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La vie, la mort, la fille [PV Violet]

Message par Mr Blue le Mer 22 Avr - 14:27

Il faut continuer à vivre. Toujours. Pourquoi? Parce que sinon, c’est la mort. Et donc? La mort, Blue ne connait pas. Blue ne connait que la vie et à la rigueur le sommeil dont il ne se souvient jamais. La paix de la non-vie ne mérite pas la mort. Surtout quand on ignore ce qu’est la mort.

Alors il continue à vivre. Avec Diva absente, avec son passé passé. Avec des filigranes d’ombres qui le suivent. Il se retourne. Les couloirs du Crystal sont vides. Vides? Les sons inaudibles. Les gens transparents. Les couloirs du Crystal ne sont pas si vides. Mais les gens ne sont pas de vrais gens. Juste… des gens. Quand on ne sait pas qualifier les gens, cela veut dire que ce ne sont pas de vrais gens.

Les dalles résonnent de leurs pas – égaux. Les murs étouffent leurs paroles – inintéressantes. Leurs vêtements sont tous les mêmes. C’est normal, c’est le jour. Le jour, le Crystal est moins vivant. Et donc ses gens aussi. Morts, peut-être? Ou juste non-vivants?

Blue plisse ses paupières. Il enferme le monde qu’il voit – le monde du Crystal – entre deux rangées de cils floutés par la proximité avec ses pupillles. Un monde qui se laisse enfermer entre deux rangées de cils… Cela n’est pas un vrai monde. Comme les gens. Des gens qui vivent dans un monde qui n’est pas vrai sont-ils capables même de non-vivre?

“Il sont morts. Ils sont tous morts.” Pense Blue

Blue ne veut pas. Il ne veut pas mourir. Il ne connait pas la mort. Il veut fuir. Il fuit.

Il descend les marches, quatre à quatre. Il court dans l’entrée.

Il tombe. Il n’est pourtant pas mort. Il se relève. Bien vivant.

Mal aux paumes, aux genoux. Il frotte la poussière sur son pantalon.

Il n’est pas juste non-vivant, non-mort. Il est Blue. Joaquim Blue. Et il n’a plus rien. Comme les morts. Et il n’a plus d’amour. Comme les non-vivants. Diva est partie, loin. Sans carte et sans souci. Comme les morts. Serait-ce si dur d’être mort?

Il ne veut pas. Il regarde enfin pourquoi il est tombé.

A ses pieds, une jeune fille. Une jeune fille endormie. Le sommeil, dont il ne se souvient pas, elle le vit maintenant. Là. Au present. Le sommeil, cet état entre la mort et la non-vie.

Il devrait la laisser là. Elle ne le concerne pas. Elle appartient à un monde qu’il ne connait pas – comme la mort. Elle appartient au dehors – elle en a l’aura. Elle appartient à la haute – elle en a les habits. Des habits salis par la poussière. Des habits de facture connue. Il connait cette façon de couper les tissus. De soigner les coutures. De choisir les minuscule boutons qui ne servent à rien mais qu’on coud quand même pour faire joli.

Il connait. Elle dort. Il devrait la laisser. Il doit fuir. Il doit vivre.

Elle n’est qu’endormie. Il ne connait pas son sommeil. Il connait ses vêtements.

Il veut fuir vers l’extérieur. Elle en vient.

Alors peut-êrte que…

Il la prend dans ses bras. Il ne sait pas quoi en faire. Il la prend dans ses bras et il regarde autour de lui. Les gens gris le regardent.

- Quoi? Qu’il demande.
- Rien. Qu’ils répondent.

Evidemment, rien. Les gens qu’on ne sait pas qualifier, les gens qui n’existent pas vraiment, sont souvent ‘rien’.

Blue la serre dans ses bras. Il devrait la laisser tomber. Il ne pourrait pas fuir avec un poids dans les bras. Il devrait fuir sans elle. Sans son sommeil à elle. Sans son monde à elle. Son monde qu’il connait. Qu’il a connu.

Peut-on fuir le connu en même temps qu’on fuit un monde qu’on connait à peine?

Il continue à marcher entre les gens qu’il ne peut pas qualifier. Qui n’existent pas.

L’un deux se penche sur la fille.

- Elle est jolie.
- Oui. Pourquoi tu dis ça?
- Pour rien, j’aime bien dire le joli.
- Ok, je le retiendrai. Maintenant, laisse-moi.

Ce gen-là qu’il ne connait pas. Maintenant, il peut le qualifier. C’est le type qui aime dire le joli. Maintenant, est-ce qu’il existe pour Blue?

Blue se retourne. Toujours la fille dans ses bras. Il voit le dos de l’homme qui aime dire le joli.

Oui, maintenant l’homme qui aime dire le joli existe pour Blue.

