dans les hôpitaux.


-Par contre, je dois vous le dire, vous ne pourrez pas garder les cheveux, ils sont à moi. Et votre petite créature, là, je veux que vous me la présentiez. Je crois qu’elle me parle, elle fait des bruits dans ma tête.
- Ah, vous l’entendez ? Le papillon est inquiet. Je l’avais chargé de porter mon baiser à mon épouse.

Il ne parle pas des miroirs. Il n’est pas certain que tout le monde pourrait le comprendre.

Dans la lumière artificielle, les cheveux apparaissent un à un, distincts, matière souple et effritable. Comme toutes les femmes, elle tient à sa chevelure. Dans la clarté nouvelle, il veut essayer, de nouveau, de dénouer la soie et le métal. Les nœuds sont serrés. Ils ne relâcheront pas leur butin si facilement.


- Il y a vingt ans, un accident a détruit le côté gauche de mon corps. L’entreprise de mon oncle et les médecins ont pu le reconstituer à partir d’alliages et de composites.

Il retire son gant de cuir, le dépose sur le lavabo. Sa main gauche est plus sensible que la droite. Il a besoin de sa peau reconstituée, sensible et émotive, pour libérer la chevelure. Au contact de l’air, sa main gauche respire et s’ouvre au monde. Elle perçoit la texture étrange, lisse et écailleuse, des cheveux qu’il lui met entre les doigts. Sax remonte le papillon de la main droite. De ses doigts artificiels, il essaie de trouver le mystère des nœuds de soie. Au début, il gratte d’un ongle, chaque boucle créée autour des ailes ouvragées.  Les grattements se répercutent dans l’ongle de carbone, puis dans le contour de l’ongle, puis dans la peau réceptive. Les grattements se transforment en ondes, en mini séismes internes qui lui chatouillent les os. Les vibrations courent dans les neurones sous-épidermiques.

Sax ne sait plus parler. Il ne sait plus vraiment sourire. Le squelette de titane et de faïence lui absorbe toutes les sensations. Les neurones qui tapissent sa main et son bras prennent toute son attention. Chaque tension et chaque réaction de la chevelure, la peau l’enregistre, l’interprète. Il réfléchit par la peau. La main suit les mouvements pulsions indiqués par son derme. Ici, au coin de l’aile, le cheveu est plus lâche. Là, au creux du grand dessin, il suffit d’écarter ce cheveu. Il revient à sa place, il faut le retenir, pour gratter un autre, prêt à se détendre.

Le temps s’est perdu pour l’industriel. C’est l’ennui de l’intelligence-peau, elle ne connait pas les contraintes des hommes. Il faut que son corps se raidisse, le côté droit, pour qu’il se souvienne d’arrêter. Il sort subitement de sa stase épidermique. Il regarde le miroir pour y trouver le regard de la femme-enfant.


- C’est presque dénoué. Que disais-je ? Ah oui…

Cette fois, il continue à parler pour ne pas laisser son intelligence cérébrale se laisser engloutir par son intelligence artificielle. Les dix doigts travaillent de concert pour parachever la libération de la petite bête.

- La mutation, chez moi, transforme mes alliages intérieurs en insectes lorsque je le désire.

Le papillon s’envole.  Il volète autour de son créateur. Il envoie dix éclats de lumière à chaque battement d’ailes.

- Ces insectes ont parfois des pouvoirs télépathiques. Ce n’est pas toujours le cas. Le papillon semble vous être sensible. Les papillons sont souvent très sensibles.

Sax évite de toucher la prêtresse de la main gauche. Il passe sa main droite dans les cheveux. Un peigne grossier pour tirer la masse de soie lourde vers l’arrière.

Morgan… L’humaine, il ne la connait pas. La femme, encore moins. Mais l’enfant en elle lui est agréable. Des rires de petite fille éclosent dans ses oreilles. Des souvenirs sonores qui tintent à chaque fois qu’il parle de son passé. Dans le miroir, il arrive à sourire à l’enfant qu’elle lui rappelle.


- Alors je crois que je peux comprendre que vous désiriez récupérer vos cheveux. Je n’aime pas perdre ma matière inétrieure non plus. Aussi peu naturelle soit-elle.

Il remonte les cheveux de ses deux mains. Les laisse retomber sur le cou et la nuque. Pendant une seconde, la torque a brillé avec plus d’éclat. Il cille une fois, sous la luminosité de la torque.

- Pouvez-vous aider mon papillon à sortir ? J’aimerais tant qu’il retrouve mon épouse pour moi.

