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Morgan

Message par Morgan le Jeu 25 Sep - 12:15



Morgan





"I will tatoo your heart."



Nom : Morgan
Age : 19 ans
Groupe : Gaia
Fidélité  : Absolue
Rang : Grande Prêtresse du Culte

Captive. Telle devrait être son nom, son rang, car telle est le mot qui dépeint son existence.  Morgan ne s'ets jamais appartenu. Elle est un symbole. Elle est un trophée. Elle est une idée.
Don : La puissance de Gaia glisse entre ses veines animales. Il lui fut don d'une conscience partagée avec les bêtes, les plantes. Près d'elle, elles reprennent vie, libre arbitre, comme dans la forêt. Morgan a également une influence sur les éléments. Elle catalyse les piliers, les porteurs de dons. Enfin, la vie et la mort couvre le moindre de ses pas, quand elle marche.

Signes distinctifs : Le collier de l'Aura, poison de son existence, encercle son cou fin et diminue tant et tant ses pouvoirs, qu'elle ne peut elle-même se libérer de ses chaînes. Seuls rebelles, ses tatouages mouvants témoignent de la puissance endormie qui couve sous sa peau claire. Marques d'ombres, animaux qui courent, fleurs qui s'ouvrent, ils changent au gré de son humeur et rappelle à l'enfant captif, la Mère qui est sienne et le monde qui devrait être sien.


Portrait en Quelques lignes



Caractère :
Les lignes fossiles de colères éteintes. Puis, la douceur insipide de l’air trop pur de l’immeuble qui la retient en cage. Un voile, parfois, sur le regard, comme si elle refusait de voir. Comme si la vérité tuait son cœur fragile, comme si le monde des hommes la dégoutait tant qu’elle se haïssait d’en faire partie. Un battement de cils, les paupières qui chutent, papillons venimeux à la fraicheur virginale. Puis les yeux qui s’ouvrent encore. Elle est intuable. Fragile comme une feuille morte qui glisse du ciel pour venir se mourir entre les pierres noires de régions défuntes. Et pourtant, sa mort éveillerait sa puissance dans une femme libre, une autre, sans doute bien moins fatiguée qu’elle. Alors non, ils ne la tueront pas. Elle est inusable. L’impatience a rongé son âme, elle s’est défait des lenteurs du temps, la vieillesse ne l’effraie pas. Elle mourra un jour, mais ils ne la tueront pas. Elle mourra un jour, mais elle se meurt déjà d’être en vie, de compter les jours, d’avoir les yeux grands ouverts la nuit, d’attendre, de rêver.

Les rêves, les rêves sont tellement étranges. Elle est déconnectée de la réalité, de sa réalité. L’herbe, les fleurs, les insectes, les bêtes, tout lui manque. Et, dans son donjon glacé, elle se sent parfois comme une princesse prisonnière, un trophée de guerre qui prends la poussière, oublié de ses pairs, qui nourrit l’imagination des gens qui n’ont plus que l’espoir pour vivre, et ceux, moqueurs, qui ont le monde a leurs pieds. Se souviennent-ils d’elle ? Viendront-ils un jour ? Attendent-ils qu’elle soit grande ? Elle est grande maintenant, suffisamment grande. Parfois elle se sent aussi âgée que Gaia, mais elle n'est qu'une fleur sous cloche, prise au piège de l'Aura, qui attends vainement qu'un prince charmant vienne briser sa tour de verre.


Parfois passent des craintes dans ce regard brulé par l’ennui. Entre les griffes métalliques des scientifiques, Morgan ressent de la peur, par vagues d'angoisse, par craintes violentes. Et s'il tuait la Gaia qui est en elle, ce pouvoir qui est le sien même si elle ne se souvient plus guère de sa puissance ? Et si elle était responsable de la fin de sa lignée, de la fin de son peuple ? Morgan ne se le pardonnerait pas, la mission que lui a donné Gaia, elle ne peut l'oublier. Elle pourrait mourir pour ce don si précieux à son cœur. Morgan  se rappelle, autrefois, les cœurs électriques qui battaient au rythme du sien, les caresses des fourmis, les poisons des épineuses, la langueur des caresses océanes, la douceur des flammes amoureuses. Morgan ne peut oublier et ses souvenirs qui la hantent sont son seul trésor.

