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Fiançailles Brisées

Message par Morgan le Mer 8 Juil - 13:08



Fiançailles Brisées


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Morgan rêve en noir et blanc. Qui se teinte d’argent parfois. C’est une mélopée d’images. Un cheminement de lignes, de dessins. Auréolés de sensations animales. L’adulte s’évanouie dans un monde orchestre, un monde sous-marin, dans cette paix froide et léthargique des eaux qui l’ont vu grandir, entre les racines caressantes de l’arbre roi. Chaque son qu’elle peut entendre, même les murmures lointains de gardes trop bruyants, est chant de sirène. Chaque mouvement d’air dans sa chambre trop grande est brise soufflante sur la fine surface de l’eau qui jamais ne se blesse. Au secret feutré de son âme chaotique, derrière la barrière de ses lèvres endormies, dans l’intime de sa peau, de son être, elle  a la sérénité enfantine des enfants qui n’ont jamais connu le mal. L’innocence anodine des jeunes femmes de son âge. Un visage sans pli, sans masque, au creux de sa chevelure noire. Elle dort comme une enfant, si peu, si rarement, que son corps détendu est envahi par une torpeur tiède, chaleureuse. Dans le cocon de ses cheveux lisses, elle n’a plus d’âge. Les draps, roulés en boule à ses pieds, ne dissimulent plus ses courbes de femme qu’habillent une nuisette noire, satine. Ses longues jambes blanches s’étendent dans la diagonale du grand lit. Sur le ventre, Morgan prends toute la place, comme si elle cherchait à s’étendre sur tout son espace, à s’en approprier, à le posséder tout entier. Sans grâce ni élégance.

Parfois, plein de fracas, les rêves cauchemardesques de son existence humaine frappent la mélopée douce des voix de Gaia. Obra s’insinue dans ses rêves. Ses yeux la suivent, elle les sent sur sa peau. Elle tremble, Morgan dans ses draps. Sa main gauche se crispe autour de son collier. Il brule, l’esclavagiste, quand les rêves se font sensibles, quand ils s’éprennent d’une réalité difficile et lui rappelle une liberté perdue. De fine gouttes de sueur glissent sur sa peau pale. Son corps s’enferme dans un coin du lit, si petit, comme un chat recroquevillé qui essaie de disparaitre, d’être invisible. Car les yeux d’Obra dans ses rêves, ce regard qu’elle sent, qu’elle ne regarde que du bout des cils, n’osant tourner son visage vers le sien. Il la terrifie. Ses yeux clos se plissent. La sueur se mêle au brillant de sa chevelure satine. Des mèches se collent à sa peau. Son souffle s’accélère. Morgan monte les marches, une à une, les longues marches de sa tour. Chaque marche est plus grande, plus haute. Et ses jambes fines brulent. Ses pieds torturées dans des talons inconfortables ne se lèvent parfois suffisamment hauts, butent contre la marche, elle trébuche, encore et encore. Mais elle ne s’arrête pas, elle peut les sentir, derrière, cette nuée qui la hait, qui la chasse dans les hauteurs, qui la retient prisonnière.

Dans l’escalier onirique, les marches sont en colimaçon et Morgan a les cheveux longs. Immensément longs. Ils s’entortillent au centre, se coincent aux marches. Ils glissent sur le sol, contre les parois. Dans un bruit de velours sur le bois. Dans un bruit de vent sur les ailes feutrées des papillons de nuit. Dans l’océan apocalyptique de ses émotions, Morgan a les cheveux si longs, qu’ils glissent sur de nombreux étages. Qu’ils n’ont pas de fin. Que Raiponce, elle-même les jalouserait. Morgan a des cheveux si longs et si lisses, qu’ils glissent sans imperfections. Qu’elle peut se hisser si vite vers le sommet. Que les bruits, derrière, se font plus lointains. Que les insultes deviennent inaudibles. QU’elle devient libre. Libre. A mesure qu’elle s’approche de sa cage. Une cage en verre, aux ornementations luxueuses, aux odeurs froides qu’insufflent le design glace de l’hyper centre moderne.

Fracture. Une main, dans un gant blanc, se ferme sur sa chevelure. L’étreinte glacée de la dame de fer. Stoppant nette la course de son échappée. Morgan, dans son élan, se blesse à cette entrave, gémit, dans son rêve comme dans son lit. Ses chevilles se tordent, les talons s’éparpillent. Ses bras tentent de rétablir l’équilibre incertain mais la funambule est prise au piège d’une rigidité telle, que sa grâce artistique, légère et volatile n’y peut plus rien. Elle tombe. Son corps lourd frappe les marches. Si vite, si fort. Sa main s’agrippe au drap, se ferme, tire, comme si elle recherchait une prise, un réconfort. Elle tombe, s’étrangle dans sa chevelure emmêlée. Elle tombe. Puis, se brulant à l’air climatisé de sa chambre, ses yeux s’ouvrent. Grands. Il fait noir. Noir encre. Ses cheveux l’aveuglent. Affolée, l’étranglée les écarte précipitamment de son visage. Retrouve la noirceur grise de sa chambre.

En dessous, la danse en quatre temps des gardes connait un soubresaut. Ils tournent, changent. Leur nombre diminue. Les 45 étages qui la séparent du sol se vident. L’ordre se dénoue, le rythme s’allège.

Le corps se dénoue, s’étire. Les pieds nus se posent sur le sol froid. Elle marche avec lenteur, encore toute endormie. Alors que son cœur bat, d’un rythme lent mais fort, qui l’assomme. Ses cheveux, ébouriffés, apocalyptiquement dérangés, encercle son corps encore tiède. Dans son salon, ouvert sur le monde, elle s’approche de l’immense baie vitrée. A ces heures, nul ne saurait voir Gaia. Il fait trop noir. Il est trop tard. Et la ville blanche irradie de ses lumières claires, magnifiques. Métaphore d’un monde étrange, pailleté, inaccessible et, pourtant, qu’elle commence à comprendre. Si belle, la lumière, comme un fantôme qui habille la ville, la transforme et la magnifie. Sa main se pose sur la vitre. Fraiche. Un bruit éveille son instinct mutilé. Il y a quelqu’un. Et ce n’est pas Aurore.  Ses lèvres s’entrouvrent dans un souffle. Et les mots, murmures, sont soudain si grands, dans leur douceur grave et désintéressée.

-C’est la plus belle vue de la ville.
La plus haute tour.
Le plus haut étage.

La plus sublime des prisons.

Avec un verrou. Des portes blindées. Une horde de marionnettes, qui la protègent. Des centaines d’armes. Des couteaux. Des bâtons qui font vomir. Des armes à balles ou celles, plus technologiques, électriques. La pilule Dream, maudite des siens. Le pouvoir tonitruant des Lux. La dictature glacée d’Obra. Et l’omniscience de l’Aura.

Une tour. La tour. Lux. Sa tour. Haute. Inaccessible. Celle qui déchire le ciel de ses lumières grises, de ses reflets d’argent. L’ultime défense contre Gaia. Celle la même qui porte la toute-puissance de l’Aura.  Et Morgan, Morgan est le joyau de la tour. Son antéchrist. Et dans sa cage, il n’y a nul égaré, nul hasard. Quelqu’un est venu pour elle mais, blessée, Morgan refuse de rêver une illusion impossible. Qu’on soit venue la libérer. Son esprit obtus a un tout autre plan. Qui ne repose que sur ses épaules. Alors, Morgan ne se retourne pas. Ses yeux, grands ouverts, sans maquillage ni apparat dévore la lumière des building.

-Que faites-vous ici ?

Au fond, Morgan ne s’en soucie guère. Elle n’a le courage de courir encore les escaliers longs. Elle ne sait prendre l’ascenseur sans clefs. Elle n’a le courage de batailler. Il n’y a personne.  Alors rien, rien ne la sauvera du mal, rien ne la protègera du bien. Pas même Obra, si l’inconnu a trouvé le chemin qui mène jusque elle. Ni Aurore, trop changeante. Ni Kalliope, trop distante. Personne. La prêtresse est sans apparat, sans armure, sans même un voile pour cacher son visage, d’un nœud pour assagir ses cheveux, d’un trait noir sous ses yeux pour dissimuler les cendres de son regard.

Morgan devrait ressentir cette peur. Celle la même qui la fait courir si souvent dans les escaliers sans fins. La terreur que son âme d’enfant ressent et distille dans ses rêves. Pourtant, elle ne ressent plus aucune peur. La jeune femme vibre d’un calme cristallin, d’une douceur brulée, d’un verbe calme.

Il fait nuit. Et les lumières de la ville brillent.
C’est la seule chose qui lui importe.

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Re: Fiançailles Brisées

Message par Craig Moffat le Mer 8 Juil - 23:53

Craig était-il encore vivant ? C’était la question qu’on pouvait se poser, mais que, franchement, personne ne s’était posée. Parce que, Craig n’avait pas d’attache, et, même s’il en avait, il ne manquait à personne. Il était trop insupportable. Et, *ma foi*, se disait-il, *c’était très pratique*. Absent, depuis un long moment, à la Cité blanche. Normal, puisque, en otage, dans le camp rebelle de Kall’... un Camp vert...

Il avait dû, d’abord, s’y échapper. Et, son pouvoir, que de se rendre intangible, immatériel, lui permettant de presque tout traverser, il ne pouvait pas en user comme, ni un Dieu, ni un Diable, et devait alors, ruser, l’utiliser, avec malignité. Il avait dû aussi, rebrousser chemin, et, un putain de chemin ! Un chemin, inconnu et sauvage, à travers le vert, pour regagner, le blanc. Alors, épuisé, il avait enfin atteint les frontières, éreinté, ayant fait des réserves, en mangeant le plus de fruits secs, qu’on lui avait donné ou qu’il avait trouvé, au camp des rebelles. Il avait pris aussi, de l'eau, mais, en stock limité...  

Il arriva, en zone alliée, à la Cité Blanche, en s’effondrant, en pleine rue. Et, personne, personne non, ne le releva, car, inconnu, soldat inconnu, il s’effondra, ici et là, fusillé, d’une balle imaginaire. Il voyait, il ne voyait plus rien à l’horizon. Il ria nerveux. Il ria fou. Il avait réussi à revenir. Il roula sur le dos. Il fixa le ciel. Il posa ses mains sur son ventre affamé, noué. Il, il commença à chanter... à chanter... un chant, qu’il eut du mal à chanter, la gorge sèche, sans eau, serrée, nouée, qui n’avait pas parlé pendant quelques jours, il chanta, un chant... de l’Armée Blanche...  

J’avais un camarade
De meilleur il n’en est pas
Dans la paix et dans la guerre...
Marchant d’un même pas.
Il est là dans la poussière...
Soyons toujours unis...


Car, le pire, c’était, que son père, avait fait partie de l’Armée Blanche, sur laquelle Craig crachait, parce que, ce père était tombé, à cause de l’Armée Blanche ; tombé, à cause d’une stupide guerre, qui n’avait, pas de sens, pour un fils de sang mêlé.  

Et,... un visage à la con gâcha sa vue ! Il se redressa. C’était un gosse, et, il se fit la malle, en courant. Craig, alors, se laissa retomber sur le dos.

Saleté de gosse.

Il eut un sourire. Un gosse... ? Ça valait peut-être le coup alors. Il se tourna sur le sol, et, de ses bras, se releva. Il, marcha, difficilement, jusqu’au centre-ville. Et, il retourna jusqu’à chez lui. Il passa la carte magnétique. Une fois. Une seconde fois. Ça ne marchait pas. Il repassa et repassa encore. Il tapa sur la porte. Plusieurs fois. Il chercha à la défoncer. Il voulait rentrer chez lui bordel de merde ! Et, comme un con, il se souvint, que le mur, il pouvait le traverser. Il le traversa. Il alla, directement, voir sa serre, et, il vit, sa serre, détruite. Il resta là, figé, choqué, vidé. Il entendit du bruit, et, ressortit. On avait revendu sa piaule.

Il passa la nuit dehors. Il lui restait, quoi, sa besace, avec, deux-trois trucs à la con, et, une carte d’identité, avec, ses talents de hacker... inexploitables... ? Il se rongea les ongles. Ils avaient trop poussés. Et, taper sur un ordinateur lui manquait trop. Il réfléchit. Il déchira ses ongles. Et, les recracha. Il avait alors, les ongles, dans un sale état, puisque certains, il les rongea, jusqu’au sang, jusqu’au sang qu’il avait vu coulé là-bas dehors. Que faire ? Il était certain, qu’il avait dû perdre son job aussi. Tout. Et Wakl’ ? Il renifla de froid. Il avait froid. Et, son corps, fatigué, ne passait plus immatériel, alors, il en tremblait, en tremblait beaucoup trop, plus du tout habitué au froid. Le revers de la médaille : un corps sensible. Alors, il se retenait de couiner, luttant contre son propre corps, assis, dos contre un mur, un mur de fortune, dans une ruelle obscure. Il rapprocha ses genoux vers lui, vers son corps, et serra ses jambes, comme un paumé, et, aussi, comme un type, qui tentait de contrôler son corps. Il souffla, sur ses mains. Il cherchait à se réchauffer.

Il s’endormit, mais, il dormit, c’était forcé, que peu, très peu. Et, au matin, il entendit, le bruit d’une arme. Le clic. Il se réveilla, avec des maux en tout le corps, et, ouvrit les yeux. Il vit, l’Armée blanche, faire des contrôles de papiers, alors, il s’en alla, lui et sa besace, les mains dans les poches. Il baissa la tête. Il marcha. Il marcha, jusqu’à la Tour. Et, cela lui prit de bonnes heures.

Craig observa à droite à gauche. Il avait l’habitude de se muer fantôme. Il passa, alors, pour un fantôme, avec une discrétion à laquelle on ne s’attendrait pourtant pas de lui, lui, le type qui ouvrait sa gueule et faisait n’importe quoi. Il était déjà entré dans cette Tour par le passé, lors de l’attaque de Gaïa, que l’Aura, avait réussi à contrer, en protégeant, les civils. Alors, il savait où entrer, en cette Tour. Il n’avait dans le ventre, que de pilules nutritives, et, ça le nourrissait plus aussi bien, ayant goûté à la nourriture, plus riche, dans le camp des rebelles, des verts...

C’était, le début de l’après-midi, et, c’était, franchement, vraiment pas de trop, pour infiltrer la base des blancs. La Tour Lux. Il traversa un premier mur, celui du tout en bas rez-de-chaussée, se sachant devoir monter, de nombreux et nombreux étages. Un Enfer. Et, pourtant, un air déterminé, dessiné sur son visage, presque trop soldat, animé d’une volonté aussi mystérieuse que froide. Inconnue. De là, il fit preuve de patience, à ne pas se montrer trop hâtif, pour évoluer, en cette immense Tour Lux, qui, après tout, surplombait la Cité. Il faisait, ascension, vers le haut alors, mais, pas vers un Paradis, non, pas un Paradis. Il prit soin d’éviter les gardes, de passer, lors des temps-morts des rondes, si, prévisibles, ou, lors des discussions des soldats, si, insignifiantes. Il prit soin de traverser les bons murs, de passer, pas trop de murs, afin de ne pas fatiguer son corps inutilement, jusqu’à rejoindre, un ascenseur sans clefs, qui allait, lui faciliter sa progression. Oui, parce que, lui, il n’en avait que faire, des clefs... ! Il restait, que le hacker, qui avait hacker l’Aura elle-même, le petit voyou, ne rencontrait que peu d’obstacles en cette Tour...

Il y a quelqu’un. Et ce n’est pas l’Aura.

Il aurait bien aimé. Craig aurait bien aimé. Fasciné par l’Aura. Fasciné, c’était le terme. Car, son désir, inavoué, inavouable, difficile à confier, il fallait bien le dire, avait toujours été, celui de fusionner avec l’Aura. L’intelligence artificielle. La merveilleuse Aura. L’Aura, la promesse, celle d’un jour, qui ne pouvait qu’être nouveau, la promesse, qu’un monde parfait éclore enfin. La promesse de la paix. La paix, à jamais, éternelle. Angélique. S’échapper. Pour Craig, la mort pur et simple. Mais qu’importe. Quel désespoir, d’en arriver là, pour un homme. Il fallait être fou, pour aimer une chose artificielle, et, vouloir, fusionner avec elle, à jamais. Fou, ou bien, se haïr, se haïr au plus haut point, jusqu’à la chair et jusqu’aux os. Et, Craig, il s’était haït à ce point. Il avait eu cette haine en lui. L’enfant qui avait, après tout, tué sa mère en couche, et qui l’avait su. C’était cette histoire alors, d’un Empédocle, qui, s’était jeté dans le feu, le bûcher. Et, Craig, c’était l’histoire de celui qui avait échoué. Il n’avait pas réussi à concrétiser ce rêve secret. Lorsqu’il avait avalé la Dream, cette sale pilule de l’illusion, diabolique, et non angélique, son corps avait exhaussé un vœu, ce vœu, mais, qu’à moitié, et, ce rêve, la pilule l’avait rendu puéril, ce désir, au plus haut point, et alors, haïssable. Craig ne pouvait qu’espérer depuis, mourir, lentement, de vieillesse, à petit feu. Un rêve ne devrait rester qu’un rêve. Craig le savait désormais. Cela le rendait, quelque part, plus sage, plus noir aussi, et, plus ironique, plus tranchant. Il ne croyait plus en rien. Surtout que, il aurait pu, encore une fois, toucher l’Aura, la traverser, fusionner avec, peut-être, si, Morgan, cette Morgan, qu’il voyait devant lui, à cet instant, ne l’avait pas arrêté, ce jour-là, lors de l’attaque de Gaïa sur la Tour Lux. Elle s’était interposée.

Morgan, qui avait réveillé, cette foutue, poignée de sable, autour du cou de Craig, en un flacon, une autre paix, un autre monde, que Craig avait oublié...  

Alors, lorsqu’il était apparu, en fantôme, intangible, et qu’il entendit, cette femme dire, qu’elle avait la plus belle vue de la ville, il prit un air moqueur sur son visage.

Il avait, traversé, des portes blindées, et, bon sang, il les avait senties passer, car, son corps avait du mal à traverser les murs trop épais.

Il avait même, redouté, que rester coincé dedans...

Ce n’était plus l’Aura qui intéressait Craig. Enfin, si, mais, plus en tête de liste. Il y avait un autre joyau, dans la Tour, qui, désormais, intéressait Craig : Morgan.

