Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas

Une araignée près d'un bar [PV Aodh]

Message par Sax Sparkling le Dim 12 Juil - 22:02

Il fait nuit. Il fait petite nuit. De cette nuit qui tire sur le noir, sans oser abandonner les orangés du soir. Il fait chaud, lourd, moiteur de la saison éclatante et de la nature joyeuse. L’été, la saison de Gaia, avec ses jours interminables et ses nuits courtes. Etroites. Denses et visqueuses.

La chemise blanche colle à la peau de Sax. Sous les bras, dans le dos, à la taille où la ceinture la plaque contre les muscles et les os. Une fine pellicule de sueur recouvre son visage. Mais Sax n’en a que faire. Debout devant une fenêtre ouverte, il contemple le monde nocturne envahir la ville blanche.

La nuit, les bêtes artificielles peuvent-elle approcher la forêt de Gaia ?

Il cille. A l’intérieur de son thorax, son squelette artificiel s’émeut quand il entend Sax penser à la forêt. Molécule par molécule, le titane se détache des côtes. Molécule par molécule, il remonte le sternum, la clavicule gauche, pénètre l’œsophage qu’il remonte imperceptiblement. Sax ouvre la bouche. Deux araignées minuscules, grises et étincelantes, piétinent sa langue. Elles descendent de son menton, longent le cou, cheminent sur l’épaule gauche puis la manche… Sax tend la main vers la fenêtre ouverte.

« Allez voir la Forêt. Rapportez-moi ce que vous y voyez. »

Dit-il à ses petites bêtes kamikazes.

A chacune de ses tentatives précédentes, les bêtes de Sax ont été détruites. Ou perdues. Est-ce là la volonté de Gaia ? Il l’ignore. Alors cette fois, il les a faites doubles. Jumelles. Araignées qui marchent par deux, pour ne pas être seules dans le noir. Pour ne pas être seules face à la haine de la forêt. Deux petites araignées de métal. L’une aux yeux verts, l’autre aux yeux bleus.

Et dans la petite nuit visqueuse, les jumelles de titane disparaissent pour répondre aux envies de leur créateur.

***

Elles ne sont pas revenues. Détruites, elles aussi ? Sax se désole. Il tient à chacune de ses créations, même quand elles sont créées pour être détruites.

Contre les pavés de la Rue Ecuyère, ses semelles laissent des feulements de semelles de crêpes. Douces et légères, de cette matière qui orne les chaussures fabriquées par le cordonnier de la famille. Dans son pantalon de toile noire, sa chemise blanche qu’il n’a pas changée, il erre, les sens en hyperfocus et le corps oublié. Il ne ressent plus la dureté des pavés contre les plantes de ses pieds, ni la moiteur contre sa peau, ni les bruits fracas de la Rue Débauchée. Il cherche, dans les rayonnements de la ville fébrile, des indices de ses jumelles perdues.

« Monsieur Sparkling ? »

Il sursaute, se retourne.

Un de ses superviseurs se tient derrière lui, la tête légèrement tournée sur le côté, les mains nouées au niveau de sa taille.

La pose des soumis…

« Monsieur Derrer… Mais que faites-vous ici ? »

Un instant, la surprise fige ses traits, fait tomber sa voix dans les murmures. Une voix de souffle. Les Sparkling n’ont pas l’habitude de crier. Leurs cordes vocales ont le lisse sonore des gens qui vivent dans la ouate et les dorures.

« Euhm… C’est au sujet de Barry… »
« Encore lui… Qu’a-t-il fait, cette fois-ci ? »

Sa physionomie ne s’est guère émue. La traduction corporelle d’une certaine habitude. Encore Barry, encore lui. Il n’y a même pas d’ombre dans le regard de Sax.

« Euhm… »
« Et bien, parlez. Je n’ai pas que ça à faire. »
« Il a oublié de changer l’huile du dernier moteur… Les corps de la dernière production sont restés à l’état liquide. Ils sont inutilisables... »
« Cela nous coûtera quelques retards… Renvoyez-le. »
« Il a une famille. Des enfants. »
« Il nous coûte trop. Renvoyez-le. »

Sax insiste, avec sa neutralité quotidienne. Une neutralité artificielle, inculquée, qui lui vient de la distance des émotions, de la partie humaine de son cœur qui a appris à ne plus battre pour la productivité des entreprises Sparkling.