Morgan a l’immobilité des arbres qui ne peuvent pas courir, qui bruissent, frissonnent, alors que le monde se meurt autour d’eux, alors qu’on leur vole la sève, alors qu’on pille leur réserves pour l’hiver. Elle reste d'apparence insensible, quand bien même ses yeux pleurent, son âme se brise. Elle reste sans cri, lèvres closes, les mordant jusqu'au sang. Elle se rappelle des racines qui l'ont vu naître, de cette source qui la bercée. Elle aimerait parfois mourir plutôt que vivre davantage, mais la raison bien vite achève ses vils pensées.

Morgan s’est habituée au collier qui étrangle son cou, à cette torque d’argent, qu’Obra lui a offert pour que ses invités ne voient pas que c’est une prison de métal et qu’il lui est impossible de l’ôter. D'une certaine manière, elle en est fière. Élevée comme l'héritière, chérie comme une enfant Lux, elle sait qu'Obra a vaguement tenté d'acquérir son amitié pour la lier à la cause industrielle. Ce collier d'argent, cette Aura qui l'emprisonne, c'est son allégeance à son peuple, son refus de plier échine, quand bien même cela fait des années qu'elle n'a plus vu de près un tatouage qui ne soit sien. Princesse en exil, objet parfois exposé, prêté, pillé, elle garde la grâce des cygnes et la fierté des cerfs.

A la grisaille de ses jours mornes, parfois s'ajoutent des surprises, des présents du ciel, des clins d’œil, des souvenirs, qui éveillent le cœur de l'enfant, son sourire, sa joie. Un arc en ciel illumine son visage, ses yeux brillent de mille feux. Elle semble parfois tellement enfant que son corps de femme semble indécent. Arrachée de toute part, captive des uns, des autres, elle n'a jamais eu l'enfance plein de bulles des enfants qui s'amusent. Et c'est toujours avec une certaine tristesse qu'elle regarde les enfants qui, c'est certain, ne l'accepteront plus dans leur jeu. Il n'y a qu'Aurore. Son Aurore. Celle qui entre dans sa vie comme un fantôme pour aussitôt en ressortir. Aurore, celle qui n'est pas sa sœur et dont pourtant elle elle se sent parfois plus proche. Aurore, celle qui n'a pas eu de vraie enfance, elle non plus, si ce n'est alors qu'elle s'échappait et rejoignait Morgan.

Morgan est le calice d'éléments contraires. Au centre des quatre éléments, en équilibre entre feu et eau, terre et air, elle ressent des émotions fortes, parfois violentes, des enflammées, elle a le calme aérien des rêveurs, la force sourde de la terre qui porte les hommes et l'amour maternelle de l'eau qui donne toute vie. Ses humeurs sont changeantes, elle virevolte entre plusieurs masques qui sont pourtant tous siens. Parfois douce, parfois violente, parfois insensible, parfois amoureuse, elle porte l'héritage d'une légion d’écureuils, d'une meute de cerfs, d'un banc de petits poissons, d'une fourmilière. Unique et multiple, inhumaine et parfois même monstrueuse, elle est l’incarnation d'une nature qui prône la vie comme la mort.


Physique :
Les yeux Encre s'usent à travers la paroi de verre de sa prison de cristal. Le vent glisse contre la vitre, balaie les poussières. L'Aurore se lève, Morgan pourrait presque entendre la nature s'éveiller. Les branches qui craquent, les gouttes de pluie fine sur les herbes tendres, les insectes qui s'éveillent, les oiseaux qui chantent. Mais seul le bruit du café qui menace de bouillir lui réponds. Avec lenteur la jeune femme s'écarte de la baie vitrée. Elle a la lenteur végétal des arbres d'écorce, des tiges d'épines, des fleurs qui s'ouvrent, des feuilles qui poussent. Et dans cet appartement ouvert sur le monde, il n'y a aucune urgence, que la lenteur désespérante des jours. Et le café qui menace de refroidir.

