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Dans le secret se cachent les Muses [Alcandre]

Message par Swann le Mar 6 Jan - 14:47

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La Muse est tapie dans l’ombre de la Grande Salle. Enfant craintive qui fuit la colère d’un père trop brutal. Enfant curieuse, cachée sous une table, qui espionne les conversations de grands. Enfant joueuse, le coeur battant, qui écoute le décompte en se demandant si il la trouvera. Femme jalouse qui espionne un amant infidèle. Femme inquiète qui observe son petit bijou, sa raison de vivre, confiée pour un temps aux bons soins d’une nourrice. La Muse est tout cela, et plus encore.

Swann a entendu les rumeurs. Elle a surpris les regards apeurés des acteurs et écouté les silences lourds de sens qui résonnent lorsqu’Il entre quelque part. Pourtant elle a maintes fois admiré les pièces jouées avec talent et passion. Les dialogues aussi lyriques qu’épurés, et les mises en scène osées autant que respectueuses de l’oeuvre. Elle a ri, pleuré, souffert avec ces personnages sortis de rien et pourtant si réels. Et elle a applaudi, à s’en blesser les mains. Comme tous elle s’est levée pour saluer le talent du Maître. Et par moment ce n’est pas Sa touche qu’elle a senti à travers les scènes qui se jouaient sous ses yeux. Ce n’est pas la main d’Alcandre qui a créé cette mère aimante sacrifiant sa vie pour ses enfants, et sacrifiant ses enfants pour le salut de leur âme. C’est Elle. Swann ne sait pas qui Elle est. Ou plutôt elle ne sait plus. Est-ce qu’elle a été, est-ce qu’elle n’est qu’un rêve, une illusion ? Est-ce une âme de demain, une chimère qui pourrait s’évanouir dans le cimetière des possibles d’hier ? Swann n’en sait rien. Pourtant elle sait qu’Elle est quelqu’un. Elle voit parfois un visage, parfois elle entend une voix, lorsque dans la Grande Salle, parmi les spectateurs, l’univers d’Alcandre vient envahir leur imagination.

Mais ce qu’elle est venue voir aujourd’hui, dissimulée comme une fugitive, derrière les sièges vides de la Grande Salle de spectacle du Crystal Palace, c’est l’envers du décor. La face cachée de ce monde de masques, de jeux, de maquillage. Les secrets de la Muse des Arts de la scène et de ses marionnettes. Elle veut voir, savoir, et comprendre. Les comprendre, eux, les artistes dont la santé menace chaque jour de céder, comme la flamme d’une bougie qui vacille au moindre courant d’air. Le comprendre lui, leur Muse. Mystérieux, sombre, effrayant, et pourtant fascinant. La comprendre, elle, celle qui parfois vient réveiller dans le coeur de Swann une douleur et une douceur mêlées qu’elle ne parvient jamais à identifier clairement.

Le petit coeur palpite et bondit tandis que sous ses yeux la scène prend vie. En silence elle suit allées et venues. Et lorsqu’enfin Il entre, lorsque le silence se fait, froid comme la glace, religieux, tendu, plus un souffle ne s’échappe de la bouche de Swann. Plus un muscle ne tressaille. Seuls ses yeux, témoins invisible de ce qui se déroule sur la scène, vont et viennent au rythme des pantins sur la scène.

Immobile, fasciné, le Cygne oublie où il est. Elle oublie le danger, elle oublie le secret. Les muscles sous sa peau ne sont pas entraînés à un calme si intense, et sournoisement ils s’éveillent. Ils picotent et appellent. Alors que les yeux dansent au rythme du jeu des acteurs, une aile s’élève, s’étend, et s’étire. Peau contre métal. Peur. Douleur. Surprise, surtout. Un petit cri s’échappe d’entre les lèvres de Swann. Un presque rien, à peine un son, vraiment. Et pourtant elle le sait. Il a entendu. Immobile, effrayée, la Reine oublie qui elle est.

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Re: Dans le secret se cachent les Muses [Alcandre]

Message par Alcandre le Mar 6 Jan - 19:20

Par-delà les confins d'une infinie séquence, s'étend un espace tragique. La toile demeure sombre, avide et cruelle, parfois hiératique. L'émotion froide et désœuvrée guide la main de son chef d'orchestre. Elle n'est que chimère et pourtant, dans les regards sont celés de sinistres mythes ; le reflet opalin d'un envoûtement, un sonnet souverain qui se déverse sur les visages et y appose son éblouissante clarté. Les corps se déploient, les expressions dansent...
L'esprit perçoit l'étau des sensations, piégé dans la mystification, le simulacre d'un pâle enchantement. Les artistes peignent de leurs doigts ensanglantés l'édifice des impressions. L'ivresse de l'éphémère est une eucharistie ; une douloureuse et ténébreuse dissension derrière les voiles du Sublime. De leur évanescente dissipation, la synesthésie vient adjoindre mire et pavillon créant au cœur sensible de tendres perversions. Pourtant... Si elle demeure mirage au regard des Profanes, Alcandre, lui, saisit ses ombres. Des éclipses entachent la précellence, lacérant inlassablement sa patience.
L'énigme dérobée d'un silence, bientôt remplacé par la transe ; le paroxysme d'un déchaînement, un cataclysme sans précédent. Les flots qui se déversent sont tels des flammes célestes, emportés, fougueux, grandioses et brûlants : Alcandre est au cœur de cette scène, son corps invisible piégé dans un autre temps, une autre place, mais ici bien vivant. Son objet s'anime, se laisse pousser à son ultime extrême, son être damné répondant aux ordres, ses yeux emplis d'une substance perdue... Les acteurs savent, perçoivent, puis entendent ce brutal appel, immodéré et perçant. La principale n'est plus qu'un spectre, guidé par son Dieu...
Émulés, galvanisés de frayeur et de volonté pour ne point choir à nouveau, tous extirpent de leurs cadavres désarticulés leurs viscères suintantes, expulsent les sentiments de jadis et donnent naissance à l'immaculé comme au plus sordide. Ils répudient leur confusion, leur pudeur et ravissent l'âme du témoin ; lui qui exerce sur eux l'obédience acquise, exquise.