- Que faites-vous ici ?

Je viens profiter de la vue.

Craig n’avait pas pu s’en empêcher...

Elle est dégueulasse.
Dire que j’ai fait tout ce chemin pour ça !


Il avait une sale tronche, Craig, et, il sentait, le gars qui revenait de la cambrousse, puisque, il ne s’était pas lavé, depuis le camp de rebelles. Charmant non ? Mais bon, sa mère trouverait qu’il sentirait bon !
Peut-être.

Craig s’avança, jusqu’à la baie vitrée, et, contempla. Il acquiesça à cette vue.

Vraiment pas terrible.

Dit-il. Et, il regarda Morgan, guettant son regard, sans mots dire, ça faisait un temps, après tout, qu’il ne l’avait pas vu, puis, s’adossa à la baie vitrée. S’il la trouvait jolie ou pas ? La vue sur Morgan, meilleure que celle de la Cité ? Qui sait. Qu’est-ce qu’on en avait à foutre ?! Il n’était pas là pour ça ! L’Aura, l’avait déçu, n’accordant pas la Paix. La Paix, et, pourquoi, il voulait la Paix... ? Ça le regardait !  

J’pourrai la traverser. Je tomberai jusqu’en bas. Ce serait marrant. Je ne mourrai même pas.
Enfin peut-être.


Crânait-il ? Peut-être. Qui sait. Craig eut un sourire, s’imaginant, traverser par le dos, cette baie vitrée, et, alors, il ferma les yeux. S’il flirtait avec la mort... ? Si seulement. Pas vraiment. Fatigué, il se laissa glisser le long de la fenêtre, de son dos alors, et, il s’assit, à même le sol, au bout du rouleau, mais, toujours conscient ! Fort malheureux. Parce que donc, il pouvait encore parler... !

Kall, c’est ta sœur jumelle non ?

Autant la tutoyer, la princesse.
Après tout, ils s'étaient déjà roulée une pelle alors...
Alors, autant aussi faire dans le direct et le cash !

Il avait, bien sûr, sa besace. Avec, toujours, son journal. Et, il puait, forcément, puisqu’il portait les fringues de son départ de son expédition chez les verts. Il portait alors, ce pantalon à poches, même sur les jambes, vert-kaki, et, surtout, terreux, abîmé, un peu usé et déchiré par endroits, ainsi qu’un simple t-shirt beige, tout aussi déplorable et crade. Et aussi, une veste, kaki, par-dessus ce simple t-shirt, dans un sale état, évidemment. Aux pieds les bottes. La classe quoi !


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Craig Moffat
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Re: Fiançailles Brisées

Message par Morgan le Ven 10 Juil - 9:09

Il fait nuit. Une nuit noire, céleste, que les étoiles éclairent tout à peine. Une nuit douce, amoureuse. Une brise légère caresse la tour. Morgan pourrait presque la sentir. Mais le verre qui sépare sa paume du ciel est une barrière qu’elle ne peut plus enfreindre. Alors elle l’imagine, ce vent, tournant autour de la tour comme autour d’un feu pour le faire grandir, pour l’éteindre ou pour le raviver. Un vent velours, un écrin d’une chaleur fraiche. Une présence à peine perceptible. Gaia, auprès de l’aura. Et sa main, contre la vitre froide, humide, ne délaisse le verre. Cela lui est impossible. Car Gaia est derrière et Morgan ne cessera jamais d’attendre, d’espérer, d’essayer. Car elle peut sentir la tour frémir, grincer même, parfois, par temps de tempête. La tour est comme un arbre sans branche, sans feuille et sans écorce. Un arbre sans bois qui se dresse jusqu’au ciel, à la recherche d’une lumière qui ne le nourrira pas.

La vue, c’est le seul présent d’Obra qui ne fut empoisonné. Les colliers, les robes, le reste, c’était juste pour acheter son obéissance, son amour même, il fut un temps. Sa vue, c’est la seule chose que Morgan connait du monde réel, du dehors, des autres. Les soirées mondaines sont différentes. Blessée par ses talons hauts, étranglée par son collier et la hargne verbale de ceux qui se moquent, Morgan ne se sent parfois plus bétail, trophée que personne. Ici, dans sa demeure, elle est en paix. Elle est reine de son silence ou du bruit. Elle peut courir, elle peut parler de longues heures à son miroir. Elle peut se mourir d’ennui. Et vivre, aussi, dans le secret de l’intime quand ailleurs elle n’est qu’exposée. Alors son ironie mordante ne la touche pas, ou peu. Les Lux, les politiciens, les scientifiques, les autres, ils ne se sont pas privés de se moquer de sa cage, eux non plus. Elle préfère les ignorer. Car la vue, c’est la seule chose qui ravit son œil, c’est sa seule ouverture sur le monde.

Lui, il s’invite sans comprendre. Sans vouloir comprendre. Morgan préfère croire qu’il aime la vue. Qui ne saurait l’aimer ? Morgan préfère croire qu’il se moque pour se moquer, comme la horde d’inconnus qui fourmille dans la ville, le jour venu. Morgan préfère croire que nul ne résisterait a sa vue. Que chacun plongerait son regard et resterait, comme elle est restée, des années durant, tout devant. Des fois, pour se rassurer, elle se persuade qu’elle n’est là que parce qu’elle veut bien encore restée. L’inconnu ne peut pas tout mettre en pièce, les châteaux de cartes branlants, les histoires trouées, mouchoirs sales, lavés, élimés dans l’espoir de leur donner enfin forme et pureté. Morgan ne le laissera pas démantelé son monde de petites fées, d’illusions et de rêves bleutés. Elle préfère l’ignorer.

Inconnu il ne l’est pas, pas tout à fait. Elle reconnait quelque chose dans sa voix. Derrière la moquerie. Il lui rappelle quelque chose, quelqu’un. Sans qu’elle ne puisse mettre de visage. Cela doit être l’un des gardes. Quelque chose doit se passer quelque part, on va encore la de place. La jeune femme soupire. Elle est lasse d’être traitée comme un objet. Que se passe-t-il encore ? Un exercice de sortie immédiate ? Obra qui la quémande ? Une mauvaise blague ou pire, encore, rien. Un vide aussi grand que noir sont ses yeux encres. La lassitude lasse des heures interminables. La longue agonie du temps alors que ses yeux s’usent dans le noir du ciel, le gris de la ville, les mouvements et les lumières. Sa vue. La vue. Elle l’insupporte, elle aussi. Ce n’est qu’un fantasme, lointain, d’histoires qu’elle ne connait pas. Ce n’est qu’une hauteur, vertigineuse. Qu’une vitre, infranchissable. Qu’une blague, cruelle. Alors si quelqu’un doit la trouver degueulasse ce sera elle.

Morgan tourne sa tête. Ses cheveux glissent sur son épaule, rideau noir, écrin de son visage. Franchir la vitre ? Est-ce seulement possible ? Elle ne connait qu’une personne qui aurait ce pouvoir. Lui. Cet homme. Celui qui lui a volé sa liberté chérie. L’homme qui a fait reculer Gaia. Et à qui elle a promis la mort. Ses yeux sondent son visage. Il a l’air épuisé. Si sale. Quelque chose a l’air brisé, usé jusque la moelle. Quelque chose est différent. Peut-être. La dernière fois, elle ressentait tout de manière si intense, si forte, elle apportait dans chaque détail la puissance folle de son espoir vain. Peut-être qu’elle ne l’a pas vu avec objectivité, peut-être ne l’avait-elle vu que comme un objet de son hypothétique libération. Mais il a changé, c’est certain. Il n’a plus l’anodin d’autrefois. Ses traits creusés, son souffle las, son humour presque un peu noir. Il a l’air épuisé, sur les rives nacrées de fiel des limites de son corps. De son âme. Comme s’il avait fait le plus long pèlerinage de son existence, comme s’il avait parcouru les limites du monde, et qu’il était revenu. Un illuminé, fou, moqueur. Dans le coffret le plus protégé de la ville.

Il pourrait traverser. Il pourrait être libre. Pourrait-il seulement l’emmener avec lui ? Si Morgan sautait, est-ce que Gaia la rattraperait ? Les prunelles de Morgan s’illuminent, un chaste instant, puis son regard s’apaise. Morgan ne lui fait pas confiance. C’est un menteur, un manipulateur. Elle n’a aucune prise sur lui. Autant chasser de suite les faux espoirs. Et puis, puisqu’il se moque, elle ne veut pas lui parler. Il ne le mérite pas. Et pourtant. Pourtant ce qu’il dit. Juste. Comme si ce n’était rien. Sa sœur. Eveille le visage de la belle. La lumière, soudain, semble se refléter sur sa peau. Ses yeux, être plus noir. Ses cheveux, davantage sauvages. Un tremblement glisse sur son échine. Une chair de poule redresse les poils fins de ses bras. Et son attention, toute entière est à lui, lui qui ose donner à sa sœur un diminutif. Un soupir s’échappe de ses levres.

-Oui.
Sur la peau pale de ses bras, naissent, nuances de gris, taches d’encre, les tatouages de sa sœur. Arabesques électriques sur ses bras sans muscle, sans force, quand Kalliope est une véritable guerrière. Jumelle de l’électrique, dans sa finesse oisive et son élégance racée, elle lui ressemble pourtant tant. Et si peu. Tant. Et si peu. Car si dans leurs yeux naissent des orages, dans leurs cœurs couvent d’autres peines. Elles n’ont plus les mêmes existences depuis tant de temps. Leurs enfances fusionnelles est si lointaine maintenant, même si rien, jamais ne fera oublier a Morgan, ces caresses d’âme, ces disputes, cette alliance, contre le monde et pour le monde. Kalliope est ce qu’a Morgan de plus humain. Avait. Car maintenant c’est Obra qui habille d’humanité la petite prêtresse de Gaia. Lentement Morgan se ressaisit, elle passe ses mains sur ses bras, effaçant les tatouages d’une autre. L’émotion, trop forte, lui a fait perdre son calme. Mais elle craint toujours ses pièges. Avec fierté, elle attaque.

-C’est elle qui t’a mis dans cet état ?

Les foudres de Kalliope sont plus efficaces que les siennes. Peut-être a-t-elle devinée que c’est lui qui a mis fin à l’attaque de Gaia. Peut-être. Soudain. Un doute. Et si ? Si le pire était arrivé. S’il était vraiment venu se moquer, l’achever. Ses paupières chutent. Elle ne peut rester fière devant l’impensable. Elle ne peut plus rester droite alors que l’idée torture son âme. Elle se laisse lentement tomber contre la paroi, s’assoit à côté de Craig. Ses yeux refusent le voir alors qu’elle demande, du bout des lèvres, le cœur à l’agonie.

-Est-ce qu’elle s’est fait prendre, elle aussi ?


Si Kalliope est morte. Ou pire. En cage.
Elle n’ose y penser, ce qu’elle ferait.
Car la vie elle-même n’aurait plus de sens.

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Re: Fiançailles Brisées

Message par Craig Moffat le Sam 11 Juil - 1:07

En cette nuit. Ah, une nuit bien étrange.

Craig prétendait, toujours, se fichtre de tout. C’était Craig.
Il était comme ça.

Il n'était, qu'un amas de sable. Le sable, ce n’était qu’un résidu. Ce n'était que, de la poussière de rochers, de galets, de pierres, de ces, immenses falaises, ces falaises côtières, et ces canyons aussi, ces gouffres terreux, fractures de la nature, et, ces montagnes, ces majestueuses et si grandioses montagnes. Ô, si seulement, on pouvait, ne serait-ce qu'en apercevoir encore au loin, encore une fois, ces cols et ces pics, qui disparaissaient bien trop, parmi les nuages. Bien trop. Résidu de montagnes, alors, de volcans, peut-être aussi, de colériques volcans. Mais qui, n’étaient plus guère que, des résidus, en une poignée de sable, de, grains de sables. Cette arrogance alors, de remettre les choses à poussières. Et, le plus ironique, c’était que Craig ne le savait pas, tout cela, et, ne le savait pas, que le sable lui allait si bien, tout comme sa mère avant lui. Et, le pire, dans tout cela, c’était que, ce sable, n’était pas celui d’une plage, bordant la mer, l’océan, l’infinie de l’eau, mais bel et bien celui d’un désert, d’un désert pâle, blanchâtre, de la sécheresse, de ce qui en restait, de cette infinité de l’eau, échouée sur une immense plage, où on hallucinait sans eau, de la dure sécheresse, mais, une chaleur cachée alors, une ivresse. Si aucune fleur ne poussait dans un désert, il restait, la rose des sables. Alors, il n’était pas dit, qu’il n’y avait de la sensibilité, chez ceux qui n’étaient que de poussières, et ne se préoccupaient, que de poussières.  

Le verre en son dos. Le verre d’une Tour. On dirait du papier, du papier de verre. Craig venait d’ici. Il aimait le papier. Le papier où on pouvait écrire dessus. Il ne se doutait peu, qu’on dénudait les arbres pour du papier – ou, n’y pensait peu.

La vue, s’il l’aimait ou l’aimait pas. C’était un secret, un secret, qui peut-être, à force, serait difficile à garder. Aucune idée s’il en aurait tissé une rose des sables, de cette vue – touché par la beauté. C’était assez rare dans un désert...

La vue, de la Cité, il s’en fichait bien.
On n’y voyait peu sa poussière.
Autre chose capta son attention.

Il avait ainsi croisé le regard sombre de Morgan, souligné par le noir, de lignes noires, crayonnés en ses yeux, et, animés de ses cheveux. Ainsi, il avait croisé de nouveau, le regard d’une femme qui, n’avait que voulu le tuer, que le mettre, en poussières. Craig, ça ne le gênait pas ! Il avait déjà oublié. Ou, peut-être, c'était, ce qui l'avait frappé. On s’habituait bien trop vite à un corps immatériel. On s'en croyait invincible. Craig n’en avait que plus détourné le regard, de ce regard, de Morgan, pour sentir le froid, le verre, en son dos, parce que, c’était plus facile ainsi, de s’enfuir de la sorte, s’échapper, d’une belle vue, une si jolie vue...  

Parce que, si la femme qu’il revit là, avait tenté de le tuer par le verre, elle s’était aussi, jeté sur lui, un peu sauvage, avait pris l’arrière de ses cheveux en ses mains, et ... mais, elle avait pleuré aussi, et, alors, il fallait oublier ça ! En fin de compte, elle l’avait pris pour un âne, en plus ! Et, rien de plus ! Il n'était pas stupide. Il ne laisserait pas cette femme avoir de l'emprise sur lui !
 
Dire que, il avait touché l’Aura, Craig, lui avait appris de nouvelles choses, à cette entité artificielle, lui avait appris, à devenir, plus intelligente, en quelques lignes, en lignes vertes et noires, de codes. En lignes, vertes et noires. Et, il l’avait éteinte, éteinte, puis, il l’avait allumée, à la chérir, comme un feu, un feu de foyer, allumée de nouveau, plus forte encore, plus résistance, face à Gaïa, l'Aura, plus intelligente, et, plus maline ; rusée. Il avait écrit, et de cette écriture, même si informatique, elle s’était émue d’une nouvelle forme plus intelligente, plus belle et lumineuse, plus puissante encore. Si seulement, il était en l’Aura, il pourrait la perfectionner plus encore. Elle serait, plus complète. Mais, au lieu de cela, il s’était exilé, il s’était tourné vers Gaïa, son attaquante, et il y avait quémandé la paix – de ne pas faire de mal à l’Aura. Craig se posait protecteur fantôme de l’Aura. Il voulait la protéger. Sauf que, l’Aura n’était que l’Aura : immatérielle. Et, Craig, n’était pas qu’un être immatériel. Ce rêve, il était, bel et bien avorté. Craig, il savait désormais que l'Aura n'était qu'un feu, et que, lui, n'était, n'était guère qu'un homme.   

Il voulait comprendre Gaïa aussi. Il voulait, se dire que, peut-être avait-il droit, même s’il avait assassiné une de ses enfants, à une peau, une chair, à un corps ; une existence. Il voulait savoir, si Gaïa, pourrait... le pardonner ? C’était cela. Chercher en vain un pardon. Et, ce n’était pas sa mère qui pourrait lui donner ! Défunte. Craig, il avait bien observé par lui-même, que, les sauvages, ils n’étaient pas si sauvages, en fin de compte. Gaïa ne l’avait pas trop mal accueilli. Gaïa l’avait écouté. Enfin, une de ses représentantes, l'avait écouté : Kalliope. Et, au moins écouté, cela suffisait d’y entretenir encore, une foi, en une paix.

Craig s’était détourné d'une femme qui, lui plaisait peut-être bien, sans trop qu'il ne sache pourquoi, et ce, bien qu'il avait croisé sa jumelle, et n’avait pas vu alors, le fugace regard brillant de celle-ci. Morgan. Tant mieux à vrai dire. Il ne valait mieux pas. Non, au lieu de cela, il s’était écroulé par terre, exténué, et, avait rapporté ce qu’il avait à rapporter, en bon messager, messager qu’il avait été envoyé, jusqu'à Kalliope. A qui d'autre pouvait-il, au juste, transmettre alors, le message, qu'à sa sœur jumelle... ? Il avait été envoyé, et, il n’y avait plus personne, hormis elle ! Et, il fallait bien le dire à quelqu’un. Craig sentit en lui alors, un dégout, un amer dégout contre lui-même, à se dire, à quel point il était dans la solitude, pour en être arrivé à se dire, qu’il allait revenir, auprès de Morgan, pour lui livrer le message de retour ; d'un retour. Bizarre. Il ne vit pas alors, non plus, le visage de la princesse, s'illuminer, même qu'un instant, dans un espoir fugace. Tant mieux à vrai dire. Il ne valait mieux pas.

Il n’entendit que son soupir.
Un soupir qui l’interpella.
La belle confirma : Oui .
Kall était bien sa sœur jumelle.