« Vous savez… Si je ne vous avais rien dit, on aurait cru à une simple défaillance technique. Je l’ai dit parce qu’il suffira de changer l’huile, que ça ira plus vite… Mais… »
« Vous aurez une prime pour votre zèle. Vous avez des enfants aussi, je crois ? »

Sax pose ses mains, la droite nue, la gauche gantée, sur les bras de l’homme bien embarrassé. Un geste de sollicitude, envers un homme qu’il aimerait ne plus entendre ce soir. Ce soir, il aimerait s’inquiéter pour autre chose. Ce soir, les émois et les rigueurs des Sparkling, les circonvolutions et les inattendus des industries, ne sont que des fantômes ennuyeux de réalité pour Sax.

« Oui, j’ai deux enfants. »
« Vous pourrez leur faire de jolis cadeaux. Au revoir. »

Il se retourne et reprend sa marche dans la Rue Ecuyère. Des rires organiques et des éclats métalliques lui parviennent des bars qu’il côtoie. Derrer disparait derrière lui, dans le point de fuite de la rue étroite, dans les derniers nuages gris de la petite nuit devenue grande. Quelle heure est-il, à présent ? Sax a oublié sa montre chez lui.

Tic tic.

Un bruit familier. Dans le creux de son oreille gauche, contre son tympan hypersensible.

Tic tic.

« Oh, vous êtiez là… »

Il se précipite sur le trottoir d’en face. Son visage s’éclaire sous les néons bleu agressif qui ornent la façade d’une maison à l’activité qu’il n’arrive pas à deviner et dont il se moque. Près d’une poubelle, deux petits éclairs gris remuent lorsqu’il s’approche. Ses jumelles arachnides l’appellent de toutes leurs volontés. Elles n’ont plus de voix silencieuses, plus de force pour marcher. Elles n’ont plus que leurs mécanismes et leurs articulations pour faire du bruit et attirer son attention.

Tic tic. Tic tic. Tic tic.

Elles piétinent frénétiquement le pavé, de leurs huit minuscules pattes articulées.

Tic tic. Tic tic. Tic tic.

Il s’agenouille près d’elles. Tend ses mains. Elles se précipitent sur lui, avec l’empressement des enfants qui retrouvent leurs parents. Elles remontent son bras gauche, elles courent sur son cou. Sax ouvre les lèvres. Elles entrent dans sa bouche. Sax referme la mâchoire. Déglutit.

Dans son œsophage, les jumelles descendent à la vitesse de la déglutition. Percent la muqueuse. Explosent en nuages de métal. Qui se disperse. Traverse. Les muscles, les os, les veines. Molécule par molécule, le métal retrouve les os dont il est issu.

Une des araignées n’était pas entière.

Une partie d’elle est restée derrière.

Sax se relève.
Où est le demi-corps manquant ?
Devant lui, un autre homme. Jeune. Roux. Aussi roux que le ciel quand le soleil meurt.

« Oh. Est-ce vous qui avez mon araignée blessée ? »

_________________
Fiche - Sujets et PNJs
Multis: Carol, Mr Blue

avatar
Contact :
Voir le profil de l'utilisateur



Informations :

Messages : 718
Date d'inscription : 17/09/2014




Sax Sparkling
Âme de Beryllium


Revenir en haut Aller en bas

Re: Une araignée près d'un bar [PV Aodh]

Message par Aodh Lasair le Dim 19 Juil - 16:06

La soirée s'étirait. L'ambiance retombait un peu dans cette fête en bordure de forêt, habituelles "festivités" des jeunes des bas-fonds de la ville, et quelques personnes de la Haute qui venaient s'encanailler et oublier les contraintes de leur nom. Ces instants "mous" déprimaient Aodh après les sensations intenses. Sifflant son fond de verre, il se dirigea vers la bordure verte pour se soulager. Ce faisant, il entendit une espèce de cliquètement frénétique sortir de la moiteur de l'air qui entourait la végétation.

