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Utopie cristalline (Swann)

Message par Matthew Freeman le Mer 10 Déc - 20:34

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Le Chiffre


Trois milliards. Chiffre brut, coup de massue inattendue, les regards sont flous, n’ont pas encore assimilé la nouvelle. Lentement, les yeux s’arrondissent, les lèvres se fendent, une méchante fièvre gagne l’assistance. Trois milliards ?! Soudain, c’est l’explosion, l’éruption, une nouvelle définition ! Toute mesure se perd, les cols blancs d’ordinaire si serrés se déchainent, les embrassades ne tardent pas, les congratulations, les larmes, les rires, les poignées de main. Le Conseil de Direction d’Utopia Indutries vient juste d’apprendre la nouvelle par son PDG, Matthew Freeman : un contrat de trois milliards de dollars a été signé avec le géant BioTech Corporation. TROIS milliards !

L’infection se repend à travers la salle telle une vague indomptable. Une maladie très commune au sein de la City, une maladie qui porte le nom d’Avidité. Ah qu’ils sont beaux ces directeurs, ces comptables, ces secrétaires, ces responsables ! Ah qu’ils sont sots ! Chacun ne voit pas plus loin que ce simple chiffre : 3. Suivi du plus de zéros possible ! Quelle tristesse, quelle perte, quel manque d’imagination. Ce chiffre n’est pas une somme d’argent, oh que non ! Double courbe tournée vers la gauche, il est un « w » ayant voulu se redresser et à force de manger, s’en est trouvé arrondi et potelé. Il est un « 8 » coupé au couteau ou ce « 9 » inachevé. Qui saurait dire ? Non, il est cette femme allongée dont la poitrine s’offre à nous pour que nous y perdions notre âme.

Trois milliards… Les autres y voient leur porte-monnaie bourré d’argent. Matthew Freeman y voit une évolution ! Sa fortune personnelle lui importe peu, tout autant que le compte en banque de son entreprise. Qu’est-ce que l’argent, sinon un outil ? Et cet argent vient gonfler cette arme qu’est Utopia. Ainsi, le bébé de Matthew grandit, tel un Charybdes insatiable, un monstre dont l’appétit ne connait pas de fin. Il s’épanouit, se développe, fœtus dont le potentiel ne demande qu’à exploser. Car quand Utopia sera pleinement mûr, la famille Lux pourra enfin trembler et ce tremblement la fera trébucher de son piédestal de verre.

Matthew ne peut s’empêcher de sourire à cette idée. Ce nouveau contrat est une opportunité supplémentaire d’atteindre ses objectifs et son ambition ne s’en retrouve que raffermie ! Les applaudissements fusent, les rires perforent ses tympans, l’avidité des gens lui donnent la nausée. Vautours voraces, carnassiers sans volonté, vous n’êtes que des pions, mais vous l’acceptez, vous courbez l’échine et vous souriez, car alors, vous avez une place et vous en êtes reconnaissant. Afin de briser cette cérémonie des plus ennuyeuses, Matthew invite tout son comité de Direction au Crystal Palace pour fêter l’événement, tous frais payés ! Les réactions sont mitigées : enthousiasme, impatience, malaise, peur…




Nœud papillon ou cravate ?


A nouveau un choix, à nouveau une impasse. Il est beaucoup plus difficile de choisir la façon de s’habiller que de diriger des Hommes… Ces derniers sont bêtes et obéissent. Les vêtements n’en font qu’à leur tête : le haut veut s’accorder avec le bas et rien ne leur fera changer d’habit, euh d’avis. Les souliers exigent les mêmes tons que le blouson, mais doivent se différencier du pantalon. La barbe fait plus viril et excite les femmes, mais les pique et les gratte quand on s’approche un peu trop près. Dilemme sur dilemme, il faut choisir, s’accommoder avec la mode… Le tailleur est là depuis une heure déjà et impossible de trouver l’ensemble idéal pour cette soirée. Le Crystal Palace… Matthew ne lésine jamais sur son habillement quand il s’agit du Crystal. Le lieu où l’être et le paraître se confondent, où les masques se portent et pourtant, où l’âme est mise à nue.