Néanmoins, la possession se dissipe alors que résonne un léger tintement, puis un soupir fuyant. Le masque se tourne, lentement. Immuable, la haute forme ne meut que son visage, dissimulé sous le poids de traits indifférents. D'une expression inaccessible qui ne laisse apercevoir que l'onyx rayonnant.
Ire. C'est aujourd'hui son nom.
De l'un, pur et de l'autre, obscur, le contraste paraît saisissant... Le tableau qui se dessine dans un lourd mutisme est gravé dans les affres exhalés du Temps. Il s'estompera comme tant d'autres avant lui, dans cette scène périssable et précaire, fragile. Le tourment qui les anime alors est bien différent. La Muse, la Reine... Celle qui vole sur les lames graciles, délicate. Sous le persona, n'est aucun sourire ni même allégorie inutile. Une dernière attention à ses tristes sires, ses pauvres mimes, la funèbre silhouette se tourne avec indolence, sans un bruit. Les Muses, celles qui gouvernent le céleste. Les Muses... Celles qui inspirent et teintent de Divin le corps sépulcral de Gaïa, qui font luire le cristal et rayonner d'ardeur les plus ternes éclats...

Un bras se redresse avec nonchalance, il se veut engageant. Les carpes sont tendues délicatement, presque désireuses de frôler, cuir contre peau, ce cygne blanc. Dans cette inquiétante convocation, des mots bruissent, une douloureuse litanie.

« L'intérêt pour l'inaccessible ternit votre lignage, Muse... Les secrets de ces lames ne sont point amènes aux ignorants. Venez donc vous délecter de l'occulte, de ces impies liturgies. »

Et derrière la diatribe, l'acte prend fin.

Les parures écarlates s'éclusent, rendant alors la splendeur des clameurs, mirifiques au loin. Le membre retombe, solennellement et voit ses fantômes disparaître dans les abysses de ces mornes coulisses. Les Sibylles guident alors le marmoire plus près d'elle, fébrile et alarmée avant de déposer des phalanges languides et noires sur l'orle d'un visage d'albâtre.

« Je n'adule pas plus que je ne félicite. Si votre sentiment n'est pas exigé, transmettez-le à mes sujets. »

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Re: Dans le secret se cachent les Muses [Alcandre]

Message par Swann le Mer 28 Jan - 20:38

Sur la scène, lentement, se tourne le masque. Derrière le siège, immobile, se pétrifie l’intrus. Un peur irraisonnée, une inquiétude injustifiée. Les rumeurs qui circulent et s’infiltrent entre les pierres du Crystal sont tantôt cruelles, parfois bien réelles. Même pour une Reine il est impossible de les comprendre sans hésiter, de les croire sans sourciller, ou de les ignorer sans regretter. Nul ne peut les ignorer, les rejeter sans être rongé par cette curiosité aliénante et dévorante. Surtout pas Swann. C’est pourquoi elle est là, tapie dans l’ombre. C’est pourquoi dans son cœur un frisson glacé vient agiter le sang pur de la Muse tandis qu’à travers le voile de plâtre les yeux se posent sur l’enfant.

Pourtant le courroux de la muse ne se déchaîne point sur celle qui a troublé sa transe. L’enfant lève les yeux, les plumes viennent se poser dans cette main tendue, et c’est la Reine qui se lève et se dresse face à celui qui l’y invite. Elle a oublié sa peur, et répond d’un sourire à l’invitation de la Muse des planches de ce théâtre.

- Je suis curieuse que voulez vous. Malgré les années passées en ces lieux, je trouve toujours quelque chose pour attirer ma curiosité. J’espère que je ne vous importune pas. Je ne voulais pas vous interrompre, seulement profiter un peu de ce que vous arrivez à faire créer à vos artistes. »

Les yeux de la danseuse se perdent dans l’immensité des possibles qui se dévoile sur la scène. Elle admire le talent de ceux qui font vivre tant de personnages en quelques élans de voix et mouvements de corps. Lorsque se termine la pièce, et que se ferme le rideau, les mains de Swann s’entrechoquent sans qu’elle ne l’ait même choisi. Son visage exprime sa satisfaction et son amusement enfantin. Et même si cette représentation n’était vouée qu’à être vécue et non vue, elle est parfaite à ses yeux. Et le cygne blanc est ravie d’en avoir été le témoin.

- Je n’oserai pas me mettre en porte-à-faux de vos méthodes, cher collègue. Je n’irai pas les féliciter, puisque vous ne le faites pas. Je suis sure qu’ils n’ont pas besoin de m’entendre le dire pour savoir que je suis ébahie par leur talent.

Une légère hésitation vient troubler la tirade de Swann, et une question vient se déposer sur ses lèvres.

- Et vous ? Etes vous satisfait de vos artistes ?

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Re: Dans le secret se cachent les Muses [Alcandre]

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