Un café noir, sans une goutte de lait, intense, comme son regard. Il est impossible de cerner ses pupilles tant ses iris sont sombres. Parfois, quand elle pâlie, quand elle a froid ou que son corps maladif tousse, ses yeux sans pupilles semblent étrangers, comme issus d'une magie maléfique. Un regard noir, ourlé de cils longs, magnétiques, qu'elle s'amuse à maquiller pour perdre les heures au grand jeu de l'absence. Un regard noir, humide et pourtant sans larmes, qui brillent comme si des perles de pluie glissait sur sa surface fine. Ils étincellent au moindre effleurement de lumière comme des feux puissants, une vie profonde, ancrée, dans ce corps qu'on oblige à l'indifférence du temps.

Sa main fine, aux longs et fins doigts, attrape la tasse blanche. Elle est chaude, la peau frémit mais Morgan reste de marbre. La brûlure d'un métal chaud est la seule menace de ses jours longs, si longs, quand personne ne vient. La peau de ses doigts n'est jamais blessée que par elle, quand elle aimerait s'écorcher à l'écorce des arbres, aux angles des pierres, à la vie, la vrai, au travail manuel. Mais ses mains oisives sont le reflet de sa vie, elles sont parfaites, sans la moindre cicatrice.

Elle porte la tasse à ses lèvres claires, délicates, et savoure la chaleur du café. Ses cheveux glissent le long de ses épaules, ils sont longs, si longs, les coiffer lui prends du temps. Noir encre, noir corbeau, plein de vitalité, ils sont légers et fins, mais si nombreux qu'ils entourent son corps d'un écrin de satin noir. Ses cheveux, c'est la seule chose qu'elle possède vraiment et qui ne lui soit imposé. Elle en prends grand soin. Sa main blanche se glisse entre les lignes encres, écarte les mèches glissantes, puis Morgan s'avance jusque la vitre et regarde. Le monde est tellement beau dehors. Tant de couleurs quand elle n'existe qu'en noir et blanc. Tant de vies, tant de fourmis qui galopent dans les rues, à ses pieds, et qui ne savent même pas qu'elle est là, captive des blondes créatures Lux.

Devant elle, un petit oiseau s'approche. Ses ailes rouges battent la mesure. Il n'a pas de nom, pas encore, mais il sait qui elle est, c'est sur, puisqu'il vient souvent au petit matin. Un jour peut-être enfin pourra-t-elle retirer complètement le Collier de l'Aura et l'entendre chanter dans son âme. Connaitre son nom. C'est un Cardinal Rouge, un petit mâle aux couleurs flamboyantes. Et chaque fois qu'elle le voit Morgan lève la main, la pose contre la vitre et recueille son empreinte. Jusqu'à ce que les ailes battent dans sa main comme elles battent contre le vent, pour ne pas mourir sur le verre. Et cette main, cette paume, elle la regarde ensuite des heures durant, cet oiseau qui vole sous sa peau, en noir et blanc, comme il volait en couleurs. Il s'ajoute à ses tatouages mouvants, à ceux qui couvrent sa peau, comme son visage, qui l'habillent même quand elle est nue.


Son histoire



Eau

Son père était une vague mouvante, une marée qui toujours revient, un océan calme, placide, qui les protégeait des monstruosités du monde. Un tatouage immense couvrait son dos, une image de tempête, comme si sous sa peau couvait une violence contenue, un orage, les abysses profondes d'une âme intouchable. Porteur du Pilier de l'eau, il veillait sur les siens et œuvrait pour son peuple. Il aimait Gladyss, sa femme des abysses, belle et énergique, qui savait faire naître des Arc-en-ciel dans ses pluies matinales. Elle a mis de la couleur dans sa vie grise, elle a mis de la vie dans sa colère profonde. Et puis, amoureuse, elle a porté ses filles.