Enfin ! Le voici ! Le parfait compagnon de soirée : ensemble trois pièces, chemise tissée finement, col décoré au fil et avec le plus grand goût, boutons de nacre blanche cerclés d’argent, coupe svelte et sportive. Veston sombre anthracite, légers reflets bleu abyssal, épaulettes discrètes. Pantalon suivant harmonieusement la courbe des cuisses pour abandonner la ligne du corps à mesure qu’on se rapproche des souliers. Ces derniers sont de toute beauté ! D’un bleu plus prononcé que le blouson, ils accrochent le regard et ancre le personnage au sol. Ni cravate, ni nœud, aspect décontracté de rigueur. Magnifique… Matthew ne supporte pas ces simplistes qui ne savent porter qu’un simple costard noir et blanc, chaussures trop cirées, un litre de gel dans les cheveux. Élégance ! Légèreté ! Changement ! Voici ce que doit être un habit, car l’habit se porte sur le corps et doit donc représenter le corps. Ces ensembles ternes et standards sont tristes et transmettent un tel sentiment de dépression… Mais enfin, tout est prêt. La fête peut enfin commencer.




Un Lumière dans la lumière


Crystal Palace ! Petit bijou de clarté et de fraicheur dans cette pollution bureaucratique et politique qu’est White City. Même avant d’entrer, vous pouvez ressentir cette excitation presque palpable qui enlace tout le quartier, cette fièvre mystérieuse que les murs du palace ne peuvent contenir et qui suinte à travers les rues. Le groupe d’Utopia marche en direction des grandes portes de verre. Les femmes du Conseil sont toutes plus belles les unes que les autres et chacune veut attirer l’attention à elle. Les hommes leur tournent déjà autour, mais la retenue professionnelle fait encore son œuvre. Dans une heure, il n’en sera rien. Les barrières auront cédées, les limites n’existeront plus que dans un passé relativement flou et le Crystal sera là. Matthew rayonne de bonheur et de joie. Son rire sonore et contagieux se répercute à travers les ruelles étroites.

Enfin l’entrée principale, tapis rouge, lumières tamisées, portiers. Quand ceux-ci reconnaissent le PDG d’Utopia, un léger son de cloche retentit. Matthew connait bien cette douce musique : elle est l’avertissement de l’arrivée d’invités de marque et l’homme d’affaire est connu et réputé au sein du Crystal Palace. Les nouveaux arrivants dépassent sans problème la longue file d’attente composée d’envieux qui ne pourront certainement pas accéder au saint des saints. A peine entré, l’atmosphère se métamorphose ! Tous les sens sont pleinement éveillés et l’esprit ne sait plus sur quelle merveille se focaliser tant de choses sont à faire et à voir. Spectacles, musiciens, magiciens, conteurs, danseurs, cracheurs de flammes, voleurs, une véritable foire de couleurs et de mélodies s’éveille et nous émerveille. Des serviteurs prennent les manteaux et les sacs et Matthew, tout sourire et tout rire, inaugure la première bouteille de champagne. Le bouchon saute, les cris hystériques résonnent, les flutes chantent et débordent.

Les artistes apparaissent et disparaissent de manière à priori anarchique, mais le tout est programmé et organisé selon un mouvement parfaitement synchronisé. Les professionnels emmènent le groupe à l’intérieur, les hommes et les femmes se laissent entraînés dans cette folle ronde. Le Comité est séparé, puis reformé à l’occasion au fil des couloirs et des escaliers sans fin. Très vite, on se perd, mais on ne s’en inquiète pas. On trinque, on boit, on rit. La musique est omniprésente, l’ambiance est plus que festive, elle a atteint un nouveau stade. Les lumières chatoient, clignotent et se répondent. Matthew se laisse porter par cette transe inhumaine et pourtant, dès l’instant où il a posé le pied dans ce lieu de magie, il est sur ses gardes. Dur exercice que de se laisser aller et profiter, tout en ne se laissant pas capturer. Il s’agit d’une danse, d’une danse sans fin avec un ennemi invisible, imaginaire. Ne pas se laisser attraper, virevolter, s’envoler, toujours rester en mouvement. Mais le mouvement est justement le piège ici ! La synchronisation de l’âme et du corps est parfaite, mais cela impose un rythme et donc une privation de liberté, un lien, une entrave !

