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Reflets dissonnants [PV Alice]

Message par Ofelia le Dim 29 Mar - 21:52

Une brume épaisse. Des cris. Qui proviennent de sa bouche. De la bouche d'un autre. L'impression de chuter. Une main qui s'accroche, la sienne ?, sur la terre meuble et prête à céder. Mais elle doit remonter. Pour elle. Ce petit visage rond qui la regarde suppliante.

Ofelia s'éveille, tandis que sa respiration se calme. Elle sent les gouttes froides de la sueur rendre moite sa peau. Elle passe sa main délicate sur son front, dans ses cheveux, pour être sure d'être sorti de ce cauchemar. Déjà les bribes s'éloignent. La muse se lève alors, mélancolique et se mire dans le reflet. Toujours rien. Rien que le présent. Alors elle suit son impulsion, qui lui vient du Crystal et de sa propre volonté. Où ne fait-elle plus la différence ? Existe t-il encore une frontière entre elle et le Crystal, entre son esprit et le cœur du bâtiment ? Toujours est-il qu'elle enfile une robe d'un pourpre mystérieux, lilas par endroit. Elle noue ses cheveux négligemment, mais comme toujours, la beauté émane d'elle, au naturel. Elle quitte sa chambre tel un spectre, transparente, légère, sans bruit. Sans vie. Elle glisse jusqu'à l'atelier, où ses condisciples œuvrent, absorbés dans leurs tableaux et leurs sculptures. Certains sont peut-être là depuis des heures, des jours au vu de leurs cernes. Elle voudrait leur chuchoter d'aller se reposer, comme une mère, comme une grande sœur... Elle s'approche de l'un deux, au bord des larmes, bloqués dans son inspiration. Il la regarde, s'imprègne de son âme, de son art, et repart de plus belle, concentrés comme jamais. La fatigue a presque disparu de ses traits, remplacés par la création à l'état pur. Le Crystal pourrait mener les artistes à la mort à travers elle. A chaque fois, ils redeviennent inspirés à son contact, à sa vue. Ils n'ont plus le sens des réalités.

Elle s'installe devant une toile vide et prend un crayon. Elle fixe la toile mais rien ne vient. Elle espérait exorciser ce qui la trouble, elle espérait se rappeler de son cauchemar, mais elle ne peut que constater le vide. Ofelia voudrait hurler. Pourtant, aucun son ne franchit ses lèvres. On la regarde, on l'observe. Malgré l'impassibilité de son visage, les étrangers et les artistes sentent ses émotions ou projettent les leurs. Et de nouveau le frémissement des pinceaux sur la toile. De nouveau, le bruit sourd des marteaux et des burins sur le marbre. Elle sent presque dans sa chair le mouvement des mirettes et des scalpels sur l'argile. Les visiteurs parlent à voix basse mais elle sent leur admiration pour les oeuvres qui se créent. Et elle se sent seule. Elle a besoin d'une compagnie aujourd'hui, qui se préoccupe d'elle. Une personne qui pourrait lui servir de renouveau à son inspiration.

Elle observe autour d'elle. Mais bien que de nombreux regards lui soient jetés de manière fixe ou furtive, tous la transpercent, aucun ne la voit vraiment. Il n'y a que la Muse et l'Art pour eux. La rousse flamboyante jette un dernier regard. Là, au pas de la porte, une jeune fille brune. Ses yeux sont évocateurs d'un autre monde. Cette inconnue lui semble vaguement familière, comme un rêve. Ofelia parvient jusqu'à elle, se frayant un chemin au milieu des autres âmes qui peuplent l'atelier.


"Pardonnez mon audace. J'ai l'impression de vous connaître. Vous venez souvent au Crystal Palace ? Puis-je vous prendre comme modèle ? Vous, parmi tous les autres personnes errantes, vous m'inspirez en cette journée. Vos yeux..."


Ofelia caresse doucement la joue de la jeune fille, fascinés par ses yeux, aux milles émotions. L'artiste pourrait se rendre compte de son impudence, mais l'art transcende la politesse, les manières. Elle est déjà happée par le monde qui s'ouvre à elle. La peau douce et parfaite du visage se colore d'un marron similaire à celui de la terre au contact de la Muse. Elle effleure les cheveux de la femme-adolescente qui se tient devant elle, tandis que de somptueuses nuances de verts parsèment le brun de sa chevelure. La muse sort de sa contemplation et regarde étonnée son simulacre d'oeuvre. Elle efface doucement les couleurs d'un geste.

"Pardonnez-moi, je me suis laissée emporter. Vous m'apparaissiez comme une force de la nature en pleine croissance, libre, déterminée à vivre, solide. Acceptez-vous ma proposition ? Je vous promets de peindre sur une toile, cette fois."

Un sourire s'esquisse au coin de sa bouche. Presque rien. Mais cela ne lui était pas arrivée depuis longtemps. Son visage semble toujours si immobile et en même temps envahi d'émotions...

"Je me nomme Ofelia, et je suis la Muse des Arts de la Main."

Elle attend patiemment la réponse de la jeune étrangère, mais l'invite corporellement à l'accompagner non loin de l'atelier bondé. Ofelia veut que ce moment soit intime. Juste elle, l'inconnue et le Crystal, qui toujours plane en elle.

"Je ne sais pas encore ce qui va sortir de cette création. Cela pourra être abstrait ou concret, représentatif de votre être, du mien, du Crystal, d'un concept ou d'un mélange de tout cela."


La muse pose son pinceau, vide de peinture, sur la toile blanche. Elle regarde la jeune femme et ne peut s'empêcher de laisser couler les mots hors de son esprit. Elle est toujours vérité.

"Pourquoi venez-vous ici, si ce n'est pas indiscret ? Je sens en vous une grande solitude... Vous ne devriez pas venir ici. Le Crystal peut piéger votre être à jamais. Croyez-moi."

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Ofelia
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