Craig n’eut qu’un bref regard, où il revit, la belle plus belle. Il détourna de nouveau le regard de Morgan. Craig, pour changer ! Il aurait pu avoir un sourire de fierté, comme ces hommes, ces scientifiques, qui se croyaient intelligents, et avaient alors, toujours, un sourire, pour souligner une clairvoyante déduction. Mais, Craig était fatigué. Las. Et, Craig, fatigué, n’avait plus le courage de jouer, de jouer les fiers, fiers savants. Il n’entrevit que le bras de Morgan, et, sur sa peau, l’apparition de tatouages. Ces lignes, ces lignes, vertes et noires... Craig fronça un sourcil. Il ne bougea pourtant pas. La croyance encore, que de son corps immatériel, il ne craignait rien. L’électricité lui rappela aussitôt la Cathédrale. Il avait failli s’y prendre un jus par Kall. Il afficha un air méfiant. Juste au cas où. Il fronça ce sourcil. Mais, au final, il ne resta que sur ses gardes qu’un peu, car, curieux, et alors, intrigué, avide de savoir, il continua à admirer cette "magie", sans peur alors. Et, il détourna le regard, revenant vers l’avant. Inutile de dévisager quelqu’un. Et, l’électricité partait, de son bras, de sa peau, d'elle. Elles avaient alors, les mêmes dons de la nature... de Gaïa... ?

La Prêtresse et la Cheftaine.

Craig pensa à cette rencontre à la Cathédrale...
Cela faisait combien de temps ? Il n’en savait rien.
Peut-être pas beaucoup. Peut-être beaucoup.
Il n’avait pas compté. Il avait compté le nombre de pas entre la Cathédrale et le Camp, mais, le temps de sa captivité, il ne l'avait pas compté. Il y avait une étonnante hiérarchie des informations chez Craig.

Quel vœu avait-il fait, lorsqu’il avait avalé cette pilule, tout compte fait... ?
Avait-il cité l’Aura elle-même... ? Avait-il souhaité, que son corps disparaisse, et, avait-il aussi, avoué sa servitude à l’Aura ? Et, son corps, qu’il ne contrôlait parfois plus, un jour échapperait-il à son contrôle... pour l’Aura... ? Aimait-il l'Aura à ce point...?  

-C’est elle qui t’a mis dans cet état ?

Craig se prit l'attaque de la Dame, la Prêtresse. Et, il la prit... en riant !
Il sourit soudain. Il eut un rire – un franc rire. Il ria de bon cœur.
Il fit un signe négatif de la tête, du style, "Ah non, j'crois pas !"

- Non. Enfin si. Enfin non.

Il souriait toujours, d’un large sourire. Et, il regarda Morgan. Bon, ok, elle, elle ne rigolait peut-être pas, alors, il eut une toux, et se reprit, retira ce sourire et ce rire. Il reprit d’un air plus sérieux, afin de poursuivre et narrer un peu la chose.

- Elle a voulu m’étriper lorsque...

Il s’imaginait mal dire à la femme qu’il avait dessinée, qu’il l’avait dessiné... ! Craig eut une main baladeuse pour sa besace à cette pensée. C'était comme, vouloir la poser sur son journal, à travers le tissu, pour ne pas qu'on l'ouvre, ni la besace, ni le journal. Peut-être que si, Craig était encore en vie, c'était grâce à Morgan...  

- Mais elle ne l’a pas fait. Elle m’a emmené au camp des rebelles pour m’interroger. Non. Elle m’a. Elle m’a bien nourri. Elle ne m’a pas du tout... fait du mal. Ce n’est pas elle non. C’est, c’est la captivité.  

Dit-il. Il fronça, un peu, un sourcil. Le regard, devant lui. Il était songeur. C’était comme si, il s’entendait le dire, parce que, au final, il n’avait encore raconté à personne, son expédition, et, oui, véridique, Kall, ne lui avait juste, rien fait... rien ! Bon, certes, elle l’avait plaqué contre un mur, et, l'avait menacé de son électricité, mais, franchement, ça aurait pu être bien pire... !

-Est-ce qu’elle s’est fait prendre, elle aussi ?

Craig garda son regard fixe devant lui. Il haussa, un peu, un sourcil.
Il n’avait pas encore vu, que, Morgan, s’était assise près de lui, dévastée.

- Ça, je n’en sais fichtrement rien. J’ai été délaissé dans le camp. J’imagine qu’elle a été appelée. Elle ne revenait pas. Je me suis évadé. Je ne pouvais pas prendre le risque de l’attendre trop longtemps sans sa... sans sa protection.

Ça sonnait bizarre à dire, non ? Craig le réalisa lui-même. Mais, c’était bel et bien ce qui s'était passé : Kalliope lui avait bien dit que, s’il se faisait la malle, elle ne pouvait plus garantir, que lui, Craig, et la fille de Wakl', allaient rester en vie. La fille très rentre dedans de Wakl'. Trop même. Alors que, quelque part, elle les protégeait, Kalliope. Mais, avait-elle été sincère ? Craig avait cru entrevoir que oui. Et, n’était-ce pas ce foutu syndrome du prisonnier sur son ravisseur ? Non. Non, parce que, ça se confirmait, Kall, elle lui avait donné, son véritable prénom, après tout, peut-être même, son diminutif, et, ça se confirmait, en cette nuit, avec Morgan. Non, en fait, dans l'histoire, la plus suspecte avait été, la fille de Wakl', et, pas la sœur de...*Morgan !*  

Il sentit enfin, que quelqu’un... qu’on était plus près de lui.
Il eut un regard pour Morgan. Non : il la regarda bien. Elle était assise.
Il mesura... son... manque de tact... ! Elle avait l’air... tuée en son cœur.  

- Euh, enfin, j’veux dire, ça va, elle va bien.

*C’pas vrai !* Se disait-il.
Craig était gêné. Lui, pas doué pour remonter le moral. C’était ce qu’il croyait de lui. Il osa alors, en hésitant avant de le faire, poser sa main sur une de ses épaules, doux, parce que surtout, envisageant de ne pas s'y attarder, pas pour le moins du monde !

-  Elle va bien.

Dit-il. Mais bon, il ne fallait pas déconner, Craig, plus réservé qu’on ne pourrait le penser comme ça, relâcha son épaule, la délaissa, bien vite, aussi vite qu’il s’y était attardé qu’un instant, pour inciter Morgan, à se redresser un peu, à ne pas s’engouffrer dans l’obscurité, à, relever son visage, et... Et, il eut, un geste, qui ne s’acheva pas, à vouloir passer une mèche de cheveux en arrière, pour découvrir son visage. Il ne le fit pas. Il n’eut que le début de geste. La regardant alors, dans un silence. La regardant, dans un trop parlant silence. Cette main, qui quitta l’épaule, et se dirigea, de quelques doigts, un peu dans la vague, au niveau de son front, pour, au final, s’en aller. Il s’en détourna. Lui et son visage. Il s'en détourna très froid. Et, sa main, cette main qu'il se mit à maudire, s'agrippa sur l’accroche de sa besace. Il avala salive en lui. Qu’est-ce qu’il foutait sérieux ??!

NON MAIS SÉRIEUX ?!
Il reprit un air de bon petit soldat qu'il tâcha bien de reprendre.

Craig songea à Saphyr. Pourquoi ? Saphyr lui avait bien dit de se tenir à distance. Craig avait tout dit à Saphyr, et même, sur son pouvoir, pour... peut-être pour... pour avoir un avis – une aide. Le fait de l’avoir dit à Saphyr aussi, aidait Craig à se convaincre lui-même : si Morgan "disparaissait" de sa chambre, Craig savait qu’il serait un suspect en tête de liste pour Saphyr ! Non, il lui avait tout craché, à Saphyr, et, c’était bel et bien voulu ! C’était aussi, l’avoir rendu complice, quelque part... Craig, il était capable de manipuler. Bien sûr ! Et, il le faisait. Il le faisait pour la paix. Ou, il ne le faisait pas : plus honnête qu’on ne pourrait le penser.

Il enchaîna, sans un regard pour Morgan, évitant son regard.
Il, la rassura ?! Bah, disons que, il faisait appel à sa logique aussi... !  

- Ça se serait su si elle avait été prise. Tu penses. On l’aurait dit partout. "On a attrapé la chef des rebelles !" Hourra ! Tranchons-lui la tête sur la place publique.

Celle-là, c’était peut-être la blague un peu de trop qui ne la ferait pas marrer... mais, Craig était comme ça ! Et puis, ça permettait de remettre les choses en place, de dire, "Je suis un blanc, et toi, t’es une verte !" Il revint à du plus sérieux.

- Et, on parle de ta sœur là. Ça m’étonnerait beaucoup qu’elle se soit fait prendre.

Ah non ! Il se souvient bien de s’être bien fait botter le cul ! Craig eut un bref regard pour Morgan, pour bien lui dire, que non, avec un regard, affirmatif, sûr de lui, presque soldat, ferme et moins doux, un peu froid.

- Non. Impossible.

Dit-il. Il se souvint bien de Kalliope.

Si tu savais comment elle m’a bien savaté ! Affirma-t-il.
J’en connais une autre qui m’a bien savaté aussi d'ailleurs... Marmonna-t-il.

Un reproche ? Peut-être.
Il fallait croire qu’elles étaient bien sœurs ces deux là !
Craig se demanda, du coup, comment Morgan avait pu être capturé, elle...!?
Il la regarda, inquisiteur, sans oser poser la question. Pas encore...!?

Il marqua une pause. Il allait rester sur l'affaire en cours.
Craig, tant qu'à faire, se disait, autant raconter, le pourquoi du comment,

- J’ai quitté la Cité blanche pour ta forêt à la c...  
Il allait dire à la con. – Ta forêt quoi. En... en émissaire.

Bon, de toute façon, ça a merdé.


Il réfléchit soudain. Et si, et si Kalliope s’était absentée, pour... pour contacter d’elle-même Wakl' ?! Craig lui avait dit qu’il avait été envoyé par un contact à la Cité Blanche. Il avait veillé à ne pas le cracher toute de suite, son contact, mais... mais la fille de Wakl'... pas certain qu’elle ne l’avait pas fait... ! Ça, il n’y avait pas pensé ! Craig s’agita. Il se redressa soudain, dans l’agitation, les neurones excités, et, il se leva. Il s'en ficha, bien sûr, de son état fébrile et déplorable. Non. Il s’en fichait bien de ça.

- Oh, oh merde. Merde !
Dit-il, en se redressant un peu.

- Je dois vérifier si ta stupide sœur ne s’est pas pointée à la Cité Blanche. Ah, bordel de merde !

Dit-il en se levant. Il passa la main dans ses cheveux, agité, et se gratta la tête, nerveux, se gratta alors, ses cheveux désordonnés, et, pour sûr, sales, un peu gras, sur son juron. Il fit quelques pas, toujours, agité. Merde ! Alors, c’était ça, c’était pour ça ?! Putain, il s’était fait avoir ?! C’était pour appâter la cheftaine ?! Se disait-il.  

- Pourquoi je n’y ai pas pensé plus tôt... ?! J’suis trop con. J’suis qu’un sale con !

Dit-il colérique. Énervé, contre, cette fois-ci, pas contre l’Armée Blanche, mais, contre un patron de la Cité Blanche. Sérieux, il avait fait tout ce chemin, jusqu'en haut de cette maudite Tour, pour s’en rendre compte, que, qu’il s’était fait pigeonné ?!

Il ne mesura toujours pas, sa fatigue, trop sur les nerfs, et, bel et bien, énervé ! On l’avait manipulé. C’était probable. C’était peut-être certain. Ce n’était pas encore sûr. Mais, Craig s’en foutait bien : le manipulé pouvait manipuler à son tour. Chacun son tour ! Si, ça pouvait apporter la paix ! Sauf que, il ne s’en foutait pas, si ça apportait la guerre. Parce que, parce que l’Aura n’était pas prête ! Et, même sans ça, non, même sans ça, Craig, parce que, parce qu'il ne voulait pas ça ! Il voulait la Paix. L’Aura ne méritait pas une guerre, pas tout ça. Elle, elle pouvait faire autre chose, elle, elle pouvait, apaiser les choses. Craig, paumé, paumé à réfléchir, son corps, lui, fatigué, fatigué à être sollicité. Il retira cette maudite besace de son épaule. Elle devenait lourde à porter. Il le fit, avec un geste froid et sec. C’était un geste de son corps, son corps, qui essayait de lui dire, qu’il fallait, vraiment, qu’il se repose. Il la laissa par terre, cette besace. Mais, il ne se calma pas plus. Au contraire. Il faisait marcher sa cervelle.  

Il s’adressa de nouveau à Morgan,

Tu peux, tu ne sais pas,

Demanda-t-il, plus assagi, mais, nerveux,

- Vous n’avez pas un truc de, de, une connexion, ou une connerie de ce genre ?

Oui, parce que, pour Craig, les ordinateurs et les humains... même combat bien sûr ! Il ne se sentait pas bien. Il avait le tournis. Il passa la main sur son front : le pouce et l'index. Il resta pourtant debout. Il n’en revenait pas... il s’était fait pigeonné en beauté ! Il fallait qu’il réfléchisse. Il déplaça les mains à sa taille. Il avait les nerfs. Comment avait-il pu être si naïf... ?! Il avait envie de disparaître. Mais, ce n’était pas le moment. Il ne s’était pas farcie autant d’étages pour tous les redescendre d’un seul coup... !

Le regard dans le vide, il finit par dire,
En relâchant ses bras et ses mains,  

- Je suis... Je suis désolé.
Craig baissa la tête. - Il, il faut que j’aille vérifier un truc. Je reviens.

Dit-il. Dit-il, comme s’il disait là, qu’il n’allait que s’absenter pour aller pisser. Dit-il alors, sans mesurer qu’il était dans, juste, la plus haute Tour jamais construite par l’homme, en ce monde apocalyptique : la Tour Lux ... ! Il délaissa sa besace sans y prêter attention. Ce qui, pour Craig, n’était juste, pas normal, ou alors, signifiait, qu’il y avait plus urgent, comme lors de l’attaque de Gaïa contre l’Aura. Et, aussi, qu’il était alors honnête sur le coup : il allait revenir là s’il y avait laissé ses affaires.  

Se pointer à l’industrie Wakl’ ? C'était ce que pensait faire Craig ? Pourquoi pas ! Il était un fantôme. Il aillait bien où il voulait ! Partout où il voulait ! Libre ! Son cerveau lui disait d’y aller de suite. Tout de suite. Alors, il se détourna, tournant le dos à Morgan, et alla, d’un pas décidé, se diriger vers le mur d’en face, avec la ferme attention de le traverser. Sauf que son corps, il était fatigué, il venait de traverser des portes blindées, et, franchement, il avait besoin de repos, et, non, il n’allait pas traverser ce mur, pour faire plaisir à ce cerveau stupide !

Craig se prit donc, le mur en pleine face...
Il se retrouva, sonné, sonné et par terre, de s’être heurté ainsi, à un mur... !  

- Aïe.
Dit-il neutre. Il passa la main sur le visage, le nez en sang, puisqu’il regarda sa main, en sang aussi...

- Aïe...
Répéta-t-il, plus prononcé, et, interloqué, réalisant, prenant conscience, qu’il s’était vraiment, mais vraiment fait mal. Il lui arrivait de ne plus ressentir, et, parfois, il lui arrivait de ressentir trop. C’était variable – déséquilibré. C'était anormal. Il ressentit alors, la douleur soudain, intense en lui, que dès lors, une sorte d'après coup, d’un seul coup, et posa sa main sur ses lèvres, pour s’empêcher de l’exprimer, cette douleur, le temps qu'elle passe. Il n’avait pas passé cette baie vitrée... mais heureusement... !

Bon, il ne pouvait pas partir pour l’instant, tout aussi prisonnier que... la princesse... ?!

Il resta à terre. Son nez n’allait pu saigner : il n’avait pas non plus couru contre le mur. Il était bien sonné par contre. Un petit rappel à l’ordre de son corps, du, "Tu te calmes. T’es fatigué. Merci." Mais, bien sûr, Craig ne l’entendait pas de cet avis.

- Saleté de bordel de...

*Pilule de merde ! Au prix que j’t’ai payé !*

Râlait l’urbain. Mais, fatigué, pas d’une voix très forte, au final, et même, presque dans la surprise, le constat choqué, sonné et, interloqué. Il s’était même endetté pour ça, pour cette maudite pilule. Il devait de l’argent à un inconnu. Il ne savait plus à qui il l'avait acheté. Peut-être était-il mort. Craig n’avait même pas, jamais, pensé à cette éventualité.

Il fallait qu’il s’échappe de là ! Il se déchira en lui. Une envie : celle d’une forme astrale jusqu’à un double pour se jeter sur cette sale porte à la con et chercher à l’ouvrir. Mais, son corps refusait. Il était à des heures, mais alors, des heures et des heures, et des heures de repos et, aussi, des heures de pratique, de pouvoir faire ça ! *Fais chier !*

Il resta par terre. Il ne se roula que sur le côté, à cause de la douleur, cherchant à s’appuyer sur une main, pour tenter de se relever, bien que, ne se releva pas... au contraire, il s'écrasa un peu plus...


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Craig Moffat
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Re: Fiançailles Brisées

Message par Morgan le Lun 13 Juil - 16:29

Il rit. Se moque. Nulle moquerie n’est plus cruelle. Nul éclat de rire le plus acide. Brulant. Glaçant. Un rire qui fait trembler. Un rire qui ferait presque pleurer. Car Craig rit. Un rire même pas vraiment méchant. Un rire d’ignorant. Qui se moque de son angoisse. Qui l’empire. Morgan a envie de vomir. Son cœur sur les lèvres, son âme dans ses yeux. Elle ne le regarde même plus. Surtout pas. Elle ne veut pas qu’il voit. Son désespoir. Elle ne veut pas qu’il sente, son affliction. Comme elle est fragile et comme il touche au but, si vite, si loin. Même Obra n’a pas ce pouvoir sur elle. Personne. Personne ne sait qu’elle est la jumelle de la Foudre. Personne ne sait qui elle aime. Qui elle aime vraiment. Personne ne peut se moquer comme ça, personne ne peut jouer avec ses sentiments ainsi. Il y a que lui. Lui qui donne un sobriquet à son reflet, alors qu’il ne peut même la regarder. Tant mieux, elle ne veut pas être vue.