Ahahah Johnson se fait jeté par la jeune Trevis là-bas. Il faut dire qu’il s’y prend mal depuis le début à force de la coller comme ça… Le groupe se réunit enfin dans la grande salle et trouve une table assez grande pour accueillir les dix membres. Deuxième bouteille ouverte, le débit est bon et la soirée ne fait que commencer. Sur scène, deux artistes réalisent une toile de peinture absolument incroyable et à une vitesse époustouflante ! Matthew Freeman rit aux éclats et boit de bon cœur. Il a déjà oublié les trois milliards, ce nombre n’a pas d’importance. Seul importe l’instant présent !

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Matthew Freeman
PDG d’Utopia Industries


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Re: Utopie cristalline (Swann)

Message par Swann le Dim 14 Déc - 18:08

Excès, faste et luxe. Décadence, tentations et péché. Oubli, anonymat et déguisement. Telles sont les habituelles soirées du Crystal Palace. L’une des faces du Crystal. Opposée au calme du petit matin, différente de la douceur des après-midi dans les ateliers. Les faces du Crystal regorgent de secrets, de nuances et de scintillements. Même Swann ne les connaît pas toutes. Les a-t-elle connues, mais oubliées ? Ou bien reste-t-il après près de deux cent années à errer dans ces couloirs, des recoins qu’elle n’a jamais vu ?

Dorures et velours noir. Argenterie et satin rouge. La fête bat son plein, dans l’intimité d’une voûte ou le croisement d’un couloir. Les rires retentissent, et les soupirs se fondent dans le décor majestueux. Les artistes du Crystal donnent leur âme et leur corps pour satisfaire les chanceux qui ont réussi à entrer dans les lieux. Cet honneur n’est pas donné à n’importe qui. La réputation du Crystal et de ses artistes damnés n’est plus à faire. Leur qualité n’est plus à prouver.

Swann se glisse de salle en salle, se faufile d’ambiance tamisée en atmosphère électrique. Ici elle observe, admire le talent d’un magicien. Mensonge et dissimulation. Il montre les mains pour mieux cacher la nappe, montre les cartes pour mieux cacher le geste. Autour de lui se pressent ceux qui veulent percer son secret, ainsi que ceux aux yeux émerveillés qui ne cherchent qu’un peu de magie et d’étonnement dans ce monde où l’on cherche toujours à tout comprendre. Là c’est une artiste de cirque qui évolue dans un drapé blanc. Sur son corps des jeux d’ombre et de lumière la rendent mystérieuse. La Reine respire cette atmosphère si particulière, cette ambiance si légère, et pourtant lourde de secrets. Qui est cette femme qui s’abandonne dans les bras de cet homme en costume ? Qui est ce jeune homme, perdu dans la contemplation presque religieuse d’une artiste d’effeuillage ? Les artistes comme les spectateurs ont leurs secrets. Tous ils abandonnent un peu de leur vie en pénétrant ici. Tous ils laissent de côté leurs peurs, leurs inhibitions, pour se laisser pénétrer par le Crystal. La seule différence entre les habitants du Crystal et ses hôtes ? Les uns ont abandonné leur passé pour embrasser leur présent, les autres s’y accrochent encore, profitant de cette parenthèse, mais espérant laisser derrière eux ce moment d’égarement. Il n’y a qu’un pas entre les seconds et les premiers, un pas que certains franchiront peut-être ce soir.

