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Un tango disgracieux [Naïa]

Message par Alexander James le Dim 19 Juil - 18:16

Un silence de mort régnait dans l'immense bibliothèque. Complètement isolée du reste du palace, les célébrations bruyantes ne résonnaient même pas jusque là. La nuit tombée depuis un moment signifiait que la soirée commençait à battre de l'aile. Les visiteurs rentreraient dans leurs maisons luxueuses ou dans leurs taudis à la frontière entre la ville et la forêt. Tout dépendait de leur appartenance. Le pianiste ne s'y intéressait guère cependant. Seul lui importait ses propres petites histoires. Et pour l'instant, tout était mis de côté. La tête calée sur deux livres, le corps caché entre deux étagères, le brun somnolait. C'était ce genre de sommeil réel mais où le temps s'écoulait avec une lenteur exaspérante.

Tic...Tac...Tic...Tac.

L'horloge au dessus de sa tête annonçait chaque seconde avec lourdeur. Il s'agissait du seul son qui brisait le calme apaisant de la salle. Cela et la respiration du squatteur. Les battements de son cœur se calait sur le métronome improvisé. Lentement, des notes se glissaient entre chaque mouvement d'aiguille. La créativité ne s'éteignait jamais chez les artistes du Crystal. Pour son plus grand désespoir. Ces derniers temps, il refusait de toucher un piano. Ca l'énervait. Il voyait toujours cette... femelle. Elle hantait ses pensées. Elle l'inspirait tant. Il pouvait jouer encore et encore sans s'arrêter en sa présence. Des vagues d'émotions le transportaient comme jamais. Elle le faisait vibrer. Et il détestait cela. Et ça rendait ses œuvres encore plus incroyables. Un cercle vicieux en somme car plus il la haïssait de tout son être, plus elle l'inspirait et inversement. Ca le rendait fou alors il boudait. Littéralement. Il ne touchait plus son clavier noir et blanc et voguait dans les lieux inconnus du Crystal. Le brun découvrait enfin les pièces innombrables de ce palais maudit. Ces errances ne finissaient jamais. Il était impossible de dessiner un plan correct si bien qu'il avait abandonné. Il se promenait juste au fil de ses envies, évitant soigneusement les parties comportant des instruments. Ses coups d'un soir avaient augmenté. Il se changeait les idées de toutes les manières possibles. Aujourd'hui, le calme de la bibliothèque l'avait attiré. Ses pensées ne s'arrêtaient pourtant pas de se tourner vers sa musique et cette diablesse.

Des bruits de pas brisèrent sa somnolence monotone. Les quelques notes jouées dans sa tête s'emballèrent soudainement en une mélodie bien réelle. Sa mâchoire se crispa à cet instant. Pas besoin de regarder pour savoir qui venait de pénétrer l'enceinte de la bibliothèque. Que foutait-elle ici ? Il était coincé en plus. Il ne lui semblait pas avoir vu d'autre issu que la porte d'entrée... Retenant sa respiration, Alexander tenta de passer inaperçu. Cependant, la présence de l'intruse se ressentait tant qu'il doutait qu'elle ne ressente pas la sienne. Soupirant de dépit, le pianiste se redressa. Rapidement, il redonna forme à sa chevelure aplatie puis se mit en marche vers sa Muse. La colère dans son regard se planqua derrière son masque de séduction. Il pouvait bien lui briser le cœur. Entre artistes, ça se faisait. Passant à coté d'un vieux gramophone, Alex s'arrêta. Il prit le temps de déposer la tête de lecture sur le disque déjà en place. Une lente musique s'envola, emplissant avec douceur l'atmosphère tendue par les deux êtres. Un mince sourire de satisfaction se dessinait sur ses lèvres et il s'approcha finalement de la source de ses malheurs.

"Ma Muse. Quelle surprise de te trouver ici... A moins que tu ne me suives ?"

Son sourcil se haussa, interrogatif tandis qu'un rictus ridiculement charmeur coulait sur ses lippes fines. Sa main captura la sienne et il y déposa un baiser non sans la quitter du regard. Jeu de routine. Il s'en lassait presque déjà. Les femmes étaient des proies trop faciles à ses yeux. Elle était différente par la motivation qui poussait le musicien à la séduire mais il ne se faisait pas d'illusions quand à sa résistance. Orgueilleux, il refusait de croire qu'elle lui résisterait. Elle le mettait si facilement à sa merci qu'il voulait lui rendre la pareille. Pourquoi devait-il se mettre seul à genoux ? Ses doigts s'entrelacèrent aux siens alors qu'il l'attirait lentement vers lui, murmurant.

"C'est un secret mais il me semble avoir aperçu une bouteille derrière un fauteuil. Que dirais-tu de la partager avec moi ? Ce n'est pas tous les jours que je peux profiter de ma Muse en tête à tête."

Le cynisme transparaissait dans sa voix malgré lui. Avec elle, tout était plus dur. Ce flot d'émotions qui le rendait fou l'empêchait de jouer convenablement avec sa proie. Masquer sa colère, il savait le faire. Mais cacher en plus une admiration certaine - qu'il refusait d'avouer- devenait plus compliqué. L'irritation n'en était que plus grande. Déchiré entre ces deux extrêmes, l'homme fut un peu plus brusque que prévu lorsqu'il l'entraina vers le fameux fauteuil. La forçant à s'assoir dessus, il se pencha ensuite vers elle pour sortir la fameuse bouteille. Son visage bien trop proche du sien, il allait vite. Trop vite. Il le savait mais elle l'empêchait d'être patient. Il ne pouvait raisonner calmement, planifier avec cruauté. Soufflant tel un taureau prêt à attaquer, il lâcha dans un ton provocateur :

"Alors ? Tentée ?"

Acceptait-elle de jouer avec lui ?

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Alexander James
Pianiste Maudit


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