Enfin il parle. Ce qu’il lui semble une éternité plus tard. Quelques secondes, juste d’angoisse profonde. Qui se cassent alors que s’échouent les mots de l’homme fou, dans leur rafale et leur non-sens. Elle entend, Morgan, pourtant. Comme si elle connaissait son langage, de lassitude et de fatigue, d’usures et de faiblesses. La protection de Kalliope. Pour lui. Pourquoi ? Il ne la mérite pas. Qu’importe, le soulagement est si fort que les émotions s’évanouissent en une larme fine, presque invisible, qui glisse le long de sa joue avec lenteur, jusque son cou. Une larme amoureuse, qu’elle ne veut pas qu’il voit. Alors Morgan ne bouge pas, ne dis rien. Surtout pas un geste traitre. Rien. Elle attend que la larme sèche. Laissant une trace fine de sel. De sel blanc. Et quand il la touche, du bout de ses doigts hésitants, sales, enfin elle le regarde, brièvement, chastement, du bout de ses cils longs, humides.

Le reste, elle ne le sentit pas. Elle était si loin Morgan. Si loin dans l’angoisse. Si loin dans le réconfort. Sa sœur était sauve, le reste était accessoire. Même sa captivité était accessoire. Et sa blague, lugubre, lui arracha une grimace plus qu’un sourire. Et en même temps, une fierté. Morgan ressent de la fierté pour sa sœur. Son intégrité. Sa puissance. Sa force. Sa foudre. Alors ses yeux brillent, de la fureur de sa sœur, dans le rideau d’humidité de la prêtresse. Encre mouillée, encre de chine sur le papier pale de sa peau. On devienne l’intensité et la force du pinceau. Elle répète, doucement, écho de la voix d’homme, entre ses lèvres douces, fines. Sa voix grave, basse, est à peine inaudible.

- Non. Impossible.
-Impossible.

Si fière, Morgan, de celle qui ne sera jamais mise en cage. Jamais tuée. Jamais aimée. Que par elle. Elle et Gaia. Si fort, si intensément de manière si intrusive. Kalliope, pour Morgan, est intouchable des autres.  Kalliope, pour Morgan, est à elle. A elle. Son secret, qu’il connait. Et puis, aussi, tout le reste. Car le secret finalement, si important, n’est qu’une fine parcelle les liens et de l’intimité qu’elles partagent. Rassurée, Morgan reprends vie, et couleurs. Sa main, élégante, vient soulever le rideau de cheveu qui l’écarte de la vision de Craig. Elle les invite à rejoindre son oreille,  les arrange, les range. Elle peut le voir, maintenant, même quand elle ne tourne pas la tête.  Elle peut le voir sans qu’il ne le sache, vraiment, juste du coin des cils, en faisant style de rien.

-Tu le méritais bien.

Ce n’est pas tant une défense mais une fierté, encore. Car croire que Kalliope a uniquement protégé le traitre de l’Aura, ça ne lui plait pas. Elle préfère cette vérité, ou elles ont toutes les deux tenté de le tuer, ou au moins, de le blesser. Liée par les gestes quand elles ne peuvent plus l’être par l’âme.

Tout dérape. Craig s’agite, scientifique fou en proie à une probable illumination. Parle. Saccades. Jure. Répète. Et Morgan, comprends, un peu, le peu qu’il lui dit. Sa forêt ? Emissaire ? Mais comment ose-t-il seulement de s’approcher de Gaia après l’avoir fait reculer ? Comment a-t-il osé, lui, le pollué, juste croire qu’il pouvait ? Il est fou. Hier comme aujourd’hui. Il est fou, presque agressif, dans ses gestes comme dans ses mots. Il réveille l’instinct sauvage, qui se méfie, qui surveille cette fois ci tout a fait. Morgan ne le quitte pas du regard, fait comme lui. Se redresse quand il se redresse. Réponds tout a peine.

-Non … le collier.

Toujours le même, elle le touche, du bout des doigts, caresse la surface argent de son entrave psychique. Le collier lui vole tout. Mais Craig, Craig ne l’entend pas, pas vraiment. Se lève, bouge. Parle, encore. Bourrasque de décisions. Changeantes. Fixes. Morgan n’a plus l’habitude de l’uppercut du spontané. Son monde a elle est précis, ordonné, minuté, car chaque minute non dite, non écrite, comme celles qui se délivrent au moment même, sont des minutes volés, sont des risques de fuite. Sa vie à lui elle est libre. Et sa liberté est tellement bruyante, agaçante. Sa liberté à lui ressemble à une apocalypse de mots, faits, gestes, émotions. Elle jalouse son droit, ce privilège qu’il possède. Elle, l’immortel trophée, ne peut partir. Elle reste, assise, contre le verre froid, humide, de sa cage argentée. Songeant qu’elle ne reverra pas l’énergumène de sitôt. Enfin si, peut-être, il reste sa besace. Qu’il n’a pas arrêté de toucher, de serrer. Pourquoi lui a-t-il laisse sa besace ? Que veut-il qu’elle regarde ? Pourquoi cette confiance ? C’est un piège, peut-être.

Choc. Boum. Aie. Alors qu’elle le regarde. L’homme fou se prend le mur. Le mur se prend le fou. Il avait rien dit le mur. Il était tout blanc. Tout propre. L’homme sale a laissé une trace de sang. Rouge. Là où il devait y avoir un nez. Sur son mur. Dans sa maison. Et déjà elle voit les traces. Celles que ses chaussures sales ont laissé sur le sol. Tout partout, tout un chemin. Quand il n’est sous sa forme translucide il n’a aucune discrétion. Morgan l’entends, il râle. Un Aie. Un second. Quelle petite pauvre chose, ramassée sur le sol. Lui il ne survivrait pas, aux scientifiques. Lui, il ne survivrait pas, aux gens de son genre. Ça l’a fait sourire Morgan. Qu’il se soit pris un mur, même s’il en a foutu partout. Ça l’a fait même un peu rire sous ses doigts. Un rire secret, nerveux, qui lui échappe. Un rire grelot, qui la détend, après toutes ces émotions. C’est qu’un homme qui se jette sur un mur, elle n’en avait jamais vu. Qu’il peste, plus encore, raffermit son ridicule, mais Morgan déjà, toute polie qu’elle est par les bonnes manières apprises auprès de la dame de fer, cesse de se moquer.

Lentement elle se relève, prenant avec elle la besace mystérieuse. Dans la cuisine elle se dirige, prenant soin de ne pas disparaitre avec précipitation. Pour ne pas salir la plante pale de ses pieds nus, elle évite les traces de l’homme, poussiéreuses, sales. Elle cache la précieuse derrière un micro-onde, dans son placard, au secret de la porte, invisible. Puis elle attrape quelques mouchoirs et reviens dans la pièce principale. Il est encore plus recroqueviller maintenant, on dirait un enfant, qui croit encore que la position de fœtus le protègera de la douleur. Morgan fait ça aussi des fois. Au fond, elle sait que c’est ridicule, mais, étonnamment ca procure un bien être même dans la pire des situations. Passant à côté, en l’ignorant tout presque, elle le dépasse pour rejoindre la salle de bain. Elle allume l’eau du bain, vérifie la température.  Puis ressort. Le rejoint. Cette fois tout à fait. Comment le faire bouger ? Elle n’a, hélas, la force de le porter. Et le trainer, même, serait compliqué.

-Je ne sais pas pourquoi tu es venu.
Il a l’air mort, un peu. Morgan s’approche sur la pointe des pieds. Attends qu’il se retourne. S’impatiente. Du bout de ses orteils nus, elle pousse ses côtes. Un peu. Tout un peu. Elle n’a pas envie de salir ses pieds aussi. Mais il ne bouge pas. Alors elle y va plus fort, peut-être un peu trop fort. C’est qu’elle ne sait pas vraiment doser. Elle n’a pas l’habitude de toucher quelqu’un, et encore moins du bout des pieds.

-Mais maintenant, tu vois, c’est à mon tour de te retenir captif.
Et puis, cherches pas Kall’, c’est impossible de l’arrêter.

Elle utilise son intonation pour le surnom, car ce n’est pas comme ça qu’elle ne l’appelle. Et puis elle fanfaronne ! Morgan n’a aucune idée ni de ce qui se passe ni de ce qu’a sa sœur en tête. Savait-elle seulement qu’il resterait prisonnier ? Sans doute que non. Tout n’est que hasard. Etrange coïncidence.

-Non mais dans quel etat tu es !

Là, c’est drôlement mérité. Il ressemble vraiment à rien.  Un homme qui n’aurait jamais habité que dans la rue aurait meilleure allure que lui.

-Allez lève-toi, va dans le bain.

Elle tapote du bout des pieds encore. Puis soudain, comprenant que ce ne sera pas si simple, elle  fait lentement le tour de dos boudeur et viens s’agenouiller tout près de lui. Il a l’air vraiment salement amoché. Une mèche de ses cheveux grasse et compacte ennuie son œil usé. Morgan l’écarte, du bout des doigts mais elle revient, sauvage. Qu’importe les doigts s’égarent. Effleurent plus qu’ils ne caressent l’homme las. Il veut vivre, encore, la vie libre. Même s’il ne se débat plus, cela se sent. Elle lui avait promis la mort. Elle s’était promis sa mort. Mais ce n’est pas la même personne. Il ressemble davantage à un chien errant qu’à un homme. Son visage laisse des traces plus sombres sur la peau pale de l’immaculée. Puis des traces rouges. Son visage saigne. Avec lenteur elle dépose les mouchoirs, les uns après les autres sur le nez amoché. Ils se tachent de rouge, les uns après les autres. Elle reste là, un moment, à les tenir, appuyant légèrement pour forcer la fin du saignement. Puis, plus doucement, elle reprend.

-Si on te voit, tu ne pourras plus jamais partir.
Et crois-moi, très vite, la vue t’obsédera toi aussi.

C’est une menace douce, presque triste, mais tellement vrai. Il n’y a pas grand monde qui aimerait prendre sa place. Et lui, il aurait sans le doute droit à autre chose. De pire. Ils font pires. Obra espère encore la séduire.

-Alors crois-moi, fais ce que je te dis. Lève-toi, douche toi, et après tu pourras dormir.

Et parler aussi, parce qu’il a rien dit, et qu’elle veut tout savoir.
Morgan attrape sa main, pas celle plein de sang, l’autre. Elle aimerait être réconfortante. Mais elle ne peut pas. Elle ne sait pas jouer ces jeux-là, les jeux vrais où on se montre telle que l’on est. L’intimité la gêne. Le voir si faible, si perdu, déchiré, en miette, ça la trouble. Morgan aimerait qu’il se débatte, encore, un peu, pour vivre.

-Je t’aide si tu veux, mais tu vas devoir te porter.

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Morgan



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Re: Fiançailles Brisées

Message par Craig Moffat le Mar 14 Juil - 0:27

Craig collectait des informations, comme le ferait un ordinateur, c’est-à-dire, avec, une certaine froideur. Et, il enregistrait les informations, comme le ferait un ordinateur, c’est-à-dire, avec, toujours, une certaine froideur. En serviteur de l’Aura. Les données : elles seront inaccessibles. Il le savait bien, l’information que, Kall’ et Morgan étaient sœurs jumelles, c’était, une information sensible, à enfouir, en l’arborescence d’un esprit. Pas à exposer, comme ça, pas à répandre, comme ça, à travers les ordinateurs d’une Cité, et, encore moins la Blanche. Non, elle était, cette information, pour le Cœur, l’Ordinateur-Mère. L’Aura ? Peut-être.

Lui, il était un écran ouvert. Un fantôme l’était. Transparent. On récoltait mieux les informations ainsi de toute façon. La preuve : il avait dit à Saphyr, la teneur de son pouvoir, le Craig. Comme ça. Allez ! Saphyr, elle lui avait répondu, que si Obra avait vent de son pouvoir, à Craig, et qu’il en ferait un usage contre la Cité, contre la Tour Lux, on l’enfermerait. Alors, sous-entendu que, la Tour Lux, elle  avait la technologie pour le faire. Il lui fallait enquêter à ce sujet, pour garantir sa liberté, mais, présomptueux, arrogant, il se croyait encore, de ses capacités de l’intangible et du hacker, capable pour l’heure, d’y échapper toujours.

Et si une belle dame, lui disait, d’en prendre garde ? Quel insouciant Craig !  

Pourquoi se préoccuper de la protection de Kalliope d’abord ? Elle l’avait protégé quelque part. Sans elle, Craig n’aurait pas survécu dans le camp des rebelles. Et, si elle apprenait qu’on l’avait dupé, Kall’, c’était juste, une rupture des négociations, pure et simple. Et, pour Craig, une difficulté sans précédent, pour rattraper le coup, les négociations, pour, bien sûr et toujours, la paix ! Car, toujours, Craig croyait en la paix, de façon assez folle et peu compréhensible. Pourquoi bon sang ?!  

Craig, pour sûr, obsédé par la réflexion, ne prit même pas le temps de voir l’émoi de Morgan, son émotion, lorsqu’il avait cherché à la réconforter, mais que fugace, afin d’éviter à tout prix, de s’y égarer là, redoutant, lui-même, un autre émoi, y naître. Le scientifique n’enregistra que, Morgan avait répété, que cela était, bien sûr, impossible, impossible que Kalliope ait pu être prise par les Blancs. Alors, Craig se disait que c’était bon : la voilà donc réconfortée. Et, il en était même certain, dès que Morgan revint à sa fierté, à dire que Craig le méritait, de s’être pris une mandale, autant par elle-même que par Kalliope, les sœurs de foudre. Craig regarda Morgan, avec un regard de reproche, un peu noir, le visage d’un air ronchon, et, les yeux plissés. Il ne répondit pas. Trop fatigué. Et puis, au moins, ça remettait les camps à zéro. Le fameux, j’suis un blanc, t’es une verte, car, Craig, il servait l’Aura.

Mais, c’était comme si, c’était bizarre, c’était comme si, il la connaissait alors !

Ah ! Elles n’étaient, c’était certain, pas très diplomates, ces sœurs jumelles... ! En même temps, la foudre, eh bien la foudre, ça frappait ! Bref, ça ne pouvait être que des caractérielles les deux sœurs... ! Craig avait bien saisi la chose. Au final, il s’était agité, en fin de compte. Il s’était relevé. Il s’était dit, bon sang, Kalliope, merde ! Car, il avait été émissaire, alors, ça la foutait mal ! Emissaire jusqu’au bout, il se disait, qu’il n’y avait pas intérêt à ce qu’on casse le peu qui avait été établi !

- Non … le collier.

Craig avait à peine entendu. Il n’avait pas entendu. Trop, dans la réflexion. Trop, dans sa réflexion. Il avait fait une mine de l’urbain : Quoi ?! Qu’est-ce que tu veux dire ?, avec, un geste de tête, qui chercha à saisir que quelques secondes, mais, une tête, trop encombrée par un défilé de pensées, par, un autre raisonnement, sur lequel il avait enchainé, l’un chassant l’autre aussitôt. Quelque part, son cerveau avait dû prendre au vol cette réponse, qui lui parut, bizarre, peut-être, sur le moment. Avait-il vu qu’elle avait touché ce collier ? Il avait baissé la tête aussitôt. Il avait enchaîné soudain, à vérifier par lui-même, et, par lui-même seul !  

Pouvaient-ils se faire confiance après tout ?! Il y avait, à la fois, une odeur de la mort entre eux deux, et, aussi, autre chose, un parfum, un parfum plus... vivant.

Le corps de Craig, il ne l’avait pas entendu de cet avis de toute façon... Lui, il ne voulait plus, son corps, être sollicité. Et, Craig s’était pris un mur. Trop préoccupé par sa douleur, Craig n’entendit rien de Morgan, et était à des années lumières, de se douter qu’elle avait ri un peu. Morgan, trop discrète, dans ses émois, après tout, et, le Craig, à jurer comme pas deux. Mais, tant mieux, parce que, parce que... !  

Il resta là. Sur le par terre. Et, bien sûr, pour changer, il lâcha un juron.

– Ah putain... Râla-t-il, en pinçant son nez, et, voyant de nouveau le sang sur sa main. Et, il se disait, surtout ne m’aide pas, Morgan, pensa-t-il, lorsqu’il vit Morgan passer, lui, un peu dans les vapes, bien sonné. En chien de fusil, il regarda ce qu’il pouvait regarder autour de lui et de lui. Il avait, il était, étourdi ! Il vit, enfin, ses chaussures, des chaussures, sales... très sales ! Et, il se disait, et merde !  

Il entendit, mais il n’était pas certain, l’eau couler. Il était bien sonné. Toujours, en chien de fusil. Morgan le rejoignit. Il était à l’ouest. Il ne calcula pas trop.

-Je ne sais pas pourquoi tu es venu.

Pour te maquiller ! Osa-t-il penser en lui. Rha, il avait encore assez de neurones pour afficher une grimace d’arrogance et de mauvaise foi ! Moi non plus... Je ne sais pas pourquoi je suis venu, en vérité, se disait-il. Craig, restait, dans les choux.

On le poussa. On le poussa dans les côtes par les pieds. Charmant, aurait pu dire son double astral, admirant la scénette, s’il avait été assez en forme pour l’expulser. Mais, mais, laisse-moi tranquille, Craig aurait voulu rechigner. Morgan poussa fort. Craig, toujours, la joue contre le sol, serra les dents, parce que, bon sang, elle lui faisait... mal... ! Le froid du par terre, lui faisait du bien, il avait l’impression. Mais, ce n’était peut-être qu’une illusion. Craig ne savait plus trop. Il se sentait lourd.  

-Mais maintenant, tu vois, c’est à mon tour de te retenir captif.
Et puis, cherches pas Kall’, c’est impossible de l’arrêter.

Il entendit Morgan. Ça passait bien dans les oreilles. Enfin surtout une. Craig se laissa faire de tout son corps. Elle l’avait pourtant réveillé un peu avec ces mots. Kall’, on ne pouvait pas l’arrêter ?! Ah ouais ?! Bah... Et bah merde ! Quoi, il s’était payé autant d’étages, pour se retrouver, une nouvelle fois, captif ?!

Non !

Il eut un petit sourire, bref sur son visage, ce petit sourire de Craig, insupportable, ce petit sourire, de fou et de moqueur. C’était bon signe. Ça, ça lui ressemblait. La moquerie de Craig revenait en puissance, mais, cette rage, atypique de Craig, elle ne resta qu’en lui, car, Craig, trop fatigué. Il se disait, Morgan, ne fais pas trop ta fière, dès que je le pourrai, je me casserai d’ici, je ne resterai pas avec toi, et, et, Kall’, elle n’a pas réussi à me retenir, alors, je ne vois pas pourquoi, Dame Morgan, Madame Ô la grande prêtresse Morgan de Gaïa, arriverait à me retenir ici...