Le Cygne nage au sein du Crystal. Ici elle offre un compliment, à ce visage si joliment maquillé, ou ce costume si finement brodé. Là elle donne un regard de jugement, à cet artiste qui se repose au bras d’une demoiselle plutôt que de donner le numéro qu’il avait prévu. La scène, vide, abandonnée, l’appelle. Swann ne peut se refuser à l’appel de son Art, et elle ne comprend pas ceux qui l’ignorent, par paresse, par fatigue ou par mutinerie volontaire. Elle ne les comprendra jamais. Et son Art l’appelle. Elle le sent s’infiltrer à travers le tissu de cette robe légère. Elle l’a choisie rouge, retenue en un noeud derrière son cou. Le tissu légèrement transparent recouvre son corps, laissant se deviner la jambe dans une fente élégante. Le dos est nu, et la chute des reins ondule à chaque pas de la danseuse. Ses cheveux sont libres, et retombent en boucles légères sur ces épaules. Ses pieds fins sont nus. Elle n’a pu se résoudre à porter des chaussures. Elle aime trop sa liberté de mouvement, ce contact avec le sol du Crystal Palace. Cette communication directe avec son Crystal.

A chaque pose de son regard sur l’un des artistes, elle boit une gorgée délicate d’inspiration. La position d’une main, le son d’un archet qui frotte une corde, le délicat trait d’un portrait au détour d’un couloir, ou encore l’expression de visage ou le tremblement d’une voix qui déclame une tirade. Toutes ces ambiances, toutes ces personnalités viennent alimenter son envie de créer. Lorsqu’elle entre dans la grande salle, ses muscles frémissent. Ses pas, d’ordinaire déjà légers et harmonieux, se font rythmés et élégants. Au centre de la scène sont installées des barres. Sur l’une d’elle une danseuse évolue. Swann s’est arrêtée, les battements de son coeur accrochés à ces mains posés avec force et délicatesse sur cette barre, à ce corps souple qui se joue de la gravité. Elle n’a qu’une envie, la rejoindre. Le regard de l’artiste se pose sur sa Muse. Un sourire vient éclairer son visage. Elle a lu l’envie. Elle sait. Elle se prépare à vivre un moment privilégié avec la Muse des Muses, la Reine du Crystal Palace.

Swann monte sur la scène, et vient se placer en son centre, entre les barres. L’autre atterrit et s’approche de la belle vêtue de rouge. Leurs regards se mélangent tandis que leurs mains se rencontrent. Soudain, alors que la musique vient rompre ce moment d’un changement de rythme, elles se séparent. Symétrie parfaite de deux corps animés d’un même Art. Quelques pas de danse, quelques jeux de scène. Deux coeurs qui battent au même rythme, deux respirations qui se synchronisent. Deux âmes qui se lient. La Muse offre son Art, la danseuse son savoir-faire. Les mains se posent sur les barres, et les deux danseuses s’élèvent et tournent, marchant sur l’air sans qu’il ne se déplace tant les gestes sont délicats. Le corps se replie et la rotation se fait plus rapide. Les pieds se reposent au sol et les deux danseuses se rejoignent de nouveau au centre. Swann fait face à la Salle ou des tables ont été installées. Elle regarde à peine son public. Ce n’est pas pour elle qu’elle crée, c’est pour lui. Le Crystal. L’autre vient se placer derrière elle tandis que le cygne élève ses ailes vers le ciel. Le tissu tombe et le corps que l’on devinait se dévoile soudain. Renaissance et liberté du mouvement.

La danse reprend. S’est-elle seulement interrompue ? Sur la barre, Swann semble voler. Les jambes s’enroulent et s’étendent. Les muscles se tendent et se contractent. Pure création. Improvisation totale. La Muse est artiste, l’artiste est muse. Elles ne sont plus qu’un corps, lié par la Magie du Crystal. Et ce corps est beau. Sublime. Divin. Il évolue dans l’espace comme si il n’avait aucune attache. L’effort ne se remarque pas tant le geste est gracieux. Art des corps et féminité exacerbée. La salle n’existe plus, ne reste que l’Art, et le Crystal qui s’en régale et s’en nourrit.

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