A l'Aurore, Kalliope sortie la première et cria si vite qu'elle rassura la sage femme. Morgan, elle, resta dans les eaux de sa mère bien plus longtemps. Petite, fine, fripée, sans force, elle mit de longues minutes à libérer sa mère. Et elle ne cria pas. Sa cage thoracique faible, ses poumons si jeunes refusèrent de fonctionner. L'enfant était si faible que le père la prit, courra et la porta dans la source, à l'écart des bois. Il l'offrit à Gaia en la suppliant de recueillir son enfant. Il s'offrit, lui qui appartenait déjà à la mère de toute chose, et mis l'enfant dans les eaux de la source. Les vieilles racines d'un arbre qui fut homme autrefois, accueillirent l'enfant dans les eaux pures. Et c'est au creux de son écorce que la jeune prématurée vécut ses jeunes âges.

Gaia est pleine d'amour. Elle est le souffle, la vie, mais elle est aussi la cruauté, la violence, le sauvage et la mort. Et si elle ne sut dire non à Karlain, le porteur de sa puissance océane sous l'étau glacé de l'Aura, elle garda l'enfant dans ses eaux, dans un sommeil latent, réparant ses blessures d'existences mais lui volant sa douce et tendre enfance. Cruelle, mais amoureuse, elle lui offrit la puissance télépathique de parler à sa sœur Jumelle et à sa mère, quand celle ci venait la voir, par le lien de l'arbre-homme. Et sa mère vint, quand il fut interdit à la sœur ainée de venir jusque la source. La mère vint, jour après jour, au désespoir de Karlain. Car il est impossible de venir si souvent sur les terres sacrées sans en être modifié. Car Gaia prends et exige. Et si elle gardait l'enfant en sommeil, son regard, plein d'exigences, s'est porté sur la mère aimante. Et sur ses couleurs, si belles. Des yeux clairs, une bouche rouge, des boucles d'Or. L'Amour du Pilier d'Eau. Comment ne pouvait-elle pas le partager ? Les couleurs glissèrent sur sa peau, alors qu'elle semblait de plus en plus fluide, légère, intouchable. Les couleurs irradièrent, un rouge, un bleu, un violet, un jaune. Les couleurs. Pleines de paillettes. Et la transparence des anges. Jusqu'à ce qu’elle disparaisse. Et que l'enfant ne soit plus bercé que par un homme qui fut arbre, dans un source qu'un Arc En Ciel éternel éclaire de sa douceur.

Un frisson s'empara de Gaia. Une tristesse, profonde, alors qu'un cœur battit pour la dernière fois. Et Morgan fut triste, elle aussi, alors qu'un frisson balaya le miroir paisible de la source. L'enfant avait 5 ans. Ses jambes s'étirèrent dans l'eau, les racines de l'arbre la repoussèrent lentement vers la berge. Elle était faible, elle ne pouvait pas marcher, mais un cerf s'allongea à ses côtés et elle s'accrocha à son cou fin. La nature, autour d'elle, épousait son regard. Ses yeux ouverts, abysses profondes sans poissons, découvrirent un monde de couleurs. Bercée par la chaleur de l'Arc en Ciel, Morgan fut très vite sèche. Ses cheveux noirs étincelèrent sous les paillettes de sa mère. Elle ferma les yeux, aspira les dernières caresses, alors que l'intensité de l'Arc en Ciel lentement diminua jusqu'à ce qu'il n'en reste plus rien, qu'une vague souvenir, qu'une brume de paillettes grises.

A Cheval sur le Cerf, elle découvrit ce qui lui avait toujours été refusé. La vie, le mouvement, les sensations. Sa course entre les arbres la fit rire, les grelots d'une voix d'enfant. Elle faillit oublier, partir dans la forêt pour ne plus jamais revenir. La voix dans sa tête, celle de sa sœur, avait disparue, elle n'avait pus aucune attache. Mais le Cerf la déposa sur les rives de l'Aura, là, juste là, puis il se mit à bramer. Encore et encore, jusque s'en casser la voix. Et les insectes firent battre leurs ailes si forts, le vent dans les feuilles de l'arbre, les petites bêtes, les grandes. Elles oublièrent de se chasser, les unes, les autres, elles s'allièrent à la voix du Cerf, et elles chantèrent.