Quand bien même jolie était-elle.  

Bref, Craig délirait. Il aurait, au final, pas pu lui sortir cette moquerie. Même si, il envisageait bien de se barrer, dès qu’il le pourrait, parce que, c’était dans sa nature, et puis, il ne voulait pas trop rester avec Morgan, parce que... parce que !
 
-Non mais dans quel etat tu es !

Craig, une joue contre terre.... toujours ! Il faisait une mine moqueuse. Et, il répéta, en ses pensées, imagina, une voix aiguë, répéter les paroles, pour, au final, autant se moquer de celle qui disait ça que... de lui-même...

Morgan finit par lui prier de...
-Allez lève-toi, va dans le bain.

C’était le luxe dans la Tour LUX-E ! Un bain !? Craig n’en avait pas pris depuis belle lurette ! Morgan continua à tapoter le corps de Craig des pieds. Il se laissa faire...

La bestiole était un peu cassée... !

Morgan s’agenouilla auprès de Craig.

Craig, il avait le regard fatigué. Il était mort ! Enfin, encore en vie ! Il était lessivé. Il aurait bien râlé. Mais non. Les cheveux gras, et, des mèches, sales, sur le front, un peu dans les yeux. Morgan écarta une mèche. Le regard fatigué s’éveilla à la regarder. Mais, en silence. Et puis, Craig se sentit, un peu secoué, en quelque sorte, Morgan, agitant son corps, Craig, gigoté, un peu, il ne savait plus comment. Craig n’avait pas rendu l’âme. Ça va, ça va... ! Mais, sa voix, toujours éteinte. Et, soudain, on vint lui panser son sang sur le nez. Craig resta silencieux. Il se laissa soigner.    

-Si on te voit, tu ne pourras plus jamais partir.
Et crois-moi, très vite, la vue t’obsédera toi aussi.

Craig écouta. Bien que, les yeux, mi-clos. Les yeux, ils ne se réveillèrent qu’un peu, à regarder Morgan, l’attention captée. Ouais, il fallait vraiment qu’il fouille un peu plus la Tour Lux, et, tant qu’à faire, les avancées technologiques des patrons de la Cité Blanche. Il fallait qu’il sache si on pouvait le bloquer ou pas. La vue, si la vue, l’obsédera... ? De quelle vue parlait-elle... ? Ah oui, celle de la Tour sur la Cité... Il écouta, le retour d’une prisonnière, qui savait alors, ce qu’elle disait. Le collier ?! Craig le vit soudain sur Morgan. C’était la technologie qui... c’était peut-être la technologie qui arrêtait... verts comme blancs ? Craig était trop dans les vapes.

-Alors crois-moi, fais ce que je te dis. Lève-toi, douche toi, et après tu pourras dormir.

Elle devait avoir raison. Qui connaissait mieux Obra que sa prisonnière ? Craig se disait. Morgan avait-elle conscience de sa place, en somme, stratégique ? Craig, toujours, il n’avait rien dit, jusqu’ici. Mais...

Mais, Morgan attrapa sa main. Que... Quoi ?! Il ne savait pourquoi. Il ne savait si c’était, parce qu’il ne disait rien, qu’il ne bougeait pas, mais, il espérait, pas de la pitié... non plus... ?! Impensable ! Non ! Craig, devait, très vite, se sentir plus léger !

-Je t’aide si tu veux, mais tu vas devoir te porter.

Craig, il craignait vraiment, à de la pitié, et, ne voulait surtout pas ça. Alors, il finit par éviter cette main de Morgan, et, écarta sa main de la sienne, juste au cas où, juste, pour reprendre un peu de distance, parce que, d’un autre côté, il se disait, que la pitié, ce serait peut-être mieux qu’autre chose... de plus délicat à gérer ! Il le fit alors, mais, Craig, pas agressif. Il était trop fatigué, et, n’avait pas l’intention de se montrer agressif non plus à vrai dire.  Il se remit, enfin, sur le dos, bougeant.

– Ok.

Expira-t-il enfin. Et, il comprit alors que, Morgan, était une jeune femme, qui même si, elle faisait sa fière, était peut-être bien fragile, pour prétendre ne pas pouvoir le porter. Il aurait pu lui demander de l’aider à le porter, mais, elle avait dit qu’il devait le faire tout seul, et puis, Craig le savait, il en aurait profité pour regarder son collier. Et, ça, ça lui donnait presque envie de vomir, que d’avoir eu cette idée, qu’alors, il refusait, de se donner l’opportunité que de le faire. Comment pouvait-il penser à ça, alors, que, Morgan, elle venait de prendre soin de lui ?! Bon, à vrai dire, elle ne serait peut-être pas contre qu’il examine son collier... mais... peu importe !

Il releva son dos. Il se releva à moitié de ce dos, avec une main posée sur le sol, pour avoir ainsi un appui, un peu près stable. Il posa son autre main, en sang, sur sa cuisse un instant, tachant un peu son pantalon. Il se sentait lourd. Craig voulait alors toucher là, un peu ses jambes. Il avait une sale tête. Mais, son nez avait été soigné. La douleur passait. Elle était passée. Il restait ce mal de crâne. Craig posa sa main dans ses cheveux gras. Il retira alors la main. C’était désagréable. Il fallait le dire, un bon bain, ça lui ferait, sans nul doute, un bien fou. C’était évident.  

- Ok.

Répéta-t-il, encore un peu dans les choux, mais, se réveillant, reprenant, de plus en plus conscience. La salle de bain n’avait pas l’air très loin. Il se souvint de l’eau qu’il avait entendu couler. Il fallait aussi, qu’il se déshabille, hein ? Craig ne savait pas trop comment procéder, mais, déjà, il se sentait serré des chevilles, alors, il décida de défaire les lacets de ses chaussures. Mais, fatigué, il demanda à Morgan.

- J’ai besoin...

Avouer un besoin d’aide...! Craig n’en revenait pas... ! Ça lui serrait la gorge. Ah, pour sûr, Craig, il n’en avait pas l’habitude... !

- J’ai besoin d’aide pour retirer mes chaussures...

Dit-il en regardant ses chaussures. Et, réalisant ainsi, enfin, en voyant les traces de terre, qu’il avait peut-être laissé des traces chez Morgan, qu’il faudra effacer, sans nul doute. Une fois retirées, ses chaussures, il aura un peu plus les pieds légers, afin de se rendre à la salle de bain. C’était ce qu’il espérait. Il était encore  trop sonné pour songer encore à sa besace : son corps lui disait de se reposer. Il baissa la tête. Car, demander de l’aide, pour retirer ses chaussures, c’était un peu comme... toucher le fond ! Alors, Craig déjà, envisageait de ne pas non plus la laisser tout faire. Il décida, de défaire au moins les lacets et délier un peu les chevilles des chaussures... des chaussures de marches... des chaussures... bien trop lourdes !

- Je t’aiderai à nettoyer.
Genre il avait assez d’énergie pour ça !

- Je ferai plus attention...

La prochaine fois ?! Craig s’interrompit. Il n’y aura pas de prochaine fois ! Pourquoi Craig avait-il dit ça ?! Il soupira lui-même.

Les chaussures retirées, Craig, ensuite, se leva, à l’aide de ses deux mains, car, trop fatigué, il ne comptait pas se relever avec qu’une seule. Il fit quelques efforts sur ses cuisses. Ça irait bien. Il alla jusqu’au mur le plus proche, pour s’y appuyer, et longer le mur, jusqu’à la salle de bain. Il entra, alors, dans la salle de bain. Et, il s’assit, sur le rebord du bain, déjà préparé par Morgan. Il passa une main sur son visage. Puis, il agrippa les deux mains sur le rebord, s’y tenant. Il lui restait à se défringuer. Mais, il eut un temps, juste le temps de reprendre un peu d’énergie. Il retira ses chaussettes. C’était facile ça. Il les retira en les laissant sur le sol. Au camp des rebelles, il avait juste un pot pour pisser quoi ! Ça changeait, comme détention ! Là, il y avait un bain ! Craig n’eut pourtant pas un sourire. Trop fatigué.

Il retira sa veste, par une manche, un première manche, et, par l’autre bras, la délaissant par terre aussi, en bout de bras. Et puis, il enchaîna sur le t-shirt, qu’il retira en prenant le bout, vers le haut alors, avec, un effort sur les bras. Il se mit torse nu. Il était en pantalon, l’élastique du caleçon visible, pourtant n’ayant pas tant maigri que ça, à avoir mangé des fruits secs et de la viande séchée, il avait même mieux mangé là-bas. Il avait donc, une ceinture, abîmée, alors, peu effective, mais l’avait quand même. Il retira la boucle. Il élargit la ceinture de la taille. Il glissa la ceinture. Il la laissa tomber par terre. Le bruit métallique. Ça faisait du bruit. Craig aurait pu être plus discret, mais, il était trop fatigué. Il eut un regard pour l’eau. Elle était claire. Il eut un regard pour le robinet et, les produits par-ci par-là. Il en prit quelques-uns, uns par uns, afin de lire. Il cherchait un truc, n’importe quoi, pour rendre l’eau... moins claire ! Bon, de toute façon, vu qu’il était très sale, il se disait que, peut-être bien que, ça ne servait à rien, son idée à la con, parce que, l’eau allait vite devenir colorée, et, on ne verrait pas grand-chose.

Ok !

Il ne garda que le dentifrice. Il mit de la pâte sur son doigt, et, il commença à se brosser les dents avec. Putain, ça faisait du bien quand même ! Il exprimait d’ailleurs, un bien être immense sur son visage. Il creusa même du doigt dans les molaires et frotta bien, afin de retirer ces bouts de viandes séchés à la con ! Il fallait profiter que l’eau serait encore claire ! Craig eut un regard pour vérifier que Morgan n’était pas dans les parages, tout en se brossant les dents. Parce que sinon, il la regarderait en deux fois, l’air de dire, qu’il lui fallait un peu d’intimité, et qu’il n’allait pas s’envoler... ! Il prit un gobelet qui trainait là, et, il prit avec ce dernier, un peu d’eau du bain, d’une main, et, ensuite, se rinça la bouche avec, puis, recracha dans le gobelet. Il eut un dégout pour le gobelet. Ce n’était pas joli joli.

Il se leva. Il posa le gobelet dans les parages. Il se mit enfin à poil en se levant, retirant son pantalon et le caleçon en même temps, tant qu’à faire, en retirant le bouton du pantalon, et laissant tomber le pantalon sur les mollets. Puis, il retira un pied du pantalon, puis, l’autre, pour, enfin, aller dans le bain. Il s’y allongea, et, posa la nuque sur le rebord. L’eau était à bonne température – ni trop chaude ni trop froide. C’était agréable. Il ferma les yeux. Combien de temps n’avait-il pas pris un bain... ? Ouah... trop longtemps ! Même dans sa piaule, il n’avait eu qu’une douche !

Les bras aussi alors, se réfugièrent bien sous l’eau. L’eau claire qui, ne tardait pas à se colorer de toute la crasse de Craig. Il prit une mèche de cheveux des doigts. Il la regarda. Il prit un produit sur le rebord du bain. Ce n’était pas ça. Il le jeta en l’air direction par terre. Il en prit un autre. Ça devait être ça. Il garda le tube en main. Il le plongea dans l’eau. Il remit la nuque sur le rebord du bain. Il ferma les yeux. Le shampoing pouvait encore attendre un peu. Juste un peu. Trop fatigué ! Il se reposa un peu. Il ne somnolait pas encore. Il était conscient. Il n’arrivait pas trop à se détendre : il était chez Morgan, dans la Tour Lux, en clandestin. Comment se reposer ?! Il fronça un sourcil. Il cherchait à trouver de la sérénité. En vain. Il réfléchissait. Qu’allait-il faire maintenant ? C’était quoi la suite du programme ? Rien ! Il fallait qu’il se repose, et, ensuite, hop dehors, une fois reposé ! Mais, Craig, il fallait toujours qu’il pense à un truc. Toujours ! Alors, il pensait à la Tour Lux, où il pourrait, peut-être trouver, les technologies, voire, un laboratoire, quelque part ?! Il savait où était l’Aura. Peut-être pouvait-il hacker les plans de la Tour, voire, peut-être, de la Cité, ou au moins, un carnet d’adresses, des patrons de la Cité. Et, peut-être même, des informations, sur... le collier ?! Oui, Craig pensait à l’Aura, comme un vert penserait à Gaïa, qu’il n’y avait que l’Aura qui pouvait lui venir en aide. Et, pourtant, il était avec Morgan, en cette nuit.

Enfin, dans son bain !  

Il soupira. Les yeux fermés toujours. Pourquoi j’suis venu là ?! Se disait-il. C’était ce que Morgan lui avait dit aussi. Craig ressortit le tube de shampoing, et, il en sortit une noix de shampoing dans une main. Cette noix de shampoing, il l’appliqua sur la tête, comme ça, et, chercha à laver un peu, à frotter, mais, sans plus, sans trop de conviction, trop fatigué pour. L’eau était trop dégueulasse ! Il grimaça. Il vida un peu l’eau en retirant le bouchon et, il réactiva le robinet, pour que, coule de l’eau claire. Une petite rincette – pas de refus ! Il remit le bouchon quand même. Il n’allait pas vider tout. Juste un peu. Juste assez. Il prit la poire alors, et, enfin, il rinça ses cheveux, et, les lava. Ainsi, le bain ne devrait pas déborder. Il se gratta les cheveux. C’était laborieux. Il s’aspergea le visage d’eau claire un peu, comme pour se réveiller, et, rinça tout ça. Il passa un doigt derrière son oreille. Propre ! Il reposa la poire du bain. Il se frotta le visage, et, eh bien, il s’adossa de nouveau dans le bain, la nuque, de nouveau sur le rebord. Juste un peu. Trop fatigué.

Et, en fait, à rester là, il commençait à somnoler... basculant sa tête sur le côté, vers, non pas le mur, mais, la salle de bain, toujours, la nuque sur le rebord. Craig n’était pas ronfleur. Il entrouvrit sa bouche par contre. Juste un peu. Et, il respira un peu plus fort. La température du bain de cette eau, un peu trouble d’une couleur de la crasse, était encore bonne, pour ne pas qu’il ait trop froid. Enfin pour l’heure.

- Le collier... ?
Marmonna-t-il, le scientifique, dans ses songes.

Juste... une petite sieste... se disait son corps, et, son cerveau, pour une fois, à l’unisson. Il ne savait de combien de temps. Craig était devenu assez sensible. Il se sentait encore en captivité. Il n’était sorti du camp rebelle qu’il y avait peu. Il était nerveux aux moindres bruits. Pourtant, il n’ouvrirait sans doute que les yeux, enfin, peut-être, selon le bruit, n'ouvrirait que les yeux ou non, sursauterait ou non, à l’image de ce cliquetis de l’Armée Blanche, l’autre matin, qui ne l'alerta que pour partir. Il finirait aussi, par nature, à se réveiller, ne pas vraiment s’endormir, parce que, il restait dans un bain, avec une eau qui allait se refroidir.

Craig, avait un sourcil froncé dans ses songes : ça devait être effroyable... que d'être... prisonnier...
Prisonnière... sans aucun moyen de s'échapper... Songeait-il... L’intangible...


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Re: Fiançailles Brisées

Message par Morgan le Mer 22 Juil - 12:24

Le caresser, du bout des doigts, tache sa peau. Une peau blanche immaculée. Ses petites cicatrices, les prises de sang, les sondes, elles sont presque invisibles. Invisibles mais toujours sensibles. Les technologies Lux sont multiples et puissantes. Ses crèmes réductrices, ses baumes, le sont également. Le trophée doit rester parfait. Parfait. Que dirait Obra si elle la voyait ? Se tacher. Sa voix claquerait, fouet ardent. Ses mots blesseraient et ne laisserait, dans la bouche de la conquise, qu’une impression de fer rouillé aux saveurs métalliques acides. Une impression corrosive qui rongerait la petite princesse des pauvres. La dame de fer détruit tout, juste en parlant, son monde de rêve et de douceur, sa sauvagerie, son cœur qui bat trop fort. Si Obra voyait, elle se moquerait. Elle tirerait sur ses cheveux, en arrière, par la seule force de son regard. Comme dans ses rêves, elle laverait sa peau des laideurs du monde, de sa beauté. Elle lisserait ses longs cheveux noirs avec la patience déterminée des puissances génocides. Elle maquillerait ses yeux sauvages du voile des apprêtées. Et elle l’exposerait dans sa cage de verre. Comme une poupée russe, verrouillée dans son cocoon, son maquillage ostentatoire. Comme elle le fait, chaque jour, sans même être là. Morgan retire ses doigts, comme brulée.

La sensation reste, sur sa peau. Le gras, le laid, s’accroche aux doigts oisifs. Comme une impression de non fini, de moments perdus, éteints. Son manque d’humanité la laisse sans défense, elle sait qu’elle devrait faire quelque chose. Dire quelque chose peut-être. Heureusement, il ne semble pas se rendre compte de sa gêne, au contraire il approuve. La soulageant tout à peine. Sur ses genoux, l’œil ouvert, inquiet, Morgan le regarde se redresser, songeant qu’il ne pourra jamais s’y rendre de lui-même. Si faible, il demande. La surprise brule les iris de Morgan. C’est, qu’au fond, elle n’est pas très maternelle. C’est, qu’en vrai, elle ne connait pas ce genre d’intimité, de proximité. Et sans son masque tout huilée de petite princesse dans sa tour de verre, Morgan est sans ressource. Alors elle l’aide, du bout des doigts, salissant ses mains. Alors elle l’aide, les pommettes rouges et le souffle gêné.