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Re: Nouvel Age

Message par Morgan le Mer 12 Nov - 14:13

A l’intérieur, à l’intérieur Morgan suffoque. Elle se meurt dans sa tombe de verre, elle se désagrège dans cette prison de fer et d’air. Elle s’effrite sous l’air conditionné, dans ces salles sans insectes, près de ses plantes transformées et colorées. A l’intérieur, elle a envie de lui crier l’absurde de sa question sans sens. C’est à cause d’elle que son baiser ne pourra jamais rejoindre la joue frêle de sa délicate épouse. A l’intérieur, à l’intérieur seulement, car sa voix a les résonnances métalliques de sa mère d’adoption, cette Obra qui est de son clan, de sa race. Sa voix est presque indifférente, elle se cache derrière un masque d’arrogance. Et pourtant elle tuerait pour sentir la caresse du vent dans sa chevelure. Alors que le papillon s’envole, elle murmure l’esquisse d’une réponse.

-Vous savez, moi aussi je pouvais parler aux insectes.

Maintenant qu’elle peut le voir, voletant autour de son créateur, elle peut en percevoir la beauté. Sublime, le papillon fait frémir son âme d’enfant. Il est tellement beau, tellement délicat. Il ressemble tant à ses anciens amis. Et même ses ailes, qui brillent à chaque battement, aux reflets de la lumière. Et mêmes ses ailes, lui rappellent les enfants éphémères de Gaia. Alors elle se laisse bercer par les caresses de l’homme. Elle le laisse arranger sa chevelure. Elle laisse ses doigts naturels et les étrangers frôler la peau, porter le satin des lianes longues et fines qui glissent le long de son visage. Sans penser à Obra, si prêt. Sans penser, à elle, si profondément endormie. Sans penser aux autres. Juste, son esprit volète, une image lointaine, qui revient quand elle ferme ses yeux. Son père. C’était son père qui la coiffait ensuite.

Ce n’est que quand il quémande, que la délicate s’offense, un peu, comme une prisonnière à qui on demande où est le chemin de la liberté. Parce qu’elle ne sait pas répondre, parce qu’elle ne peut pas répondre. Parce que même si sa voix est douce, les mots ressemblent aux moqueries mordantes dont elle est l’objet parfois. Et qu’elle en sait plus répondre qu’à la manière d’Obra, avec froideur et arrogance. Ses yeux s’ouvrent, elle s’écarte un peu de lui, rompant la bulle intime qui les reliait.


-Vous ne sentez pas, la froideur de ce bâtiment ?

Il fait si froid, ici. Il n’y a que du verre, du métal, et l’air y est presque irrespirable. Ses yeux, soudain plein de sentiments, glissent dans ceux de l’homme qui a vendu son âme au métal. Des yeux bleus, si clairs, si différents des siens, si semblable aux iris glacés des femmes Lux. Des yeux insondables, à la clarté effrayante, aux nuances saisissantes qui jurent avec la surface noire des siens. Des yeux qui brillent, parfois, alors que l’insecte s’y reflète. Il n’est pas de son clan, et malgré sa douceur pleine d’élégances et de respect, il fait partie de ceux qui la tiennent en cage. De ceux qui ont perdu le contact avec la Mère. Perçoit-il la froideur qu’elle ressent à vivre ici ? Derrière les vitres propres, dans les couloirs aux odeurs de javel et de désinfectant, et même dans ces salles de réception, exposée au regard, habillée de cette torque glacial qui gèle sa nuque tendre et électrifie sa chevelure noire. Ce peut-il qu’elle soit la seule à ressentir le vide de l’air ? A sentir ses nuances ferrailleuses, et celle, presque amer des désinfectants.


-Il n’y a aucune fenêtre d’ouverte. Aucune depuis que je vis ici.

A l’intérieur, à l’intérieur Morgan suffoque. Elle se meurt dans sa tombe de verre, elle se désagrège dans cette prison de fer et d’air. Elle s’effrite sous l’air conditionné, dans ces salles sans insectes, près de ses plantes transformées et colorées. A l’intérieur, elle a envie de lui crier l’absurde de sa question sans sens. C’est à cause d’elle que son baiser ne pourra jamais rejoindre la joue frêle de sa délicate épouse. A l’intérieur, à l’intérieur seulement, car sa voix a les résonnances métalliques de sa mère d’adoption, cette Obra qui est de son clan, de sa race. Sa voix est presque indifférente, elle se cache derrière un masque d’arrogance. Et pourtant elle tuerait pour sentir la caresse du vent dans sa chevelure. Elle tuerait pour pouvoir lui dire Oui, ouvrons une fenêtre. Elle tuerait pour voler avec son papillon jusque sa promise. Et ses lèvres, ses lèvres tendres, qu’elle ne pourrait toucher, mais qu’elle ferait sourire.