Blue reprend sa marche, avec la fille dont il connait le monde dans ses bras. Tous ces gens… ils existeraient pour Blue s’il pouvait les qualifier. S’il leur parlait. Tous ces gens n’existent pas maintenant. Et demain?

Il entre dans sa chamber. Dépose la fille sur le lit. Il la regarde. Elle existe pour lui parce qu’il connait son monde. Rien que ça. Parce qu’elle porte des vêtements qui lui rappellent les familles des Blue et des Lace. Mais elle, comment la qualifier?

L’autre lui a dit qu’elle était jolie. Elle est jolie. C’est vrai.

Est-ce qu’elle vaut la peine d’être qualifiée? Il ne sait pas. Est-ce qu’elle vaut la peind ‘exister? Il ne sait pas.

Il s’assied sur un tabouret, à ses côtés.

Elle n’existe pas… Elle pourrait. Elle est non vivante, elle pourrait être vivante. Pour lui.

Est-ce qu’on vit et qu’on non-vit juste parce qu’on peut être qualifié par quelqu’un?
Et lui, comment les autres le qualifient?

Blue attend sur le tabouret. Il en a marre. Déjà. Il n’est pas patient, Blue. Il n’est même plus tout à fait humain.

Il secoue la fille.

- Hey, reveille-toi. T’es pas morte, au moins?

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Re: La vie, la mort, la fille [PV Violet]

Message par Violet Lace le Mer 15 Juil - 16:29

Sa fuite s'est achevée auprès du Crystal. La distraction qu'il lui offre efface les larmes qui ont envahi ses joues rebondies. Des danseurs enlacés l'envoutent. Ils tournoient dans une langueur séductrice. Chaque geste possède une signification. Chaque caresse cache des mots d'amour. L'intruse admire. Sa vue se trouble par moment, jusqu'à ce que sa respiration ne se fasse plus forte et qu'elle ravale amèrement ses pleurs. C'est beau. Ce n'est pas une danse qui attire les larmes. Elle ressemble plus à un appel à l'amour, une solitude qui embrase ses deux êtres. Ils n'ont que l'un et l'autre. Le monde autour d'eux n'existe plus.

Violet se sent seule face à eux.
Son monde à elle s'est effondré.
Pourquoi ne lui a-on rien dit ? N'est-elle pas assez mûre aux yeux de ses parents, vrais comme faux ? Ou bien comptent-ils lui masquer la vérité jusqu'à leur mort ?

Ses lèvres se pincent. Ses mains se crispent en une poigne ferme mais tremblante. La trahison lui lacère le cœur. Les émotions l'envahissent plus puissamment que jamais. Son père... Il s'est montré si tendre avec elle. Parfois brusque et maladroit aussi. Il l'a puni tant de fois mais elle le méritait. Elle le sait. Violet est une peste qui s'assume.

La musique s'arrête.
Les danseurs se séparent.

La jeune Lace les regarde s'éloigner l'un de l'autre sans plus un regard. Leur romance s'est achevée avec la dernière note. Si tragique... Etait-ce ce qu'il s'était passé entre son véritable père et sa mère ? Une histoire courte mais intense qui a laissé comme trace une enfant. L'idée lui plait d'une certaine façon. C'est rassurant. C'est beau. Ca pourrait être bien pire et elle le sait mais refuse d'y penser. Elle n'est pas une erreur. C'est trop lourd à porter. Elle est un présent, un souvenir vif d'une passion brûlante.

Un mince sourire s'étire sur ses lèvres à cette pensée.
La salle se vide progressivement et elle fixe le rideau clos.
Le silence envahit les lieux et la plonge dans un calme apaisant.
Ses paupières s'affaissent. La fatigue commence à s'emparer de son corps.

Combien de temps est-elle restée ici à admirer les différents spectacles qui se déroulaient au sein du palace ? Que ça soit en secondes, minutes ou heures, l'adolescente n'en sait foutre rien. Mais ça ne l'intéresse pas.

La fatigue rend son corps lourd. Sa tête dodeline un peu. Son poing se desserre.

Puis un sursaut.
La nouvelle est trop fraiche. Trop brutale pour la laisser en paix si tôt.
Ses yeux se brouillent encore une fois. Son visage s'effondre dans ses mains et les sanglots reprennent.

Non. Non. NON !

Comment peut-elle accepter ça si facilement ?! Ils lui ont menti ! Tout ce temps ! Toute son existence repose sur un mensonge. Elle ne sait plus qui elle est, d'où elle vient. La panique la gagne, la renverse avec violence. Sa respiration se saccade tandis que les larmes perles au bord de ses lèvres, chutant sur ses genoux cachés sous le tissu de sa robe. Une si belle robe. Son père lui a offert. Son faux père. Ce menteur !

Un râle de rage s'échappe de sa gorge.
D'un seul coup, elle quitte sa chaise pour se redresser et tirer sur le tissu si soyeux et doux.
Il la brûle. Elle veut s'en débarrasser !
Mais à peine ses doigts l'effleurent qu'elle pleure de plus belle.