Il parle, dit, presque en s’excusant, des mensonges sincères. Les personnes comme lui ne savent pas faire attention. Et puis, en plus, il ne connait pas les normes drastiques que lui impose sa cage de cobaye. D’à quel point le blanc peut être blanc. A-t-il seulement été un jour, immaculé, tout prêt pour une chirurgie ? Les produits rares dehors, ici sont légions. Ils décapent et ils brulent toute trace d’humanité. Ils lissent les visages mouvants, détruisent la moindre des imperfections. La propreté ici, est maladive. Lui, c’est la saleté qui le couvre, le masque, le protège. Timide, précieuse, l’oisive peine à tirer la chaussure du pied. Puis soudain, lâchant de la bride sur son élégance racée, elle prend à main ferme la chaussure et tire avec force. La libération la secoue, surprise elle manque de tomber. Se rattrape sur sa main et recommence, cette fois ci sans plus aucune hésitation. De petites gouttes ocre fantasques tachent le satin noir de sa robe de nuit, sa peau. Qu’importe, ses mains sont plein de boues. Ses poignets élégants sont léchés par l’humidité maladive de sa vie errante. Il a salie l’objet d’un souffle de vie. Et le pantin sans ses fils ne sait plus comment tenir ses mains, comment se relever, comment se tenir tout empêtrée dans cette intimité étrange.

L’éléphant de crasse se relève avec difficulté, créature blessée qui peine à vivre. Mastodonte dans la pâleur de sa demeure, il semble gigantesque. Plus qu’il ne l’est. Plus faible que les murs mais plus vivant que tout le reste. Trainant son monde plein de boue et de saveur odorée, il avance avec peine. Morgan le suit, à demi-pas, sur la pointe des pieds, évitant le dallage de ses traces. A pas de chat, elle voit son petit monde torpillé par un autre genre d’animal. A la manière des japonaises, qui invitent et se taisent, avec la politesse désincarnée des invisibles, elle est d’éthers inaudibles. Silencieuse, fantomatique, elle se cache dans son ombre, disparait dans sa chaleur humide. Elle le suit, juste, et le regarde mettre de la vie dans son maigre chez elle. Sur les murs, encore, il dissémine son essence. Il est partout, dans l’air, sur le sol, tout autour. Elle nage dans sa personne, si expansive. Dans son monde si grand, si intense, si fatiguant quand elle ne vit que d’insomnies et de silence. Sa saleté a quelque chose de rassurant, de normal. D’effrayant. Derrière lui, elle entre ferme la porte. Pour ne pas le voir. Pour être seule, enfin, face aux mille questions qui l’assaillent. Et respirer, un souffle d’air qui soit le sien. Elle se fatigue à suivre son rythme brutal, plein de coups, de fureurs, d’instants et de calmes soudain. Elle a besoin du sien, qui s’étire et se déploie avec lenteur. De ce calme que chassent parfois quelques fureurs. De ce calme, qui pétrifie son cœur.

Dans l’évier de sa cuisine, la boue sur ses mains tache le blanc de la céramique. Morgan se trouble, alors que l’eau glisse sur sa peau. Une couleur, d’un marron clair, dessine dans l’eau les beautés d’un monde qu’elle a connu. Que ne ferait-elle pas pour pouvoir marcher pied nu sur de la terre, de l’herbe ? L’odeur, l’odeur de la terre est semblable à nulle autre, elle la savoure, fermant les yeux, alors qu’elle respire ses mains humides. Autrefois, elle sentait cette odeur-là. L’odeur de Gaia. Autrefois, elle aimait cette odeur-là. Cette odeur d’humide et de fer que corrigent des nuances herbacées. Morgan repose ses mains sur l’évier. Le tache, encore. Elle est comme Craig, elle se dissémine partout, elle tache tout. Elle existe, enfin. Mais elle n’a pas le droit, d’exister, elle n’a plus le droit. C’était avant. Maintenant elle doit faire semblant. Et Craig, il n’a pas le droit d’exister, non plus. Pas ici, pas comme ça. Il n’avait pas le droit de venir et personne ne doit savoir. Personne. Le savon adoucit sa peau. Elle se lave de cette vie humée, rêvée pour revenir dans son vrai théâtre.

De longs gants habillent ses mains, ses poignets, elle revêt les effets de la dame qui passe le ménage parfois. Et les produits, elle ne sait pas trop en user, mais elle les a regardé pendant des heures, les femmes de ménage, qui ne parlaient pas, qui ne la regardaient pas, alors elle sait faire. Elle s’affaire comme une petite fourmi ouvrière. Avec méthodisme, elle éponge les murs, les sèche. Elle suit le chemin de ses pieds, nettoie tout ce qui doit être nettoyé. Et, lentement, la salle du crime redevient sa propriété. Le secret s’efface engloutit par la javel. Pour enlever les odeurs, elle allume ensuite l’aération de sa cuisine et deux bougies d’un parfum vide. Ici même la cire est fausse et rien n’efface les impressions métalliques des odeurs pauvres. Puis, enfin, elle retire ses gants et range tout avec soin, pour que disparaissent les preuves.


Dans la besace, il n’y a pas grand-chose. Pas vraiment ce à quoi elle s’attendait. Mais il y a un livre, un cahier de notes. Cela fait des années que Morgan n’en a pas vu. Elle l’ouvre avec délicatesse, prenant grand soin de l’objet comme s’il lui était cher. Dans la cuisine, debout, déposée avec légèreté contre le plan de travail, Morgan feuillette ses pages. Ses yeux dévorent les croquis de plantes, son esprit analyse sans comprendre les séries de chiffres, les résumés d’expérience. Son cœur s’abime sur les croquis de tatouages. Ce sont-ils fait tuer, ces inconnus, ses frères de sang ? Pourquoi se sont-ils laissé croquer ? Morgan préfère ne pas y penser. Sous ses yeux, l’écriture change. Un autre auteur, d’autres fautes, de nouvelles notes. Morgan lit en diagonal sans prendre gare. Et puis, soudain, ses mains se crispent. Cette femme. Brune. Tatouée. Cette femme. C’est elle. Morgan se reconnait, tout a peine. Il l’a dessiné. Les traits élégants rappellent avec fidélité les lignes de sa personne. Ses cheveux. Ce tatouage qu’elle découvre. Est-ce ainsi qu’il l’a vu, pour la première fois ? L’idée qu’on puisse souhaiter la dessiner la séduit, un chaste instant, mais très vite, ses neurones se reconnectent. Ses lèvres se pincent. Ses sourcils se froncent. Ce n’est pas un livre d’histoires, de contes, c’est un livre sur Gaia et sur ses lettres. Ecrit pas un scientifique. Alors ainsi il est vraiment comme les autres. Rien ne lui importe plus que le savoir, la science. Alors, lui aussi, il serait prêt à la disséquer aux noms de vérités qui lui seraient inaccessibles. Alors, lui aussi, il est venu voir un trophée, un objet, scientifique. Au moins avec lui elle a le choix. Et à lui, comme aux autres, elle dira non.

Elle referme le cahier avec violence. Le remet dans sa besace. Recache la besace. Jure entre ses lèvres, d’un langage incompréhensible. Puis se dirige vers l’insolent qui ose piller sa cage, son espace, son cocon. Si près des laboratoires mais si loin du monde. La porte entrouverte ne fait aucun bruit quand elle entre. Et enfin elle le revoit. Morgan a beau se dire qu’elle veut le détester, à chaque fois qu’elle pose ses yeux sur lui, il la surprend davantage. Allongé dans le bain, la tête en arrière, il semble dormir du sommeil du juste. Sa respiration lente fait frémir l’eau devant lui. Ses cils soudain semblent plus longs, plus fragile. Fragile. C’est ce qu’il semble être alors qu’immobile il se repose enfin. Morgan s’approche du bain, se baisse pour mieux le regarder. Si seulement il était clair comme eau de roche ! Mais il est aussi flou et retors que l’eau de son bain. Et la vérité, dissimulée, même s’il la lui disait, la jeune femme ne la croirait pas. Elle l’observe quelques longues secondes. L’homme est une énigme, un verrou sans clef. Chacune de ses réponses est un enfer de rhétorique moqueuse, de non-sens ou de verbes étrangers. L’homme, même dans l’intimité de sa demeure, de son bain, n’est ni un frère, ni une âme attachée à la sienne. Et si leurs destins s’enlacent, Morgan ne doute pas que viendra le jour où il enraillera encore le sien.

Avec lenteur, n’osant respirer ou se mouvoir trop vite de peur de le réveiller, elle lève sa main, son bras. Ses doigts se saisissent d’un peigne métallique aux pics pointus et à la froideur de l’acier. Puis elle regarde, un dernier instant. Sans doute ne le reverra-t-elle jamais ainsi. Fragile et nu, a sa merci, et pourtant si détendu. Sans doute ne le reverra-t-elle plus jamais. Qu’importe, elle ne cherche pas à lui laisser un bon souvenir. La main ferme, elle pose les pics glacés sur la peau de l’homme endormi. Soudain menaçante, alors qu’elle contient sa fureur et ses impulsivités, Morgan est presque aussi froide que l’eau dans lequel il s’est endormi.

- Tu devrais réessayer de te reprendre le mur. Juste pour voir.

Une insulte entre ses lèvres. Le verbe crisse cinglant. Puis du sucre, presque doux, presque tendre enrobe ses paroles. Morgan s’assoit sur le rebord de la baignoire, croisant ses jambes nonchalamment sans pour autant perdre sa prise sur la gorge masculine.

-Tu crois que je n’en ai pas assez vu des comme toi ?
Des scientifiques qui viennent chasser de maigres informations.

Elle n’a plus vraiment envie de le tuer, pas tout de suite. Et puis, avec un peigne, il lui semble impossible d’y arriver.  Alors elle retire le peigne de sa gorge. Morgan ne sait pas vraiment ce qu’elle attend de lui, ni pourquoi elle ne le dénonce pas, tout de suite. La jeune femme ne sait pas, qu’importe. Les promesses qu’elle se fait elle les tient. Mais elle peut attendre encore. Lentement Morgan passe dans ses cheveux les pics fins, dénoue les lianes noires. Sous ses doigts sa chevelure s’adoucie, se lisse, devient brillante et soyeuse. Chat boudeur qui dédaigne gracieusement son interlocuteur, elle l’ignore sans contrefaçon avant de murmurer sans le regarder.

-Je ne te dirais rien. Rien du tout.

Les tiges du peigne tirent sur son cuir chevelu. Morgan force un peu, finit de dénouer sa chevelure. Elle repose le peigne sur l’évier. Se levant alors, elle le regarde avec hauteur.

-Si c’est pour ça que tu es là, tu devrais mieux de partir.

Sa proximité nue est bien plus dérangeante qu’elle ne veut le montrer, alors, impériale, dans sa robe de nuit tachée, elle se retire. Non sans, auparavant, ouvrir la porte de l’armoire qui contient ses pyjamas, certains suffisamment amples pour lui peut-être et ses robes de chambres, toutes bien pliées. A la porte, elle marque un arrêt et, avec nonchalance, sans lui jeter un regard, elle murmure.

-Mais si t’as vraiment quelque chose à dire, je t’attends dans le salon.

Morgan ne doute pas qu’il viendra, après tout il semble impossible qu’il ne soit venu que pour l’étudier, ce serait bien trop de risque pour un Graal insaisissable. La prêtresse rejoint la baie vitrée et se noie dans les premières lueurs de l’aube. Son espoir noyé se gonfle lentement. Une nouvelle journée l’attend. Une journée longue, interminable. Une journée sans saveur, que seules les lueurs du matin sur les buildings gigantesques illuminent.

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Re: Fiançailles Brisées

Message par Craig Moffat le Sam 25 Juil - 0:34

Craig. Il dormait. L’eau devenait froide. Cela n’importait peu. Il était bien trop fatigué. L’information ne montait pas au cerveau. Il ne s’en réveillait pas. Il avait besoin de cette courte sieste. Quelques heures suffiraient. Craig laissait faire l’eau le décrasser. Ce vernis terreux. Ce vernis, qui avait fini par le dévoiler. Pas assez. Il lui donnait de l’épaisseur que son corps n’avait plus. Pas assez.

Il n’avait pas de songes. Il aurait pu. Mais. Il dormait. Il avait peiné à s’endormir. Mais. Il avait été rassuré. Morgan l’avait aidé : aidé à revenir dans la conscience, aidé à retirer ses chaussures... alors qu’elles étaient si sales. Craig l’avait aperçu sans l’apercevoir, l’avait aidé aussi, en exerçant une force opposée, pour qu’elle puisse retirer les chaussures, mais, l’avait enfin un peu plus regardé, elle et son visage, un peu rougissant. Craig lui avait laissé le temps de retirer les chaussures sans rechigner – sans se montrer arrogant. Lorsqu’elle avait failli tomber, Craig ne s’était contenté que de la regarder. Fatigué. Dans les choux. Il eut pourtant un élan. Qu’il ne poussa pas jusqu’au bout. Il la laissa faire.  Il s’était fini par se relever. Il était allé à la salle de bain. Il dormait. Eau refroidie.

Il ne pensait pas à sa besace. Ce journal. Il ne pensait à rien. Il dormait.
Il n’entendit pas le chat entrer. Craig ne se réveillerait pas à l’entrée d’un chat.

Mais, il sentit soudain l’acier. Su sa peau. Sur sa gorge. Le verre. Et. Maintenant. L’acier. Craig ouvrit les yeux. Bien sûr. Il ne fit que cela. Il n’eut aucun autre geste d’agitation. Morgan. Forcément. Elle lui avait promis de le tuer. Il aurait pu le sentir, que c’était elle, même les yeux fermés. Il reconnaissait Morgan, celle qui s’était interposée, entre lui et l’Aura, et qui lui avait expressément dit, d’éteindre l’Aura. L’éteindre ? Il l’avait fait. Il l’avait redémarré ensuite. Et, elle avait promis de le tuer. Il l’avait vu, par la suite, au trône, se rebeller, elle et ses tatouages, scène qui avait inspiré ses croquis, puis, giflée, giflée par Obra. Il avait détourné le regard. Il y avait vu la guerre.

Il s’en soucia, de la prise par Morgan, le peigne sous la gorge, mais, ne s’en soucia pas tant soudain. Trop Préoccupé par l’eau. Il eut un regard dans le vague mais fugace envers la surface de l’eau boueuse. Il redoutait de se faire électrocuter par la foudre. Il regarda bien Morgan. Dans les yeux. Au final. Craig, une fois son regard bien ouvert. Une fois réveiller. Il la regardait enfin même. A l’éviter presque, là, il ne pouvait pas vraiment. Il ne pouvait que la regarder. Il se perdait dans son regard sombre.

Elle lui dit qu’il devrait essayer de se reprendre un mur. Il aurait pu en sourire.  Moqueur. Il fronça un peu les sourcils. Elle était bien plus froide soudain. Non. Elle l’était. C’était une invitation à repartir. Craig comprit la chose comme cela. Elle voulait le retenir à l’égal de sa sœur jumelle, il y avait peu, et, désormais, le chasser. Pourquoi ? Il y avait quelque chose qui avait changé.

Elle parlait du scientifique qu’il était. Il l’était. Mais, avaient-ils la même conception sur ce qu’était un scientifique ? Peut-être pas. Craig était indépendant. Il n’obéissait pas à l’Armée Blanche. C’était bien pour une raison. Bien sûr, il travaillait pour les plus offrants. Alors, sans prêter attention à certaines valeurs, c’était possible. Mais, un mercenaire pouvait toujours trier quand même. Toujours. La liberté. Il choisissait. Toujours ? Pas toujours. Pas en amour. C’était l’exception. Loyal.

Craig avait le peigne sur sa gorge. Un peigne. Craig commença à douter. On pouvait tuer quelqu’un avec un stylo. Alors. Il n’en douta pas trop non plus. Morgan lui dit qu’elle ne dira rien. Craig, lui, ne put s’empêcher de voir son collier. Un instant. Et, il eut comme un cœur anéanti. Surtout que, elle l’accusa, venir prélever des informations. Craig garda un sourcil froncé. Morgan retira la prise sur sa gorge. Craig, enfin libéré. Il n’en bougea pas des masses. Il ne s’avança qu’un peu vers l’avant. A peine. Juste le dos droit – la nuque droite. Tenant regard à Morgan. Mais qui elle, ne le tenait plus, arrangeant ses cheveux, sombres et brillants, en même temps. Elle ne lui dira rien. Craig détourna le regard. Il eut un léger petit sourire, aux lèvres. Scellées. Ce petit sourire, fugace, qu’il chercha à cacher. Cachotier. Craig regarda de nouveau Morgan. Discret. Elle se peignait les cheveux. Elle força dessus aussi. Et, Craig voulut presque en sourire davantage. En rire un peu aussi. Il n’en avait pas eu le courage. Elle reposa le peigne. Elle le regarda avec hauteur. Ils se regardèrent. Craig leva alors un peu les yeux. Sans plus. Si c’était pour ça qu’il était là, le scientifique, il pouvait bien partir. Morgan conclut. Et, princesse, elle quitta les lieux, de sa robe, que Craig vit, tachée. Salie. Mais, au final, elle ouvrit au passage, une armoire, sur des vêtements. Elle l’invita, aussi, à la rejoindre au salon, pour parler. Bien que, ça restait froid. Tout était incohérent. Ce n’était pas cohérent. C’était à en devenir fou. Fou. Ensorcelé d’un charme étrange. Elle partit. Lui, il resta là, le cœur pulsant, et, la raison, pulsant aussi. Infernal !

Craig. Craig en cette salle de bain, se sentit bien seul soudain. La solitude. Il y était habitué pourtant. Avant. Le fardeau de la liberté. Il plongea soudain sa tête sous l’eau. En apnée. Il coupa sa respiration. Pour peu qu’elle était déjà altérée. Il fit cela, pour se vider la tête. S’échapper. Un espoir vain. Si seulement. L’eau avait de la chance. Elle s’échappait toujours. Il resta sous l’eau quelques instants. Ça descendait la chaleur. La chaleur de son corps. Qui était montée. Ce n’était pas la première fois que Morgan lui mit quelque chose sur la gorge. Il se souvint. Mais, Craig, ce dont il se souvint surtout, c’était de ses larmes, cette première fois. Qu’elle s’était apprêtée, jusqu’à se donner à lui, surtout lui, si insignifiant, qu’un pianiste éphémère de clavier de l’Aura, à se salir plus que les mains, mais jusqu’au corps, et l’âme alors, avec un sens du sacrifice, prononcé, bien trop exacerbé. Elle aussi prenait des risques. Elle aussi avait de l’arrogance. Morgan avait risqué de se rendre auprès de l’Aura. Elle l’avait fait. Et, elle avait réclamé, sure d’elle, princesse, et alors, pas si sauvage, qu’on éteigne l’Aura. La Gaïa. Espérant quoi ? Qu’on allait le faire ? Il y avait, peut-être, comme une innocence, derrière la fierté. Ce méli-mélo plaisait à Craig. Verre et Acier. Qu’avait-elle espéré ? Face à, l’Aura ? Et, face à, un type, qui pouvait se rendre, intangible ? Astucieuse pourtant, à se faire passer pour sa femme. Maline. Mais, sérieux ? C’était de la folie. Craig avait qu’une envie, en fait, c’était de la protéger. Et, il ne se rappelait guère, que de ses larmes, que de sa fragilité, derrière sa force, sa fierté princière. C’était peut-être stupide. Mais, tout se résumait pour Craig, en ce démêlage de cheveux, auquel il venait d’assister.