-Je suis désolée, je ne peux vous être d’aucune aide.

Ses doigts glissent dans sa chevelure, elle les défait de son odeur, de sa magie ferrailleuse. Morgan se recoiffe, se redonne une constance. Puis, sans attendre, elle attrape ses chaussures et, les tenants au bout de son bras long, elle s’approche de la porte, écarte l’armoire de travers. Ce qu’elle lui a montré d’elle, soudain, la met mal à l’aise. Il doit partir, ne devenir plus qu’une ombre furtive dans sa mémoire. Qu’il disparaisse, qu’il devienne une ombre comme les autres. De toute manière Obra ne le laissera jamais l’approcher encore. Mais, la main sur la porte, son cœur manque un battement. Un crissement bruisse à son oreille. C’est le papillon. Le papillon qui crisse à son oreille. Et le cri lui rappelle le murmure des bêtes, alourdissant sa solitude et calmant son cœur offensé. Contre la porte, lentement, Morgan se dépose, posant son front contre le bois blanc, hermétique, des lieux d’aisance. Elle doit savoir, quelque part, à l’intérieur, comment il est possible de sortir. Ses yeux ferment, elle réfléchit, quelques secondes, immobile comme si elle s’était statufiée. Autour d’elle, ses cheveux ont encore l’odeur de l’homme. L’air est différent, plus humain, moins froid. Il porte la chaleur de ses gestes masculins, de ses caresses paternelles.

-Attendez je crois que j’ai une idée.

Morgan pose ses chaussures sur le petit meuble, qu’elle remet à sa place. Refusant de regarder Sax, elle s’approche cependant de lui, suivant des yeux son compagnon brillant de mille feux. Puis, rapide, d’un coup de griffes qui brulent l’air, elle se saisit de l’air qui l’entoure. Sa paume effleure à peine les ailes métalliques du petit insecte, qui se pose sur sa paume. Morgan l’emprisonne dans sa douceur, avec des gestes surs et l’attention que porte Gaia aux siens. Lentement elle ouvre ses doigts et laisse le petit animal marcher sur sa peau, jusque son poignet, le rapprochant de lui pour voir de plus près le trésor d’orfèvrerie que sont ses ailes.

-C’est vrai que tu es beau. Tu me rappelles mes anciens amis.

Ses yeux s’illuminent, ses lèvres s’étirent dans un sourire. Elle murmure.

-Accroches toi.

Et soudain elle grimpe sur le lavabo, devant le miroir, dans sa robe de satin, dans son luxe de femme, avec la sagesse des gestes d’enfant. Et ses lèvres rient, doucement. Elle le libère, elle va le libérer. Ses lèvres rient. Elle s’amuse enfin, après cette longue soirée étrange. Elle s’amuse, avec l’innocence des anges, désuète et étrange, dans la salle d’eau. Une fois debout, en équilibre sur ses pieds nus, elle s’applique à retirer la petite grille d’aération, l’insecte toujours accrocher à son poignet. Puis, une fois que cela est fait, elle plie son poignet de manière de présenter l’insecte au chemin. Morgan attends, quelques secondes, puis elle tourne son visage enfin vers l’être blanc et doux qui intrigue son cœur habitué à la froideur. Sa mine devient sérieuse. Elle a la moue enfantine des enfants déterminés.

-Il faut lui dire de voler, maintenant !

Elle attend, et quand le papillon s’envole, elle redescends de son perchoir, s’asseyant a cote du lavabo, en équilibre sur ses cuisses.

-Voilà, il y a juste assez pour un papillon, et il ne pourra pas re-rentrer. Mais votre femme aura son baiser. Il faut juste attendre. Est-ce que vous l’entendez ? Je ne sais pas si le chemin conduit vraiment jusque le dehors.

L’attente, elle connait, alors sagement elle s’exécute. Puis, du bout des lèvres, le regard fuyant, elle murmure.

-Vous savez, ce n’est pas pour vous que je le fais.

C’est un peu faux, mais elle ne s’autorise pas le droit de le remercier pour l’avoir toucher comme si elle vivait, une vraie existence, comme s’ils étaient du même sang.

-Mais si je devais aimer…

Ses mots s’épuisent. Ils perdent sens et se meurent entre ses lèvres.

-J’aimerais recevoir un baiser. Le baiser d’un papillon.

Elle secoue ses cheveux, tout doucement, puis, d’un ton moins secret, avec une petite pointe d’espoir, elle demande. Le regardant soudain droit dans les yeux.

-Alors ? C’est bon ? Il y arrive ? Vous pouvez l’entendre ?

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