L'enfant Sauvage, au visage si semblable à celui de sa soeur, fut conduite à Karlain.


Terre

A chacun de ses pas, fleurissaient des fleurs, et chaque fois que la plante de ses pieds nus quittait la terre, les fleurs fanaient, les plantes mourraient. Autour d'elle, comme dans un îlot, la nature s'ouvrait, chantant ses louanges, vibrant sous ses humeurs. Et se mourrait de la voir disparaitre. Amie des insectes, des petits  peuples qui grouillent à la surface de la terre, elle s'en faisait des amis. Sœur des bêtes, qu'elle les chevauchait parfois comme si elles étaient domestiques, elle ressemblait à une petite princesse guerrière sur son étonnante monture. Son monde d'enfant était auréolé d'étrangetés. Il n'y avait rien de normal, rien de vraiment humain, chez elle. Et les rebelles, parfois troublés, ne savaient que penser de l'étrange enfant de Gaia. Il lui était si difficile d’agir humainement, de ne pas mordre, de ne pas gronder, d’être sage, de ne pas suivre les bêtes des heures durant ou rester silencieuse, l’oreille contre une écorce, sous l’ombre d’un arbre enchanteur.  Incapable soudain de se lasser de la mélodie des feuilles. Son père restait silencieux des heures en la regardant jouer. Morgan faisait comme si elle ne voyait pas, fuyant son regard. Puis, discrètement, elle imitait les gestes de sa sœur. Pour ne pas paraitre trop étrange, elle prit l'habitude d’être son ombre. De faire ses gestes, d'utiliser ses mots. D’être son ombre, sans pour autant réussir à se fondre dans sa silhouette. Trop lumineuse, trop joueuse, trop enthousiaste, Morgan était toujours celle qu'on voyait en premier. Et, incapable de se dominer, elle ne pouvait pas s’empêcher de montrer ses crocs pour se défendre, pour un rien si agressive.

L’apprentissage fut difficile. L’enfant sauvage, au visage enchanteur, avait les pulsions animales des créatures les plus féroces. Capable de bondir pour faire tomber sa proie, incapable de jouer sans se débattre, au début insensible à l’humour, irascible, agressive, Morgan fit fuir le peu d’enfants qui vivaient dans la gare souterraine. Seule sa sœur, aussi tempétueuse qu’elle, accepta son monstre.  Kalliope lui appris la délicatesse, comment se tenir droite, pourquoi ne pas marcher à quatre pattes, la langue des hommes et celle, encore plus étrange, de leurs comportements. Mais Kalliope ne pouvait pas combattre contre les instincts profonds de la fille de l’Arc en Ciel et du faiseur de pluie. Exclue du monde des enfants, et de celui, plus grave, de celui des adultes, elle naviguait de l’un à l’autre, s’échouant sur une rive ou une autre. L’air grave, elle offrait à son peuple la santé de sa terre, les légumes qui poussaient si vite, les racines épaisses, pleines de sucre, des fleurs par milliers, les abeilles bourdonnantes. Le cœur à l’ouvrage, elle répondait aux besoins de son peuple, apaisant leur faim, et puis, en même temps, elle n’était qu’une jeune enfant, que personne n’osait jamais gronder.  La malignité enfantine, elle leur volait des petits sucres, des étoffes, elle se jouait de leur surveillance, quittait tant de fois le cocon de la gare pour s’aventurer dans les ruines environnantes et jouer avec les petits rongeurs moqueurs. Morgan vivait, une existence parallèle insensible à leurs craintes.