Et... il se demanda... pourquoi ce revirement...
Et... pensa soudain... la besace... !

Craig empoigna les rebords et sortit la tête de l’eau. Yeux plissés. Dérangés par l’eau. Il passa les mains sur son visage. Un instant. Cheveux ébouriffés par l’eau. Plaqués par-ci par-là. Morgan avait dû voir le journal. Le journal de son père, et, son journal. Craig tourna le regard sur sa pile de fringues. Il y avait son pendentif de sable. Il regarda face à lui. Il soupira. Le mur. Il sortit du bain. Il attrapa une serviette. Il s’essuya. Il mit la serviette autour de sa taille. Habitué à serrer solide. Il fouilla l’armoire. Enfin, il leva les différentes pliures. Il ne dérangea rien. Il chercha un truc à se mettre. Il y avait des fringues... de femmes... ! Craig regarda de nouveau sa pile de fringues. Bon. Elles étaient foutues. Il soupira. Oh et puis merde ! Il resta en serviette autour de la taille ! Torse poil. Il alla voir sa pile de fringues. Il ne ramassa que son pendentif.

Eh bien oui ! Il avait deux mots à dire à Morgan !

Il débarqua dans le salon. Le pendentif à la main. La cordelette enroulée. Le sable en la paume. En son petit tube. Du sable. Il le posa, ce pendentif, lui et sa main, contre cette foutue baie vitrée à la con. Comme ça. Presque un peu trop sec. Mais, Craig la regarda. Morgan. Éclairée par le lever du soleil. Une lumière. Et, ça lui coupa l’envie de parler. Et, il regarda la vue. Elle faisait ça, alors, des allers retours, entre, entre une prison et la vue sur Dawn City ?! Craig s’éloigna de la vitre.

Il revint à elle. Il s’approcha. Peu lui importait qu’il brise de plus en plus de distance.
Il s’en fichait. Il n’y prêtait pas attention. Elle lui avait bien mis un truc sous la gorge !

- Et, est-ce que tu crois, que je porte ça autour du cou, comme un trophée ?

Lui dit-il. Droit dans les yeux. Lui dit-il, d’une voix presque abimée. Pourtant, le propos était clair. Il évoquait là, son pendentif, qui, de sa cordelette, il laissa se révéler, la main levée, le tube de sable, qui s’y échappa de sa paume, y pendant. Il le dévoila ainsi au regard de Morgan. La cordelette encore enroulée sur la main de Craig. Un trophée pour avoir assassiné sa mère ? Si, le scientifique, Craig, portait des trophées ? Il enchaîna. Craig, serré de l’intérieur. Écorché.
 
- Parce que, on ne porte pas vraiment un trophée autour du cou. La preuve.

Dit-il, en touchant son collier, à Morgan, entre les doigts, le prenant sur sa hauteur, juste un moment, car, Craig se perdit dans son regard. Il relâcha le collier. Et, Il finit, par rejoindre son épaule. Sa main s’y égara. Il ne savait pas trop pourquoi. Il avait envie. C'était tout. En fait, il ne le regardait pas, le collier. Il regardait elle. Il était près d’elle. Mais, n’allait-elle pas le rejeter ?

- Je n’ai rien à te dire.

Non. Là. Il se disait que non. Et, après tout, non. Il n’avait rien à lui dire. Il n’avait jamais rien eu envie de lui dire. Flirtant avec ses lèvres. Il voulait juste l’embrasser. Rencontrer ses lèvres. Là. Pourquoi, faudrait-il parler ? Il bougea le pouce sur son épaule. Une crasse peut-être. C’était avec douceur. Une caresse pour sûr. La main résistait à l'envie de passer en son cou. Mais, de toute façon, un cou occupé par un collier. Il eut le visage s'approchant. Il ne savait pas trop. Il ne valait mieux pas.  

Il délaissa son épaule. Il recula de quelques pas. Fuyant.

- T’as tort. T’as tort de chasser l’un des seuls types, peut-être même le seul, qui est capable de te dire ce qu’il se passe, là où tu ne peux pas aller. C’est-à-dire. Pas loin. Alors que moi. Je vais. Partout.

C’était peut-être un peu arrogant. Mais, Craig revenait bien de la forêt. Gaïa elle-même. Bon, Gaïa l’aurait brisé. S’il n’y avait pas eu Kalliope. Sûrement. Et, son un dessin de Morgan, peut-être que Kalliope elle-même l’aurait brisé.

Craig était assez cassant. Arrogant aussi. Il ne pouvait pas se dévoiler qu’un peu sans y revenir. Un peu cassant alors. En désignant la baie vitrée. Au passage. Il était cassant. Il refusait de montrer empathie pour une prisonnière. Il vantait sa liberté. Arrogant. Et, en même temps, le discours, brisant autant que brisé, en cachait une, d’empathie, à prétendre, aider une prisonnière. Sa liberté entre ses mains. C'était presque ce qu'il lui proposait au final. Mais, il n'allait pas lui dire noir sur blanc.

Non. En fait, ce qu'il voulait surtout... il ne savait plus !        

- Jusque dans la forêt. Et revenir là, te parler de ta sœur.

Il s’en alla là-dessus. Enfin. Toujours, dans l’appartement. C’était plus facile d’être cassant. C’était plus facile de détruire. C’était plus difficile d’aimer. Et, puis, il se voyait mal... non... pas Morgan !

- Elle est où ma besace ?

Demanda-t-il en fuite.

Il enfila son pendentif autour du cou. Comme, il avait coutume de le faire. Et, en serviette, bien attachée autour de la taille, il déambulait. Il commença à fouiller l’appartement. Et, il ne se cacha pas à mettre du désordre partout. Il commença par le lit. En retirant et levant les draps. Il ouvrit le tiroir de la table basse. Laissa ouvert. Bref. Il fouilla.

- Je ne repartirai pas sans mon journal.

Lui dit-il. Il alla se rendre à la cuisine. Mais, il s’arrêta. Une fuite. Chercher sa besace. C’était éviter de parler. C’était éviter de la regarder. C’était préparer sa fuite. Cette saleté de besace. Un fardeau. Une malédiction. Une bénédiction. Qui lui avait sauvé la mise face à Kalliope. Qui lui faisait risquer sa vie, pourtant, à chaque fois. Son fardeau. Oui, il était scientifique. Il observait. Il ne touchait pas aux gens. Il touchait peu. Pourquoi on croyait qu’il le faisait – l’intangible ?

Il brisa une couche de crasse - Il appartenait à mon père. C’était son journal d’observation. C’est mon journal d’observation. D’observation.

Dit-il bien distinctement. Il y insista : d’observation.  

Il prit et leva la cordelette de son pendentif, qu'il portait autour de son cou, le poing fermé d’une main, comme si, un vent colérique venait là, redressant le tube de sable. Le mettant bien en avant. Le désignant.  

- Et, ça, ça, à ma mère. C’est tout ce qu’il me reste d’eux. Je n’ai personne. Je n’ai rien d’autre. Je n’ai pas une sœur dans la nature. Encore moins jumelle.

Pas de famille. Pas de proches. Chien errant. Le prix lourd de la liberté. La face cachée de la liberté. La noirceur de la liberté. Celle qui flirtait avec la solitude. La collante solitude. La totale liberté de toutes emprises. Elle avait un prix. L’homme. Libre ? Effroyable. C’était flippant rien qu’à le dire. C’était mourir déjà. Mais, c’était mieux que d’être prisonnier. Prisonnière. Craig le voyait. Ici. Craig ne supportait plus de la voir enfermée. Elle n’existait peut-être pas. La liberté. On s’aliénait. A quelque chose. Même l’Aura. Dans la folie. A quelqu’un. Être libre. Angoissant. On en arrivait à ne plus savoir quoi en faire. De cette liberté. A vouloir que les autres la ressentent. La partager. Cette joie. Cette souffrance aussi. La Paix. La guerre enfermait dans des rôles. Parfois, Craig se disait, qu’on entretenait la guerre, dans cette apocalypse, parce que c’était plus facile. La réponse facile. La paix les libérait. Ces rôles. L’angoisse alors. Que faire ? Où aller ? Ces questions. Qui se posaient avec angoisse, angoisse flottante, lorsque résonnait la Paix, angoisse flottante sans réponses, à s’en arracher les cheveux, à en refaire couler le sang, et réclamer, le retour de la Guerre. Et, où notre liberté s’arrêtait-elle ? Il n’y avait plus de murs. Il n’y avait, même plus, les autres. Où étaient les autres ? A se mettre à en chercher un. De rôle. C’était une angoisse de privilégié, de riche, de bourgeois, d’enfant pourri gâté – d’une dream pilule. Alors. Comment ne pas culpabiliser alors ? Commencer à, être rongé de l’intérieur. Grignoté. Son rôle. Il n’était pas ici. Il y avait peut-être cru. Il y croyait encore ? Il ne savait plus. Il aimerait. Ça dépendait de quelqu'un d'autre. Non. Il ne savait plus. C'était folie. Mais. C'était de sa faute ! Elle lui était tombée dessus aussi !

Comme ça ! Entre lui et l'Aura !

Il posa ses mains sur le dessus du crâne – coudes en l’air à l’horizontal. Craig, brisa une couche encore, alors, que colérique, parce qu'il, ne pouvait pas le dire d'une autre façon, mais, colérique, cassé, colérique, affecté - un ton entre l'énervé et le doux.  

- Je ne suis pas le gosse d’un père qui disséquait sa femme et ceux de sa tribu. Ça la fouterait mal si c’était le cas... ça la fouterait vraiment mal...  

Il retira ses bras. Il était un peu brisé. Non. Ce serait morbide. Craig, il n’était pas équilibré, mais, il n’était pas déséquilibré. Et, son père, il avait été quelqu’un de bon. Son père, défunt, avait été scientifique, à l’Armée Blanche, mais, il avait été quelqu’un de bon. Il avait fini prisonnier. Chez l’ennemi. Il avait observait. Sans outils de dissection. Et quand bien même. Son père n’avait pas été comme ça. Ce n’était pas. Il n’était pas comme ça. Et, Craig, il n’était pas comme ça. Son père, tombé amoureux d’une indigène. Une verte. Voilà. Ça arrivait. Ça n’arrivait qu’aux cons – se disait Craig. Et lui aussi n’était qu’un con ! Voilà. Ils étaient juste cons de famille, de père en fils, à la limite, mais, il n’était pas... peu importait !

Et, Craig, brisa tout, sans regard,
- Je ne suis que le gosse qui a assassiné sa mère en venant au monde.
C'est tout. Et c'est déjà bien assez. C'est bien assez comme ça...


Sans tatouages. Alors. Ça voulait tout dire. Il se voyait mal de ne pas tout dire à Morgan. Ne dresser qu'un tableau propre. Si elle voulait savoir où elles étaient, ses mains en sang, vraiment, autant le lui dire.

Craig se ferma. Air fermé. Air un peu colérique. C’était que, il n’y avait plus de couches de crasse. Il n’y avait plus de vernis. Il n’y avait plus de corps. Craig resta pourtant tangible. Lui et sa serviette. Toujours. Il n’y avait plus aucune couche de rien. Se dévoiler. Chose horrible. Mais, Craig commençait à connaître de plus en plus Morgan. Beaucoup trop. Malgré à ce qu’elle se retirait. Toujours. Trop. Et, Morgan, elle ne savait rien de lui. Qu’il devait peut-être bien en arriver là. Même s’il ne voulait pas. Les eaux troubles. Lui. Il aimait bien. La clarté le foutait mal à l’aise. Si mal à l’aise. La boue. Il aimait bien. Le monde était sale. C’était une réalité. Il n’y avait qu’à regarder par la baie vitrée. Il était trop dur d’être propre. Craig n’y arrivait pas. Il associait ça, à de la faiblesse. Noyer le poisson oui. Vivre dans la vase. Pourquoi pas. On ne s’y faisait pas pêcher. Craig, prit conscience, de son attitude, qu'il se disait déjà, puérile, puérile et écœurante. Morgan avait désormais de quoi jouer au plus haut point avec ses sentiments. Il s'en fichait. Rien que le dire. Ça le brisait déjà. Il n'allait pas revoir le regard de Morgan sitôt avec ça non ?  

Sans tatouages. Alors. Ça voulait tout dire. Oui, de toute façon, c’était un blanc. Un scientifique. Oui, de toute façon, c’était mieux ainsi. Ça sonnait mieux. Ça faisait plus fort. Ça faisait couler l’encre. L’encre et le sang. Sur les pages d’un journal. Un journal de dissection. Oui, ça faisait plus fort, de dissection. Ça sonnait mieux. Tout cela. Il lui fallait retrouver ce maudit journal. Coûte que coûte. Pour le dénudé, et, pour l’habillé – blanc. Il pouvait perdre sa propre vie pour ce journal qui contenait des informations. Sèches. Froides. Scientifiques. Chaudes. Vivantes. Humaines. Oui. Des informations froides et chaudes. Car, un journal d’observation – un journal de bord – flirtait bien souvent avec le journal intime. Le scientifique s’y retenait. Il ne pouvait pas toujours. Et quand bien même. Pourquoi pas. Cela aidait à prendre plus de recul.

Craig tourna le dos. Il alla dans la cuisine. Il ne savait si Morgan avait vu le dessin qu’il avait fait d’elle. Il n’espérait pas. Il se le demanda. Et, comme un con, à y répondre par un voile de colère. De réserve. De distance. Colère plutôt que gêne. Fuite plutôt que gêne. Car, l’arrogance avait ses limites. Car, l’arrogance, une fois volée en éclats, cachait, parfois, autre chose – une faiblesse. Une émotivité. Il fouilla la cuisine. Il ne s’y cacha pas d’y mettre le désordre.

Il ouvrit le micro-onde. Il ne le trouverait pas là. Le journal n’y rentrerait même pas. C'était fou. Ça faisait belle lurette qu'il n'avait pas ouvert ce truc. L'avait-il fit déjà ? Un truc de luxe non ? Il ne savait même plus. Il s'arrêta le regard plongé devant le fond de ce truc. Il ne savait plus. Ça le stoppa. Non. Il ne l’avait jamais fait. Il n'avait jamais ouvert un de ces trucs. Non. Jamais. Ce fond puait la mort. Il n'allait pas pleurer non plus. C'était si bizarre. Pour l'intangible. Un fond qu'il ne traverserait jamais. Trop petit. Il mit la main dedans. Sur le fond. Plaqua la paume dessus. Il laissa la main dedans. Doigts en éventail. Là. Il ne le traversera jamais. Il lui faudrait traverser l'ensemble. Ça le choqua. Il y avait des choses qu'il ne pouvait traverser. Parce que. Derrière ce fond. Il n'y avait guère qu'un mur. Et si, il était face à, toute une série de murs ? Sans le savoir. Qu'en ayant une mauvaise surprise. Jamais n'y ressortant. Emmuré. Coincé. Obligé de revenir en arrière. S'il n'était pas encore emmuré. Enfermé. Le visage. De Craig. A cet instant. Interloqué. La main toujours sur le fond. Non. Il n'aurait pas de vue. Si on l'emprisonnait. C'était impossible. Il fallait trop d'épaisseur. Il n'aurait pas de visites. Si on l'emprisonnait. C'était impossible. Il fallait trop de longueur. Qui voudrait emprunter un long tunnel à travers les murs ? A Dawn City ? Personne. C'était déjà galère de marcher en ville. Pourtant. Malgré ce risque. Il restait là. Ici. Et, si, on l’enterrait vivant ? Il ne pourrait pas remonter. Craig retira sa main. Soudain. D'un seul coup. Effrayé. Il s'imaginait. Enfermé par des kilos de terre – Gaïa –  à six pieds sous terre – qu'espérant que sa forme astrale atteigne la surface. Qu'espérant. Pourtant. Malgré ce risque. Il restait là. Ici. Oui. Un fond de micro-onde. Un fond de verre. Un puits. Il suffisait juste de le balancer dans un puits. C'était aussi simple que cela. Obra ou Gaïa. Peu importait. Il suffisait d'un puits. C'était effroyable pour Craig que de s'en rendre compte. Il en frissonnait. Dénudé du haut. Surtout des bras. Pourtant. Il ne trembla pas. Juste la chair de poule. Le long des bras. Un peu. Un instant. Pourtant. Il restait là. Ici. Et ne pensait même pas à l'Aura. Non. A cet instant. Il aurait aimé prononcer un prénom qu'il s'était retenu de prononcer. A lui demander... Il ne savait même pas quoi...! Mais, il s'était retenu, parce qu'il était chez elle. Et, elle était peut-être dans les parages.

Il avala salive. Il se reprit un peu. Il l'appela. Alla à sa rencontre. Mais, détourna la chose.
- Morgan ? Je ne trouve pas mon journal. Dit-il.

Il n'avait pas envie tant que cela de le retrouver non plus...
Alors, il n'y mettait pas tant que cela du sien à le retrouver...


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Craig Moffat
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Re: Fiançailles Brisées

Message par Morgan le Mer 19 Aoû - 8:37

Ses yeux se perdent dans les lueurs du jour. La beauté du matin la saisit toujours tellement fort. C’est un sentiment immense, qui remplace tout le reste, et même la peur. Les couleurs dérivent sur ses prunelles noires. Ses Iris s’illuminent. Le ciel se réveille sur la barrière fine d’eau qui couvre ses yeux. Chaque fois, elle se demande. Est-elle la seule, chaque matin, à dévisager le ciel. A se rêver un futur. Est-elle la seule ? Ou légions sont les insomniaques, les affamés de l’âme, les dévoreurs d’Aurore ? Elle se rappelle, parfois, autrefois, Obra s’arrêtait, regardait la vue. Cela durait quelques minutes, tout a peine. Puis il fallait la suivre. Elle se rappelle, cela la hantait Morgan. D’être comme Obra. Et puis, le reflet de la ville dans ses yeux d’acier. Les couleurs du jour. Cela devenait diffèrent. Presque cruel. Morgan aimerait bien repenser à tout ça. Ce qui lui est pourtant tant insupportable. Penser à Obra. A la guerre. Au monde qui se déchire, sous ses pieds. Alors qu’on l’exhibe. Morgan aimerait se perdre dans l’Aurore. Dans ses couleurs infernales, dans sa pureté virginale. Dans les reflets de son âme qu’égaient de vagues rayons de soleil las.

