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Crystal Palace

Message par Cloud le Mar 26 Aoû - 9:23



Crystal Palace





Art indécent, art sauvage, art blasphématoire. Dans les couloirs de Crystal Palace les mœurs les plus légères côtoient les artistes les plus grands. Prison des insoumis, refuge des sans famille, palace doré de ceux qui possèdent tout, il invite dans son sein toute la population qui vit sous l’Aura.


5 arts


Pour chacun des cinq arts, une muse. Pour chacun des cinq souffles, un rythme. Celui de Swann, Muse des Arts du Corps, Reine du Crystal Palace.



Art de la Scène :


Une larme rouge sur un visage pale. Un sourire qui déchire un visage grave. Et puis soudain des mains qui se lèvent, se posent sur un mur imaginaire. Le clown enchante ses foules, la fascine et lui fait peur, tout à la fois, alors que son visage qui pleure, qui rit, est le miroir d’une existence grinçante.

Mais très vite le numéro change, et c’est une artiste sur échasses qui embrasse la piste alors que ses mains agiles jouent avec des massues brulantes. D’un trapèze, l’autre vient. Voilà bientôt qu’ils jonglent, ensemble, comme s’ils n’étaient qu’un. Les balles volent sous les regards émerveillés des enfants.

Et quand enfin elles retombent, une pièce d’un autre genre s’ouvre. Des hommes qui se déguisent en femmes. Des femmes qui se déguisent en homme. La compagnie infâme des masques. Le verbe blasphémateur, la ritournelle amoureuse. Le théâtre, le théâtre le vrai qui entraine les adultes dans les tourments de la vie, l’amour, et d’une société bancale.  Mais qui, vraiment, écoute ce qu’ils ont à dire ? Pantins du Crystal, ils amusent plus qu’ils ne font réfléchir.


Art de la Main :



Des taches, l’une après l’autre, jetées sur une toile blanche, géante. Des traces de mains, la violence d’un pinceau, la douceur d’un visage. De la couleur dans un conte en clair-obscur, presque violente à l’œil, ou un étrange noir et blanc saisissant qui sublime les émotions vives de ceux qui ressentent au centuple. Du pastel, de l’encre de chine, des mines graphiques. Des lignes qui s’esquissent sur des feuilles blanches, l’élégance d’une écriture sans mots. Puis, si proches, ceux qui moulent la terre et épousent l’alchimie des formes. Du marbre, de l’argile, des bruits de brisures, la douceur d’une échine. Et, au centre, le modèle immobile, le regard vague, fascinant, alors que ses côtes frémissent à chaque souffle d’air.  


Et dans ce tableau surréaliste, alors que s’échinent les artistes qui si rarement vendent leurs pièces, l’inspiration presque maladive de ceux qui respirent le rêve plus que la vie, qui se cherchent dans une toile, qui se trouvent dans une statue. L’atelier si grand abrite tous ceux qui n’ont que le silence et la création pour exprimer leur sens, leurs souffles, leurs sentiments.


Art de l'Esprit :
 


Une bibliothèque gigantesque, des étagères immenses, et, entre les lignes, l’histoire du Crystal Palace. Des milliers de poèmes, des contes féeriques, l’imagination lyrique des écrivains du Crystal, ces êtres étranges qui marchent le regard brumeux, comme s’ils voyaient, entre les murs, les paysages exotiques d’un monde lointain. Rêveurs, ils déambulent entre les étagères, y déposent leurs poèmes dans le livre inachevé qui conte leur âme, puis repartent, à la recherche d’un nouveau rêve.  

Ils côtoient des êtres que la logique fascine, pourtant pervertie par le Crystal. Ces hommes, ces femmes, qui entretiennent les archives d’histoires fausses, tentant de trouver dans les vieux écrits une logique et un sens à tout ce qui est et demeure. Et pourtant les livres qu’ils recherchent sans fin, ne sont pas loin, avant la grande inauguration la cité toute entière y a transféré ses archives. Mais le Crystal veille au silence.

La bibliothèque est ouverte au public. Elle accueille les enfants en recherche d’une histoire, les adultes, qui ne croient plus guère aux contes de fée mais qui se réfugient dans les romans d’amour et même les industriels à la recherche d’une idée que le génie de ceux qui n’ont que la pensée pour s‘échapper inspire à  ceux qui ont les moyens de changer le monde.


Art du Son :


Il est rare que résonne l’orgue noir entre les murs du Crystal Palace. Son dernier artiste est mort et plus personne n’ose poser ses mains sur le vieil instrument. L’objet, lui-même, est d’une grande rareté. Trouvé dans une cathédrale en ruine, il a longtemps inspiré la méfiance des hommes avant d’être rapatrié au Crystal Palace.