Les grandes prêtresses étaient rarement si jeunes. Gaia fut maudite pour donner tant de puissance à une enfant si jeune, si insouciante, alors que le peuple souffrait d'attaques incessantes de l'armée Blanche. Une enfant ne peut pas se battre, pas comme ceux qui vont au front, pas alors qu'elle a l'esprit aussi léger qu'un oiseau quand ça lui chante. Morgan, la tête à deux centimètres du sol, en train de regarder une cohorte de fourmis, ne perçut pas la guerre, pas tout de suite. Puis elle vit partir son père, revenir avec des blessures. Puis elle vit son air grave, son regard soucieux, les silences qu'il mettait dans ses phrases. Elle vit les fleurs, sur les petits sanctuaires pour la mère. Elle entendit parler des captifs, des suicidés, de ceux qui veulent vivre, et qui ne peuvent plus. Comme un méchant conte pour enfant, l'histoire du collier lui fut racontée. Elle refusa d'y croire. Un jour, d'une voix innocente, elle dit qu'elle était prête, prête à se battre pour son peuple. Karlain refusa, l’œil amusé, le cœur lourd. Incapable de sacrifier l'enfance de sa fille, il savait néanmoins que le jour où elle devrait se battre, viendrait bien assez vite.

Un jour, à l'aube de ses 10 ans, persuadée d'être suffisamment forte pour se battre, elle décida de participer au raid préparé depuis deux semaines par son père et un autre chef de clan, pilier de son élément. Silencieuse, discrète, elle se cacha, attendit que les adultes partent, et les suivit. Dans les ombres, elle se fit aussi légère qu'un papillon. Amusée par l'aventure, elle sautilla comme une petite biche, de cachette en cachette. Et, sans qu'ils ne s'en rendent vraiment compte, elle donna force et puissance aux piliers, catalysant leur puissance, comme elle catalyse celle de Gaia sous l'Aura. Mais, ce jour-là, l'armée Blanche était si nombreuse que toute la puissance qu'elle donna fut vaine. Les rebelles en déroute se ruèrent dans leurs cachettes habituelles, se glissant là où elle ne savait les suivre. Effrayée, alors qu'elle vit son père disparaître, elle se mit à crier et à courir pour le rejoindre. Elle n'eut jamais le temps de le suivre. Un homme l'attrapa à la taille et l’arrêta dans sa course. Mordu par les rats, attaqué par les chats, les corbeaux et même les araignées, il fut bien obligé de la laisser s'échapper, mais un autre l’attrapa aussitôt, et encore un, et un autre, et un autre, jusqu'à ce que l'un des soldats l’assomme et éteigne la puissance de sa magie omnisciente. Mais, juste avant, elle eut le temps de voir son père revenir en courant. Puis s'arrêter, une main sur le cœur, alors que la tempête écarlate de sa colère colora le tissu de son vêtement.


Air

Les cris de l’air, la fureur de son souffle. Le vent brise les vitres, les fragiles. Puis celles qu’on pose ensuite, les blindées. Le ciel se déchire autour de la tour Lux. Le monde s’enroule à l’épicentre de la ville, autour de la fille, qui, malgré le collier, exprime sa colère de portes qui claquent, d’airs qui frappent. Les éoliennes de la ville, s’envolent les unes après les autres, dans une valse majestueuse, avant de s’écraser contre les bâtiments. Hélices enchantées, elles brisent les tours des industries autour. Le monde entier tournoie autour de la cage de l’oiseau sauvage. Plein de tristesses, il provoque de violentes bourrasques dans les rues, il est presque impossible d’en sortir. Sauvage, il refuse de parler, il attend, près de la vitre, que viennent ses sauveurs. Usant du peu de magie qu’il peut sous la domination du collier de l’aura, au centre de la ville, alors que ses forces déclinent.

-Ils ne viendront pas, tu sais.