La robe est magnifique. Un chef d'œuvre rien que pour sa petite personne. Elle revoit le regard tendre qu'il portait lorsqu'il lui avait remis. Comment déchirer un souvenir pareil ? Cet apparat la rendait splendide. Les regards se posaient sur elle avec ravissement lors de cette soirée pas encore maudite. Tant de compliments... Elle s'en était enorgueillie fièrement.

Ses iris sombres se posent à cet instant sur un miroir qui trône contre le mur. A-t-il toujours été ici ou se joue-t-on de ses malheurs ? Elle ne sait mais le reflet qu'il lui renvoie la choque. La demoiselle de bonne famille qui souriait avec politesse, dévoilant un port de tête haut, un corps svelte et des cheveux remontés en un chignon charmant dont quelques mèches s'échappaient pour tomber le long de ses joues, était partie. Tout cela, envolé. Maintenant, elle se tenait les yeux rougis, le maquillage effacé et coulé par endroit, les lèvres plissées de tristesse et de colère. Ses cheveux ont perdu leur forme, la moitié tombe sauvagement, l'autre tient encore à un fil dans un chignon massacré. Sa silhouette semble plus empâtée. Ses épaules se sont recroquevillées, sa colonne courbée, ses genoux cherchent à se toucher, ses bras se croisent sur son buste maladroitement. Elle semble abattue.

Un sentiment de honte traverse ce regard échangé avec elle-même. Elle finit par détourner les yeux. Sa mâchoire se crispe. Ce n'est pas elle. Impossible. Elle s'empare d'une chaise pour la lancer dans ce miroir maudit mais c'est trop tard. L'objet lancé frappe le mur sans grande force. Un mur dénudé de cadre.

La disparation l'effraye.
La solitude qui règne dans la salle aussi.

Violet Lace recule. Un pas, deux pas. Elle s'éloigne vers la porte, finissant par faire demi-tour pour courir jusqu'à perdre haleine dans ces couloirs hantés. Ses épaules se heurtent à des visiteurs sans qu'elle ne s'en préoccupe. C'est à peine si elle les entend râler. Sa course l'entraine plus profond encore dans le palace. L'épuisement s'accapare son corps. Ses mouvements sont plus lourds. Elle trébuche. Elle se redresse. Elle trébuche encore. Elle ne se redresse pas. Cette fois, le sol a raison d'elle. Allongée sur un tapis, Violet ramène ses genoux contre sa jeune poitrine. La peur la maintient encore un peu éveillée mais la fatigue finit par vaincre et elle sombre dans un sommeil dénué de rêves.

------------

Son corps se retrouve secoué. Un grognement de mécontentement lui échappe. Une voix lui répond. Ou est-ce que la voix pose une question ? Elle n'entend qu'un vague écho. Elle ne veut pas se réveiller. Ses jambes sont lourdes. Sa cheville l'élance un peu. Si ses paupières demeurent closes, ses neurones s'agitent. Les souvenirs remontent brutalement à la surface et surtout, le lieu où elle se trouve.

Un élan de panique la saisit.
Ses yeux s'ouvrent soudainement et elle fixe l'homme qui se tient face à elle, la main posée sur son corps.
Qui est-ce ? Que veut-il ? Que fait-il ?
La gamine apeurée se redresse vivement et recule contre le mur sans quitter le lit. Un geignement lui échappe pourtant. Pourquoi sa cheville la fait tant souffrir ? Mais plus tard. Pour l'instant, ses pupilles restent rivées sur l'inconnu.

"Qui êtes-vous ? Qu'est-ce que vous me voulez ?! Je suis où là ?!"

Sa voix s'envole un peu dans les aigus tandis que sa dernière question s'accompagne d'un rapide balayage de la pièce pour s'assurer de réellement ignorer l'existence de ce lieu. Ses yeux reviennent rapidement sur l'homme. Avec intensité, elle le dévisage. Il a l'air vieux. Pour Violet en tout cas. Il ne lui inspire pas confiance. Il la scrute autant qu'elle ne le scrute. Ca la met mal à l'aise. Ca ne lui plait pas. Elle se sent piégée. Sa cheville est douloureuse. Lentement, sans le quitter du regard, elle palpe son articulation blessée. Une grimace déforme ses traits et le temps de quelques secondes, la jeune fille se détourne de l'homme pour comprendre ce qu'il lui arrive.

Un gonflement se dévoile à ses doigts. Une légère coloration bleuâtre s'y dessine. Elle n'ose plus la bouger. La chute lui revient en mémoire et elle fixe de nouveau l'artiste.

"Faites quelque chose ! Vous avez bien de la glace non ?!"

Tyrannique. Violet masque ainsi son malaise et sa peur. Elle refuse de montrer sa faiblesse. Pas à un étranger.

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