Les flutes sont plus joueuses, taquines le matin, amoureuses le soir. Les violents sont plus langoureux, on les dit d’une grande violence quand ils s’agacent. Les cuivres sont plus légers, ils jouent ensemble, s’amusent, se suivent, certains disent même qu’ils se parlent, d’un langage codé, de part et l’autre du Crystal Palace, quand vient le soir, et qu’ils se sentent seuls. C’est sur quelques rythmes de rock, que se retrouvent les guitares, armées de batteries, suivies par les basses. Elles entrainent jusqu’au bout de la nuit, les insomniaques, les solitaires qui se cherchent, s’épousent, pour une nuit ou pour bien d’autres. Et enfin, pour ceux qui aiment les résonnances métalliques ou les transes que seul l’électro et quelques lignes blanches peuvent accorder, dans les bas-fonds du Crystal, la boite de nuit la plus branchée de la ville ne s’éteint qu’au petit jour, comme apaisée, alors que s’éloignent les derniers habitants de la city.


Art du Corps :


Même quand elles marchent, en habit de ville, en robe de nuit ou même nues, les danseuses du Crystal semblent danser. Leurs courbes tragiques s’harmonisent avec les souffles du vent, elles glissent sur le sol, leurs cheveux volent. Elles semblent si fragiles, si douces, si frêles. Le Crystal sublime le moindre de leurs traits. Il a transformé leurs visages, leurs corps, leurs âmes, pour que jamais elles ne cessent, de danser.


Et leurs porteurs, leurs compagnons, les danseurs qui les suivent comme des ombres et les tordent à leur souhait, les porteurs ont la grâce féminine des cygnes, dans un écrin masculin de force et de puissance, de souplesses et de délicatesses. Les danseurs dansent, et leurs pas s’emmêlent à ceux des femmes. Ils dansent et s’entrainent, l’un l’autre, dans une valse infinie, dans un tango cruel, dans un pas de chat.


La Magie du Crystal




Il fut un temps très lointain, Crystal Palace était un lieu de culte de Gaia, que les profanes, au nom d’une science maintenant désuète, ont dépecé, pièce par pièce, pour en comprendre le magnétisme et la puissance. Après sa profanation, le Crystal Palace a été transformé en lieu de plaisirs. Les entreprises du luxe ont habillé de lustres les plafonds noirs, l’or et de dorures les escaliers d’ébènes. La cité blanche toute entière a investi dans ce qui allait être le plus décadent, le plus luxueux, le plus sublime espace de plaisirs tout confondus.


La grande inauguration fut un massacre. Le Crystal s’est éveillé et a clamé à jamais son indépendance. Les écrits citent un bain de sang sans précèdent, qui a terni et noirci a jamais la pureté du minéral enchanté.  
 

La magie du Crystal, autrefois si pure, s’est libérée de ses chaînes. Indépendante, sauvage, puissante, elle s’est détournée de la Nature, sa mère, et puise désormais dans les ressources des hommes, la beauté de leurs gestes, leurs émotions si fortes, l’énergie dont elle a besoin pour vivre. Maison des artistes du corps, des beautés sauvages, brutes, comme des délicates, elle abrite les vices des plus grands. Ses fondations hautes, brillantes, lumineuses, ne dissimulent qu’à peine son âme noire et la malédiction qui pèse sur ses habitants. Car qui le désire peut venir s’y encanailler, prendre plaisir à vagabonder dans sa bibliothèque, à venir voir un ballet, un opéra, ou juste s’y divertir, une chose est sûre, les habitants, eux, vivent des maux bien étranges.


Une fois entré en possession du Crystal Palace, il est impossible d’en sortir. Les murs prennent au piège les âmes les plus rebelles. Et si les corps, parfois, peuvent quitter les lieux, il y a un sentiment qui les hante, une impression qui les dévore, persistante, jusqu’à emprisonner leurs esprits dans un étau de folies. Ils ne peuvent partir. Le Crystal piège leurs âmes et si les artistes se débattent en vain, il s’attaque à leur raison, les poussant à la folie, au suicide, à l’indicible. S’ils sont sages, s’ils ne cherchent à fuir et s’ils travaillent leurs arts, le Crystal leur offre une vie éternelle, une beauté sans pareille et la pureté des anges.


Nulle vie ne peut être mise au monde à Crystal Palace, les femmes comme les hommes sont stériles et si une femme, arrive, enceinte, l’enfant sera mort-né. Et pourtant, il n’est pas rare d’entendre ses habitants en faire la confidence. Le Crystal se joue de leurs âmes, leur invente des souvenirs et dévore ceux qui pourraient leur donner envie de fuir.


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