Obra Lux. L’enfant crache au sol. Il ne veut pas se laisser dompter. Il ne se laissera pas dompter. Il aime pas les chaussures qui brûlent ses pieds. Les vêtements, trop serrés. Et puis, ya pas de pluie, pas de vrai soleil, que cette Aurore, continuelle, ce mensonge éclairé au néon qui ne nourrie pas sa peau avide de lumière. Et puis, ya aucune chance qu'elle l'aime un jour, cette femme froide, le regard figé, qui ne sait même pas aimé sa fille et qui l'emprisonne dans une tour de verre, à l'écart de sa sœur, à l'écart de Gaia et des créatures terrestres.

L'orage. Et puis, parfois, le vide de l'air. Un abattement intense, profond, insoutenable. Où sont-ils ? Où est-il ? Lui, dont la mort la laisse étrange. Comme si c'était triste. Comme si elle avait envie de pleurer. Pourtant les bêtes meurent et les hommes sont des bêtes. Donc ils meurent, c'est le cycle de la vie, son éternel recommencement, sa logique. Mais non, rien à y faire, les images hantent ses rêves. Pourtant, elle en a vu, des fourmis, les pattes à la dérive, le corps explosé contre le vieux bitume des rues qui entourent la gare. Pourtant, la mort, c'est juste normal. C'est ce que disait les insectes qui passaient leur chemin, les animaux qui reniflaient les cadavres, les arbres qui sacrifiaient des branches. Pourtant, il allait mourir, un jour. Mais un sentiment étrange l'éprend, une tristesse inconsolable, la violence d'une culpabilité qui intoxique ses veines. Elle le sait. C'est de sa faute.

-Tiens, j'ai un cadeau pour toi.

Son corps trésaille, ses pupilles se figent, l'enfant s'angoisse. Obra pose autour de son cou fin, une torque d'argent. Et autour, le vent s'éteint. Plus de tempête, juste une brise, tendre et délicate, contre les vitres érodées par la prime fureur. La fin. Plus rien. Plus un contact. Le silence. Les larmes roulent sur ses joues enfantines. C'est fini. Ils ne viendront plus.

Alors, l'enfant se décide à être une fille, une petite fille, une jeune fille. Il grandit, cessant de mordre. Il accepte les robes, les bracelets, les présents, ceux que l'on offre à un trophée pour mieux le montrer ensuite. L'enfant se laissa faire, domptant son cœur sauvage, sa langue farouche. Il accepte l’Aurore comme sa compagne d’infortune, la dominance de la mère. Il se maquille quand on l’expose. Il apprend à écrire, à lire et a compter les heures longues qui glissent, glissent le long du temps sans l’arrêter. Et alors que les années filent, il rêve qu’un jour ne lui revienne son cœur, son âme. Qu’on lui rende sa vie, qu’on le libère de sa tour. Que quelqu’un enfin  l’éloigne du vide qu’est son existence.
Qu’elle vive. Enfin. La destinée qui est sienne.  



Feu

A la fureur de ses silences, un jour s'éveillera l'incendie de sa colère.
Cette puissance. Cette magie dormante. Un jour. Elle explosera.



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Re: Morgan

Message par Sax Sparkling le Jeu 25 Sep - 13:40

Hey ! Voici une fiche qui apporte une lumière nouvelle sur Kalliope et Gaia !

Il me semble que le visage de Gaia gagne beaucoup avec cette fiche, où elle paraît plus ambiguë encore que ce que j’avais compris. J’aime ce camaïeu de nuances ! Une ambiguïté que j’aime retrouver chez Morgan, quand la nature meurt quand elle quitte ses pas, quand elle reste sauvage et n’accepte la civilisation que contrainte et son caractère, image de vie et de mort.

Et en même temps l’intensité de tes personnages. Dans leurs fougues, les événements qu’ils vivent, leurs acceptations quand ils n’ont plus le choix…

Et la fantaisie onirique de l’arbre-homme, de la mère arc-en-ciel, la tour de verre, le collier…

J’aime que le feu soit bref. Une longueur n’aurait pas été à cet élément. Surtout avec cette plume qui porte toujours des mots avec des échos émotionnels forts. Et une fluidité, étonnamment, qui sait jouer avec les phrases courtes, qu’on retrouve dans tous tes textes.

Je ne vais pas souhaiter la bienvenue à Morgan, puisque c’est toi la fondatrice, hein Laughing

Mais plein de vœux de naissance, certainement ! Je souhaite beaucoup de RPs oniriques, intenses, dérangeants, surprenants, amusants, sensibles à ce personnage qui éclaire si joliment le contexte !

*encore sous le charme de sa lecture* pirat

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Re: Morgan

Message par Morgan le Jeu 25 Sep - 20:40

Je suis contente que ce personnage te plaise. Tant dans ses paradoxes, que dans sa création. Je voulais qu'il complète mes descriptions de Gaia, de certains des prédéfinis, je suis ravie de voir qu'il va dans ce sens -du moins pour toi.

Merci d'avoir pris le temps de m'écrire un si joli commentaire ! Merci beaucoup, tes paroles me touchent !! J'espère qu'on aura vite le temps et l'occasion de s'offrir un RP !

Le Feu couve, peut-être verra-t-on un jour son avènement <3

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Re: Morgan

Message par Svetlana El Bach'ri le Mer 1 Oct - 11:26

J'ai lu

Si j'avais eu le moindre doute en m'inscrivant (et que tu n'avais pas cafté -->), je t'aurais immédiatement reconnu
*ZBAFF*

J'ai reconnu plein de petites choses que je craignais ne plus jamais lire. Mon coeur (d'artichaut) s'est arrêté de battre à de nombreuses reprises. Et même que je me suis surprise à rédiger des lignes et des lignes entières au fur et mesure de la contagion de tes mots.

C'est beau.
C'est brut.
C'est toi.

Du début à la fin. Et j'en redemande plus.

Comme je sais que je t'ai volée ta patience par le passé (), je vais faire en sorte que tu redecouvres une nouvelle fois comment on en est arrivées là

Merci pour cette lecture enivrante ♥
(les gens dans le train n'ont pas dû comprendre mes réactions xD)


Dernière édition par Svetlana El Bach'ri le Mer 1 Oct - 11:36, édité 1 fois

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Re: Morgan

Message par Morgan le Mer 1 Oct - 11:34

Oooh Merci beaucoup pour ce commentaire !! Je suis contente que ma fiche t’ait plu.

Je suis contente qu’on puisse de nouveau jouer ensemble <3
Nous avons quelques longues épopées à notre actif, je suis ravie de pouvoir en écrire d’autres !!

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Re: Morgan

Message par Invité le Mer 1 Oct - 11:48

Le Feu couve
Mais mais... Je n'suis pas une poule! Dead

Très jolie fiche, elle est intimidante cette jeune fille. J'ai hâte de voir comment elle va réagir au moment de sa libération, et ses retrouvailles avec sa jumelle.

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Re: Morgan

Message par Morgan le Mer 1 Oct - 11:55

Imagine Stellan en Coq, maintenant Laughing

Ooh elle ne sera pas libérée de sitôt, mais ce jour-là, ce sera Carnaval !!

Merci pour ce gentil compliment <3

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Re: Morgan

Message par Levyna Dell le Mer 1 Oct - 19:29

Moi je t'ai lu, puis j'ai fondu...

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Re: Morgan

Message par Aleph Murnau le Mer 1 Oct - 19:58

Ce personnage est tout en finesse, l'écriture libre comme ce que représente Morgan : l'oiseau en cage qui veut s'échapper. Tu as un don pour la métaphore. J'aime énormément les touches originales que tu apportes (la torque, sa captivité dorée, le fait qu'elle soit réduite à un objet qu'on expose comme dans un musée...) J'ai vraiment hâte de voir ce que donnera notre rencontre rp et promis, cette fois on développera le lien comme il mérite de l'être. ♥

_________________
poltergeist.

Il existe dans tous les sentiments humains une fleur primitive, engendrée par un noble enthousiasme qui va toujours faiblissant jusqu’à ce que le bonheur ne soit plus qu’un souvenir et la gloire un mensonge.
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