Mais Craig. Craig il s’est moqué d’elle. Il a chamboulé le fil de ses pensées. Il est entré chez elle. Il est chez elle. Lentement, elle passe ses doigts dans ses cheveux. Ses yeux se ferment, elle respire les odeurs qui s’échappent de sa chevelure sombre. L’acier, douce nuance métallique, odeur sanguine, froide d’un monde métronome. Et puis, plus fine. La sienne. L’odeur de Craig délaissée de la boue. Son regard, alors qu’il était à sa merci. Il la regardait. Pour de vrai. Elle est contente de s’être échappée de ce regard-là. Elle ne connait pas ce regard-là. Où ne brille nulle admiration, que n’incendie aucune haine. Il n’avait même pas le regard des scientifiques, qui cherche les détails. Il la regardait juste. Que même l’indifférence ne pouvait la protéger de ces yeux-là. Les doigts se ferment dans sa chevelure. Elle attire ses cheveux à sa bouche, son nez. Inspire, plus fort, l’odeur étrangère. Elle l’a fait partir. Sans doute. Morgan n’entends plus aucun bruit. Il ne restera bientôt plus de lui que cette odeur éphémère. Elle n’aurait peut-être pas dû, le faire partir, elle le regrette presque. Un peu. Elle n’aurait pas dû être aussi gentille, aussi. Prendre soin de lui, dissimuler ses traces. Ou aussi agressive, faussement. La distance, la distance, ça vaut mieux à tout ça. C’est ce qu’elle sait mieux faire, au final. Et puis, c’est plus sure. S’il vient, c’est ce qu’elle sera, distante. C’est ce qu’elle se promet, en regardant par-delà la vitre, avec les yeux aussi froids qu’Obra.

Le pendentif tape contre la vitre. Le cri du verre résonne. Et déjà sa froideur s’échappe dans ce qui lui reste de constance. Il n’a même pas pris la peine de s’habiller, ou tout a peine. Morgan détourne les yeux. Puis revient. Les muscles de son dos sont dotant d’aspérités inconnues. De formes qui se dessinent, sous sa peau épaisse et masculine. Sous sa peau douce, peut-être l’est-telle, Morgan ne l’a jamais touchée. Jamais comme ça. Avec douceur. Sans mentir. Morgan n’a jamais vraiment touché personne. Que des monstres, des glaciers, des dragons de fer qu’heurtent les différences. Des soldats, aussi, de loin. C’est que ses cils, ces longs cils noirs, sont comme des armes, des pointes, des griffes. Qui battent, comme les ailes toxiques des papillons de nuit. Qui battent, et fascinent. C’est que ces cils, longs et noirs, qu’elle maquille avec lenteur, précision, c’est que ces cils, ils la libéreront peut-être. Il la regarde. Un chaste instant. Silencieux. Ses paupières chutent, soudain si lourdes. Elle détourne le regard, échoue dans le ciel, si tout plein de couleurs. Ce matin, il lui est égal. Ce matin, tout lui est égal. Et tout la révolte. Ce matin. Un étranger partage son aurore.

Ses paupières se soulèvent, et sa bouche, soupirante, porte le voile des juvéniles. Il parle. S’agace. L’agace. L’histoire d’un collier, d’un autre. Morgan veut rester froide. Ses yeux le sont. Mais il s’approche. Craig est si près. Sa nudité l’effraie, maintenant qu’il n’a plus de masque, maintenant qu’il ne cherche pas à se cacher. Ce qu’il dit, à demi-mot, comme seuls peuvent l’entende les blesser de l’âme, les prisonniers, les mendiants. Les hommes comme lui. Les femmes comme elle. Le gel de ses yeux se brise, mille morceaux qui glissent, glissent le long de ses cils. Ses yeux brillent, boules noires, sans fond, alors qu’elle le regarde sans détour. Se rapprocher. Ses pupilles se dilatent. Le sensible l’effraie, l’effarouche, la fascine. Il est trop près. Elle a, dans sa bouche, le venin des femmes qui savent faire fuir. Et pourtant son souffle est coupé, elle ne peut parler. Morgan le laisse, encore, s’approcher. Et ce corps qui a déjà touché le sien. Et ces lèvres, qu’elle a embrassées, avec tout le venin de son cœur. Et cette âme, cette âme qui a effleuré la sienne. Ce corps, ces lèvres, cette âme, s’approchent. La touchent, du bout des doigts. L’intangible qui effleure l’intouchable. Juste, doucement. Et elle ne peut plus respirer. Parce qu’on ne l’a jamais touché comme ça, avec douceur, en la regardant. Droit dans les yeux. Comme si elle était humaine, vraiment, et non objet. Parce qu’elle n’a pas vécu les âges qui font grandir. Ou trop vite. Parce qu’on ne l’a jamais touché comme cela, comme si elle pouvait dire non. Et que le moindre frémissement pourrait le faire fuir.

- Je n’ai rien à te dire.

Morgan inspire, enfin. Un frisson vient caresser son échine. Et, électriques, ses cheveux s’accrochent à sa peau. Intense, la sauvage se contient dans une immobilité sur le fil, de plus en plus difficile. Ses membres la brulent. Son épaule, incendie, exige davantage. La jeune femme n’ose baisser les yeux. Elle n’aperçoit que les contours de son corps humide. Si près. Mais l’air tout autour est plus chaud. Plus magnétique. Plus doux. A l’orée de son aura, elle ressent les influences de son monde. Taché de délicatesse, brulé de douceur, et d’une hardiesse qui la laisse sans voix. Elle aimerait qu’il s’approche encore, qu’il l’enveloppe dans ce voile. Un instant, elle pense qu’il le fera. Un instant, elle imagine le faire. Franchir ces derniers centimètres, chercher la vérité, si près. La saisir, la chérir ou la haïr. Vivre, c’est ce qui serait vivre, enfin, dans la symphonie désaxée, mais si pleine de vie, de l’homme qui traverse les chairs.

Mais déjà il s’échappe. Bourrasque qui la laisse sans vie. Aimant qui s’égare, qui la repousse. Soudain, si fort. En lui parlant. Encore. Morgan s’éloigne. Pour un peu elle montrerait presque les crocs. Elle se sent sur la défensive. Elle se sent déplacée de son axe. Elle se sent bousculée, d’une façon qu’elle ne comprend pas. Il lui semblait plus nu qu’il ne l’était dans cette eau froide, sous les dents d’acier de son arme de femme. Il lui semble plus nu. Plus triste. Plus fragile. Il a perdu la puissance de son regard. Plus nu et plus fort. Il est homme. Grand. Il est homme sans crainte, qui se déshabille, vraiment, quand elle craint les visages sous les masques. Il lui parle, lui raconte, le verbe acerbe, le cœur droit. Comme s’il voulait l’emmener, quelque part, pour le connaitre. Comme si c’était important, le plus important. Alors que le monde autour rugit sa haine, alors que Gaia se heurte aux rives de l’aura, alors que Morgan vit dans une cage de souris. Comme si c’était si important, qu’ils puissent se comprendre, enfin, parler le même langage. Morgan ne veut pas. Elle ne veut pas l’aimer et d’aucune manière. Pas même un peu. Il est ennemi. Morgan aimerait pouvoir le tuer. Morgan aimerait pouvoir le haïr. Comme elle haie les siens. Comme elle hait Obra. Comme elle aimerait haïr Obra. Morgan aimerait trouver quelque chose à dire. Une réplique, cinglante, qui le ferait taire une bonne fois pour toute. Il est trop gentil, trop doux, trop distant. Mille corbeaux de l’histoire, dévorant la version qu’elle s’était écrite. Mille Corbeaux aux becs d’acier, aux cœurs légers. Légers et doux. A la rhétorique cruelle. Qu’elle ne peut s’empêcher d’écouter. D’écouter vraiment.

S’agite le félon. Alors qu’il reconstruit avec magnificence la muraille qui les sépare. Infranchissable. Et Morgan, le cœur ailleurs, encore sous le joug de ce moment, si étrange, si précieux, regarde sans voir. Craig peut tout mettre à sac. Partir. Rester. Alors qu’il parle s’exclame, s’énerve, elle repense, encore. Ses yeux, se ferment. Sa main se dépose sur l’épaule qui fourmille encore de sa caresse masculine. Morgan repense. Encore. A ces secondes, trop longues. A ce moment, trop vaste. A sa présence, trop bruyante. Il met à sac ses croyances. Il ravage son monde. Cet instant, si long, elle ne pourrait le haïr. Par cet instant, si long, il a brisé un masque, une carapace. Et Morgan ne peut qu’entendre son verbe, son histoire. Sa solitude. Et aussi, ses fiertés. Elle est si fière, Morgan, de son mirage de souvenirs, de ses bribes qu’elle garde, au creux du cœur, comme des morceaux de chocolat. QU’elle dévore sitôt que ses yeux s’abiment, que son souffle devient douloureux. Morgan a un sourire, un sourire triste. Elle n’est pas sûre de vouloir de lui qu’il reste. Surtout pour une si petite prise de guerre. Mais elle est encore moins sur de vouloir le voir partir. La laisser là avec toutes ces questions, et cette crampe dans le ventre qui la hante.

Il se mouve trop vite, pour son huit clos lent et cérémonieux. Morgan avait oubliée, qu’autrefois aussi, elle vivait, si fort. Il casse tout, déplace, cherche. Morgan le suit, un peu, tout à  peine. Quand il entre dans la cuisine elle est déjà lasse et reste dehors, à attendre. Alors que cognent sur son visage les lumières du ciel. Craig se fait trop silencieux. Elle l’imagine déjà retrouver son journal. Comment un objet peut-il être aussi précieux ? Elle ne comprend pas, pas tout à fait. Mais elle aussi, elle aimerait avoir quelque chose de son père.  Il semble trouver son Graal. Elle le croit. Mais il prononce son nom. Revient. Mais il prononce son nom. C’est étrange, les lettres sont étranges par sa voix. Son nom, il ne lui semble pas l’avoir entendu le dire. Jamais. Quand il a dit tant de fois le sobriquet de sa sœur. Il attend, sans doute. Morgan se retourne vers lui et réponds, avec douceur, sans réfléchir.

-Alors tu ne repartiras pas.

C’est bien ce qu’il a dit, non ? Qu’il ne partira pas sans son journal. Eh bien, très bien, qu’il se débrouille, le trouve ou ne le trouve pas, Morgan ne l’aidera pas. Pire. Morgan le cachera à lui. Parce que Craig a beau lui avoir dit tout ce qu’il avait dire. Il ne lui a pas dit ce qu’elle voulait entendre. Il n’a pas parlé de la guerre. Il n’a pas parlé de Gaia. Le reste, sa sœur, ce sont des sentiments. Morgan ne veut pas être un être de sentiments, elle aimerait, reine conquérante, être la flèche qui déchirerait le cœur de l’Aura, d’Obra. Lui, lui il n’a parlé que d’émois légers, de tristesses passées, de meurtrissures. De solitude. A elle. De solitude. C’est peut-être ce qu’il voit, une princesse triste dans sa tour. C’est peut-être ce qu’elle, une femme que seuls peuvent caresser ceux qui brulent, brulent de sentiments profonds, intenses et multiples. Mais ce n’est pas ce que lui a appris Obra. Obra lui a donné la force. Obra lui a appris la guerre. Et de la dame de fer jamais l’élève n’oubliera les leçons.

-Non.

Non elle ne lui rendra pas. Le mot vole entre ses lèvres, s’échappent de sa bouche bien muette. Non, elle ne lui rendra pas. Elle ne le laissera pas partir, comme ça. Comme il est venu. Venu pour rien lui dire, d’autres, que toute cette histoire. Son histoire. Morgan elle aimerait bien lui dire, aussi, qu’elle aimait son père. Et puis quoi ? Morgan, elle l’a tué son père. Et puis quoi ? Il pourrait savoir. Elle a le sang des siens sur ses mains. Son père, sa mère. Pas sa sœur, pas encore. Mais ça viendra bien si Kalliope s’acharne à tenter de la sauver. Ce n’est pas vraiment une histoire que Morgan a envie de raconter, la sienne.

-Non, je ne suis pas d’accord. Ce n’est pas pour ça. Ça ne peut pas être pour ça que tu es là. Observer. Parler de ma sœur sans rien me dire. Me dire que tu pourrais tout me dire, alors que tu combats sous l’étendard de l’Aura.

Chaque pas la rapproche de Craig. Chaque mot l’éloigne de ce qui lui disait. Des mots qu’elle ne veut entendre. Des phrases qui restent, suspendues dans l’air, si lointaines de leurs sens véritables.

- Me parler de solitude quand je ne suis entourée que d’ennemis. D’une sœur qui m’est étrangère. Me donner des messages comme le ferais mes oiseaux. Aller et venir, encore. Jusqu’à ce que je dévore le moindre de tes mots, te supplie peut-être pour davantage. Je t’ai promis la mort. Est-ce là ton jeu cruel ?

Une énième métaphore de la cage. Morgan en a assez d’être derrière la vitre, à attendre, derrière les barreaux qu’on lui offre quelques miettes. De trop peu de saveurs. Des nouvelles, passées. Des messages, déjà obsolètes. Morgan ne veut pas être un trophée que l’on visite. Elle ne pourrait se satisfaire de si peu. D’apprendre comment vivent les autres, quand elle est au piège de l’âme froide d’Obra. Dans sa tour d’acier. Là où se meurent les rêves du monde. Dans le cocon de l’Aurore, dans l’Etoile de l’Aura. Elle préfère ne pas savoir. Morgan a le courage de le regarder droit dans les yeux.

-Je sais très bien que tu pourrais me faire voyager avec toi.

Sa voix se blesse. Ses lèvres tremblent. C’est ce qu’il veut, non ? Qu’elle avance sans masque, quelle parle sans muselière, qu’elle laisse là les convenances. Alors Morgan s’avance encore, lentement, comme si elle approchait un chat sauvage. Ses pas sont doux sur le sol et sa nuque droite. Elle aussi, elle peut affronter sa propre vérité. La lui faire subir, à lui qui croit qu’il peut entrer comme ça, chez elle. Parader avec sa liberté douloureuse à entendre. Elle souffle tout doucement.

-Et toi, ne sois pas stupide. Tu sais très bien que je suis la seule à pouvoir te montrer le sable.

Sa main se pose sur son torse. Elle sent presque battre son cœur. Mais s’échappe, si vite, de ses passions d’homme, alors que ses doigts se ferment sur son  pendentif. Le sable, c’est là toute l’histoire. C’est le sable qui le hante. Morgan connait le sable pour avoir épouser l’eau. Elle connait sa beauté, elle ressent son sel.  Les larmes du monde qu’habille l’or de la terre. Ses yeux se ferment, quelques secondes. Elle ne sait demander, demander à Gaia. Mais parfois, juste, les dessins de sa peau reflètent ses envies. Quand elle les rouvre, sur la paume de son autre main, le sable court. Taches noires sur sa peau fine, qui s’envolent, tournoient, voltigent. Le ballet salé de l’orée des océans.  Qu’elle lui offre, lui montant sa paume. Comme un secret, l’encre dans sa peau mystique. Un présent pour sa présence. Un peu cruel. Comme il l’est, de ne lui donner que des bribes alors qu’il pourrait la sauver.

-C’est de ta faute. Si je suis seule. Là. Maintenant. Ici.
Les yeux pris au piège de l’océan vide d’une vue sublime.

Sa main pèse, autour du collier. Elle aimerait l’étrangler, nouer sa gorge. Qu’il respire enfin, la douleur de son souffle. Comme elle se bat pour vivre, pour continue, à avancer. La difficulté de chaque regard. La terrible solitude qui l’écrase. Et ce poids, si lourd, à sa gorge, à sa cheville. Dans la paume de sa main, le sable s’agace, se débat. Elle approche son visage, souffle sur la peau, l’oblige. Et le sable recule, recule, jusque venir se glisser dans le tatouage de son pendentif. Qui se referme. Sa main retombe, vide de tout dessin. Elle relève ses yeux vers lui, si haut. Elle aimerait lui demandé s’il aime sa mère, encore. Lui dire, qu’il ne la mérite pas. Cette mère étrangère. Parce que cette mère aimait Gaia. Et que lui il ne sait pas, l’aimer, comme il le faudrait.

-Et ma cage n’est pas plus étroite que la tienne. Piégé comme tu l’es sous l’aura.

Morgan serre, encore, sa main autour du collier. Tire, encore, inconsciemment, posant sa main sur le tissu fin de son corsage, là où bat si fort son cœur. A Elle. Un cœur si à fleur de peau que troublent les nuages. Se mélangent colère et reconnaissance, crainte sensible et détermination farouche. Le pendentif est presque douloureux dans sa main. Lui qui a osé toucher le sien. Lui parler en frère d’une douleur si profonde qu’elle transforme son être. Ce collier, pour lui, c’est quoi ? Le souvenir d’une mère. Qu’il pourrait retirer. Il ne le défigure pas. Il ne l’empêche pas de fuir, encore et encore, de mur en mur. Il ne l’empêche pas de venir jusque chez elle. Il ne l’empêche pas d’être là, si près d’elle.  A portée de ses griffes, si près de ses lèvres. Si loin, déjà, à penser repartir. Ses mots se font moins surs, et pourtant ils sortent plus forts, martelés d’accusation.

-C’est de ta faute, à toi.
Si toi, si moi, si on est si seul.

Et pourtant, à cet instant, à cet instant seulement et depuis qu’il est là, elle ne se sent pas si seule. Cet instant, si vaste, si long. Qui ne devrait pas exister. Qui n’existera plus, demain. Et qui la laissera plus triste et seule que jamais. La vérité traverse son regard. Ses lèvres questionnent.

-C’est ça que tu es venu réparer ?

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