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Une caresse du passé [Aodh]

Message par Alexander James le Sam 15 Aoû - 20:52

L'éternité.
Si délicieuse accompagnée de mots d'amours.
Si dévastatrice accompagnée d'une sentence.

Malgré sa choix déterminé le moment venu, le pianiste maudit ressentait des regrets. Parfois seulement. Il ressentait une soudaine étreinte puissante autour de son cœur. La chaine qui le liait au Crystal s'enserrer davantage dans son organe musculeux. Elle enveloppait ses côtes une à une. Elle s'enroulait autour de ses membres. Lié de toute de part, la respiration du jeune brun devenait difficile. Sa gorge le brûlait. Sa poitrine peinait à se soulever. Chaque pas était une bataille. Une montagne invisible le retenait, pesant avec lourdeur dans son dos. Et plus il tentait de s'éloigner, plus la prise se refermait sur lui. Alexander ne se trouvait même pas hors du Crystal. Il lui arrivait simplement de se réveiller avec cette affreuse sensation d'être en prison. Car c'était ce qu'il était : emprisonné. La réalisation le frappait par moment. Rarement, fort heureusement. Mais cela arrivait. Et dans ces instants, rien ne semblait soulagé sa peine.

Se trainant dans les couloirs emplis de vie en cette douce soirée, le musicien n'attirait que des regards indifférents. Quelques airs méprisants lorsqu'il passait pour un fou aux yeux d'un public difficile. Il y répondait de ses iris pleines de haine. Les forçant à détourner les yeux, de peur de se faire sauter à la gorge. Il reprenait ensuite son parcours douloureux. Lamentablement, appuyé contre le mur, le brun suivait l'appel silencieux de son piano. Les vibrations des cordes résonnaient, inaudibles pour un autre, jusqu'à son cœur enfermé. Leurs tremblements touchaient même les chaines. Apaisant sa souffrance insensée. Alex souffrait simplement du syndrome de l'oiseau en cage. A force de chanter à tue-tête, la joie s'effaçait. Il ne restait plus qu'un chant vide. Une mélodie sans harmonie. Et il haïssait cela. Lorsqu'il le réalisait, il se sentait frapper de plein fouet. Où était sa fougue qui le caractérisait tant ? Le brun avait besoin de vibrer de vie, pas de s'endormir avec une berceuse !

Se secouant, sa route pénible atteignit finalement son but. Mais une fois assis face à son instrument, le vide demeura. Du bout des doigts, il caressa les touches. Les blanches. Les noires. Il les effleurait sans les presser. Il fixait ce mouvement, ce flux incessant et silencieux sans exprimer la moindre réaction. Le vide. Encore et toujours. Son âme. Son corps. Tout semblait s'être envolé avec les dernières notes qu'il avait joué. Ses déprimes étaient rarement si puissantes. Pourquoi aujourd'hui ? Que se passait-il donc de si intense en cette journée précise ? Levant les yeux, ces derniers rencontrèrent la partition déposée contre la peinture noire luisante. Une simple feuille de papier blanc. Un blanc éclatant. Une nouvelle page. Les notes se dégageaient dans leur encre noire. Mais surtout... les lettres. Le titre.

En souvenir de ma mère.

Alexander fronça les sourcils face à l'inscription. Quel tour lui jouait encore le Crystal ? Qu'est-ce que cela signifiait ? Il haïssait sa mère. Plus que toutes ces femmes. Elle était la source de ses maux. La raison de sa colère sourde. Et pourtant, une lourdeur s'ajouta sur ses épaules. Elles s'affaissèrent. Son dos se courba. Son corps refusait de prendre sa posture droite et élégante habituelle. Sa fierté avait disparu. Le jeune homme séduisant laissait place à un simple homme fatigué.
Alexander...fatigué. Lui-même n'en revenait pas. Que lui imposait-on donc ? Que se produisait-il ? La partition répondit à ses questions non prononcées.

Une suite de silences s'étalait sur les cinq lignes. De longs, longs silences.

La signification frappa le fils en pleine face.
Sa mère était... morte ? Ses yeux s'écarquillèrent. Comment le Crystal savait-il ? Et pourquoi l'informait-il de cela ? Son corps, sa position, elle représentait le deuil qui l'envahissait. Avant même que la nouvelle ne l'atteigne, l'atmosphère de sa prison s'était transformée pour lui. Pour le mettre sur la voie. Pour s'accorder à l'évolution de son humeur.

Alex était choqué.
Autant face à l'efficacité du Crystal que face à l'idée de la défunte.
Etait-elle réellement décédée ou se jouait-on de lui ? La puissante sensation mélangeant douleur et satisfaction le convainquait de la véracité du propos. Son esprit était trop confus pour chercher à douter davantage. Sa souffrance dépassait ce qu'il imaginait ressentir à sa fin. Sa haine envers elle était telle... que jamais il ne pensait verser une lame. Pourtant, l'une d'elle roula sur sa joue. Une seule. Celle d'un fils pour sa mère.

Finissant la page du regard, une comptine se dévoila à ses yeux. Pas de paroles. Juste quelques sonorités enfantines. Esquissant un mince sourire nostalgique, le brun les joua. D'une main, simplement. Il pressait les notes comme un enfant qui apprenait. La mélodie le plongeait dans des souvenirs de jeunesse. Lorsque la joie régnait, un rare moment de sa mémoire où il souriait avec sa mère. Il réalisait qu'à cette époque, cette dernière avait eu quelques bons moments. Davantage qu'en vieillissant. La musique emplissait la pièce, lui procurant un air mélancolique qui emporterait n'importe quel invité dans une vague aussi nostalgique que celle du joueur.

Un inconnu passa d'ailleurs le seuil de la porte. Alexander ne le réalisa pas. Sa deuxième main joignit la première pour rendre le morceau plus riche mais toujours dans une étonnante simplicité qui caractérisait l'enfance.

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Alexander James
Pianiste Maudit


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