Deux minuscules petites bêtes mécaniques fuyaient vers la ville, l'une d'elles fort endommagée.

*C'est quoi çà?*

Aodh plissa les yeux, intrigué. Curieux aussi. Laissant là cette sauterie qui n'avait plus aucun intérêt pour lui, il se mit à suivre les deux petits automates, à distance, prudent. On ne sait jamais.
Après quelques temps à suivre les errances des petites araignées, qui semblaient de plus en plus faibles, il déboucha sur la rue Ecuyère. L'animation ne s’arrêtait pas avant les petites heures de l'aube ici. Les néons des enseignes de bar, d’échoppes et de lupanars éclaboussaient le sol, ne laissaient aucune tranche d'ombre en ces lieux.

Les petites créatures, semblant à deux doigts de s'éteindre, se mirent à cogner les pavés avec frénésie, comme pour attirer l'attention. Portant son regard autour de lui, Aodh vit un homme sur le trottoir d'en face remarquer les bestioles et se précipiter vers elles. Il était étrange, onirique, le visage beau, mais étagement régulier et équilibré, sans les disparités que produit la nature habituellement. La sueur avait beau imbiber ses vêtements, elle ne cachait pas la belle facture de ceux-ci. Il ne faisait aucun doute que cet homme était riche. Il venait donc du quartier blanc.

Redoublant de méfiance, le roux sentit son corps chauffer lentement, son souffle se faire plus dense. Il fallait être prêt à parer à toute menace, et pourtant il restait figé là. Cet homme l'intrigue, avec son air paternel envers ses petites choses. Le Lasair s'avance lentement vers l'individu, et se fige a quelques pas, étonné et pantois devant ce qu'il voit. Les deux arachnides métalliques viennent de grimper dans le corps de l'homme. Ce dernier lève la tête, le remarques.

« Oh. Est-ce vous qui avez mon araignée blessée ? »

Une question toute simple, sans agressivité, posée comme si tout cela était normal. La voix était douce, mélodieuse, distante, et en même temps teintée d'une once d'espoir. Le jeune disciple de Gaïa se reprends, se détends sans pour autant tout de suite relâcher sa méfiance et lui répond, laconique.

"Non. Elle est comme ça depuis qu'elle est sortie de la forêt."

Il se retend. Il a fait une erreur. Sa température augmente encore un peu, son souffle commence à faire friser l'air. Il serre les lèvres en espérant que cela ne se voie pas.

*Merde, pourquoi j'ai parlé de la forêt?*

Si l'homme travaille pour l'armée blanche, Aodh sait qu'il risque gros. Et le physique de son interlocuteur ne laisse pas de doute. Il n'a aucune chance de lui échapper assez vite pour atteindre sa planque dans les décombres.
Le jeune épicurien tente de dissimuler son stress, ne rien laisser paraître, comme cet homme en face de lui, aussi expressif et figé dans la grâce qu'un marbre.

*Qu'est ce qu'il va se passer maintenant?*

Jouant les innocents, il tente d'endormir la méfiance du riche personnage si étrange. Il lui tends la main pour l'aider à se relever en disant:

"C'était quoi au juste, ces choses?"

Attirer la discussion sur l'autre. Une technique qui marchait bien pour préserver ses secrets habituellement.


Dernière édition par Aodh Lasair le Dim 19 Juil - 16:53, édité 2 fois (Raison : Ortho et couleur)

_________________
Ma fiche # Mon atelier à vavas

"La passion détruit plus de préjugés que la philosophie", Denis Diderot/ Discours sur la poésie dramatique

avatar
Contact :
Voir le profil de l'utilisateur



Informations :

Messages : 30
Date d'inscription : 07/07/2015
Age : 24




Aodh Lasair
Soupir Ardent


Revenir en haut Aller en bas

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut

- Sujets similaires

Permission de ce forum:
Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum