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Amours Grises [PV Silk]

Message par Sax Sparkling le Lun 10 Nov - 18:14

Flashback - il y a 6 ans.

On a attendu trop longtemps. Le métal s’est délité. Les alliages se sont dispersés.

Les chairs noircissent sous l’oxydation qui détruit les chairs artificielles. La peau se désagrège. Ne reste que les neurones sous-cutanés, en réseau brillant sur les muscles noirs, les os effrités.

Le corps gauche a lâché. Trahi.

Dans le petit salon, le salon au coton moiré, Sax s’est allongé dans le long sofa. Il ne mourra pas. Pas tout de suite. Son cœur de Béryllium ne le trahit pas si vite, lui. Le cœur d’Elizabeth, le seul organe qui lui vienne d’elle, tient bon, de toutes ses pulsations métalliques, quand le reste du corps gauche part en lambeaux. Sax le sait. La main sur le pectoral gauche, il écoute, à travers sa paume, les battements de son cœur apocryphe.

Il attend dans le sombre des tentures tirées. De longues tentures aériennes et épaisses comme un brouillard moussu. Le soleil de l’après-midi, à travers elle, ne dessine que des contours en nuances. Le salon et son occupant ressemblent à un tableau figé dans un lavis d’encres grises.

Il faut cacher, même aux habitants de la demeure Sparkling, la vue de ce corps en train de se désagréger. Pudeur d’un jeune homme qui a appris l’orgueil de l’aristocratie…

On frappe à la porte. Des coups timides.

- Entrez…

Sax a la voix lasse. Basse.

Son métal lui est douloureux. Sa douleur lui est épuisante. Et cela s’entend.

Achram entre.

Le vieux serviteur a les cheveux blancs. Une soie de neige qui poudre son crâne et dessine une barbe douce. La livrée des Sparkling impeccable. Gris foncé et des lisérés argentés.

Il avance doucement. Le tapis tissé dans de la laine d’agneau amortit ses pas.

Il se penche vers Sax. Il a le regard inquiet. Achram connait le fils de la famille depuis sa naissance. Il l’a connu enfant, en train de jouer avec la petite Elizabeth. Il l’a connu défiguré par l’accident. Alité par les opérations. Rendu muet par l’adolescence. Effondré par sa rencontre avec la forêt. Et, adulte, enfin, il l’a vu stable et rayonnant.
Alors ce semblant de pourrissement lui crève autant les yeux que le cœur.

- Monsieur, puis-je proposer d’avancer le renouvellement de vos métaux ?
- Non, c’est déjà prévu pour demain.
- Vos chairs…

Achram a soulevé la couverture qui recouvre le fils de son maître. A travers l’obscurité, il devine le visage mangé par l’oxydation et l’œil rougi par les vaisseaux sanguins meurtris. Achram est un ancien serviteur. Un fidèle. Il ne doit pas demander la permission pour regarder les plaies.

- Laisse… Dans vingt-quatre heures, ce sera tout.

Mais le jeune industriel ne rabat pas la couverture sur lui. Il sait le regard d’Achram plein d’attention et de compréhension, alors il laisse son vieux serviteur trainer son regard sur ses secrets.

Il soulève la tête pour le regarder. Sur le visage ridé, il lit l’anxiété et l’appréhension. Il repose sa tête sur le coussin, pour ne plus voir les sentiments si évidents d’Achram.

- C’est la première fois que les métaux se désagrègent plus vite que prévu. Il n’y a pas lieu de s’inquiéter.
- Madame aimerait peut-être être prévenue ?
- Silk… ?

Sax a soufflé le prénom en une question qui ne demande pas de réponse.

Silk… Son épouse. Sa cousine. La fille de son oncle et de sa tante. Ceux-là qui ont tant causé de tracas à ses parents. Silk, la fille de la branche principale des Sparkling, la branche de ceux qu’on considérait encore comme des ennemis de naissance il y a deux ans.

Silk. Son épouse. Sa légitime. La femme auquel on l’a uni. La femme qu’on a unie à lui. L’étrangère soudainement devenue compagne. Officiellement, la femme de sa vie. Officieusement… Une jeune fille que l’histoire familiale a enfermée dans une tour de verre. Loin des autres, loin de lui, au fond.

- Non, ne la préviens pas.
- Puis-je insister ? Non. Monsieur, j’insiste.

Cette fois, Sax s’est retourné plus vivement vers Achram. La voix d’Achram a pris des angles que Sax ne lui connaissait pas. Pas avec lui, en tout cas. Les yeux bleus du vieil homme jettent une dureté à laquelle il ne l’a pas habitué.

- Silk Sparkling est votre épouse.

Il n’a pas besoin d’ajouter d’autres mots. Sax n’a ni la force de lutter, ni l’envie de froisser l’âme loyale qui va à l’encontre de sa volonté pour la première fois de sa vie.

- D’accord. Préviens-la. Mais ne la presse pas malgré tout. Inutile de dramatiser la situation.
- Comme vous voudrez.

Inutile de dramatiser. Inutile de demander de l’aide. D’appeler au secours.

La porte se referme doucement derrière le serviteur parti chercher Madame.

Sax rabat la couverture sur lui.
Il ne sait pas s’il doit jurer ou soupirer.

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Re: Amours Grises [PV Silk]

Message par Silk Sparkling le Mar 11 Nov - 0:40

Silk soupire. Sur le coté, ses lèvres s'étirent. Une moue enfantine, guère méchante, juste ennuyée. Elle n'aime pas ce genre de séjour, elle n'aime pas devoir être loin de chez elle. Chez elle. Un concept bien singulier qui ne rentre par vraiment dans les clichés qu'on s'en fait. À défaut de savoir ce qu'elle aime, Silk sait ce qu'elle n'aime pas. Et elle n'aime pas ces devoirs de famille dont on l'incombe presque tous les mois. Assise dans l'un des grands fauteuils, accoudée sur le rebord interne de la fenêtre, une étoile de pollen blanche vient se poser dans un rayon de lumière. Silk sourit, approche son index et caresse du bout du doigt les branches presque imperceptibles. Elle s'est toujours demandée d'où venaient ces petites choses qui semblent exister à chaque saison. Elle aurait pu aller ouvrir une encyclopédie pour y trouver la réponse, mais elle a préféré s'imaginer une histoire. Peut être était-ce à cela que ressemblait un feu follet en plein jour ? Que la nuit, les petites branches blanches devenaient lumineuses pour guider les marcheurs au travers des bois.  

Du bout des doigts, Silk fait bouger l'air pour entraîner la petite boule dans une danse aérienne, s'amusant à lui donner plus ou moins de hauteur, comme un magicien joue avec ses sphères de verre. La petite fleur se distrait de cette vision légère, oubliant un instant qu'elle va devoir rejoindre la table pour prendre le repas avec ses parents. Ils trouvent toujours une raison pour lui faire passer quelques jours avec eux, ils doivent se présenter en famille unie, doivent rencontrer des clients et se présenter comme quelque chose qu'ils ne sont pas. Mais Silk est trop bien élevée pour manquer à ses devoirs. Alors, elle prend sur elle et prépare ses bagages pour quelques jours, quitte Sax et leur maison pour revenir dans son ancienne chambre d'enfant.  

Un grand déplacement d'air lui arrache la petite boule de pollen des doigts. Silk tente de la suivre des yeux, peinée de voir ainsi son amie partir aussi vite. Mère est sur le seuil de la porte du petit salon. Elle la regarde avec un haussement de sourcil, celui qui désapprouve les rêveries d'enfants.

"On mange..."

À contre cœur, Silk se lève pour aller rejoindre la salle à manger.  

Le repas, comme souvent, se déroule dans un demi silence. Père parle de son travail au conseil. Il parle, critique, crache sur les autres, tous ceux qui ne sont pas comme eux, dans une bonne situation. Ceux qui ont une autre vision du quotidien, ceux qui mangent sans se faire servir par des domestiques. Ceux qui tentent de s'émanciper des clichés. Ceux qui tentent de s'affirmer dans leur propre individualité. Silk écoute à demi. Ce genre de discours ne parvient pas à la dissuader de penser que c'est à cause de Père que Connor, son ami d'enfance, est mort. Et à chaque fois qu'elle a tenté d'apporter le sujet sur la table, cela finissait en cris inutiles. Jamais elle n'avait réussi à avancer dans ce genre de conversation, à obtenir ne serait-ce qu'un centième de réponse ou de compréhension. C'était comme vouloir se disputer avec un mur. Un mur plutôt agressif.  

"Dans dix jours, on organise un diner avec certains membres du conseil. J'espère que tu seras plus bavarde et sociable ma fille."

Le corps de la fleur se redresse, comme piqué au vif. C'est un mouvement discret mais qui résonne de toute sa puissance dans sa chair. Elle n'aime pas quand son père prend des décisions à sa place. Ce n'est pas une question, c'est un ordre qu'il formule là. Elle n'aime pas être prise pour acquise, qu'il décide où elle doit être dans dix jours et ce qu'elle est censé faire. Depuis qu'elle ne vit plus avec eux, elle essaie de se construire d'elle-même, d'assumer sa propre indépendance sans vraiment y parvenir. Silk bouge doucement sur sa chaise, hésite, boit une gorgée d'eau et, tandis qu'elle repose délicatement le verre sur la nappe d'un blanc trop pur, saisit son petit courage de ses deux mains trop fines.

-… Je ne sais pas si je pourrai être là.
- Comment ça ?!

Silk pince les lèvres. La réaction de Père ne se fait pas attendre, sans demi-mesure, immédiatement agressive et répressive. La jeune femme inspire profondément pour se donner du courage.

- Je ne sais pas si je suis disponible dans dix jours.
- Et que peux-tu bien faire d'autre ?
- Je dois m'occuper de la maison.  
- Tu as du personnel pour ça.  

Avant qu'elle n'ait pu dire quoi que ce soit, l'un des domestiques vient les interrompre par une petit toux polie. Téléphone pour Mademoiselle... pardon, Madame Silk. Elle se lève et quitte la pièce, se rend dans le couloir et saisit le combiné qu'on lui tend. Lorsqu'elle revient dans la salle à manger, la mère perçoit le changement d'attitude de sa fille.

- Et bien ?
- C'était Achram. Je dois rentrer.
- Et pourquoi donc ?
- Il y a un problème... avec Sax. Je n'en sais pas plus, je pense qu'il est malade.

Le visage de Père s'empourpre. Sa voix est bouillante, prête à exploser comme une vieille bouilloire.

- Et alors ? Votre domestique s'en occupe, tu n'as pas besoin d'être là-bas. Nous avons un rendez-vous tu as oublié ?!
- Je suis sa femme, j'ai des responsabilités envers lui.  
- Tu as plus de responsabilités envers nous qu'envers ton cousin! C'est idiot, en plus, tu ne l'aimes même pas !
- Et bien, il fallait peut être y penser avant de me marier à lui !  

Les mots sont sortis vite, comme le courant d'air qui a balayé la petite boule de pollen. Silk retient sa respiration, le temps de réaliser qu'elle vient bel et bien de prononcer cette phrase et sur ce ton. Elle sait que deux solutions s'offrent à elle, soit elle tient bon, soit, elle se trahit et se confond en excuses. Mais Silk est fatiguée de fuir. Elle s'épuise de faire semblant. Non, elle n'en peut plus de trahir ses propres sentiments. Elle ne voulait pas le faire ainsi, imposer sa volonté aussi brutalement mais c'est trop tard. Tenir ou abdiquer ? D'une brève inspiration, Silk quitte la salle à manger. Tenter de résister. Tenter de rester ferme sur ses positions. Elle a le droit, ce n'est plus une enfant. Père se met à tempêter dans son dos. Poings et dents serrées, elle s'échappe, demande au domestique qu'on lui apporte sa valise. Tandis qu'elle enfile son épais manteau crème et son béret de cachemire de même couleur, elle tremble. Tenir bon.  

Valise en main, son écharpe en laine trop grande nouée autour du cou, elle embrasse sa mère sous les reproches de son père. Elle ne l'écoute pas, dit au revoir, comme si elle prenait normalement congé à la fin de son séjour. Elle n'a pas à se justifier, elle tente de s'en persuader. Ils doivent respecter sa décision. Ils l'ont mariée, soit, mais ils doivent se rendre compte qu'ils ont aussi perdu toute autorité sur elle. Oui, ils le doivent. Une fois dans la voiture, Silk respire. Le calme de l'habitacle la rassure. Tandis que la voiture démarre, une petite boule blanche de pollen entre par la fenêtre entre-ouverte et se dépose mollement sur ses genoux. Silk sourit. Oui, c'était la bonne décision à prendre.

.~¤~.


Achram l'accueille à la porte avec un petit sourire.

- Vous n'aviez pas à vous presser autant... Je ne vous ai pas trop dérangé ?
- Ne vous inquiétez pas. Votre appel est tombé à point nommé, si je puis dire.  
- Vos parents étaient fâchés ?
- Très. C'était parfait.

Elle ne parvient toujours pas à le tutoyer. Pour elle, Achram est le serviteur de Sax, ils se connaissent bien mieux qu'elle ne le connaît lui. Elle ne trouve pas juste de s'approprier sa bienveillance alors qu'elle est une pièce rapportée dans la vie de son maître. Ils parlent un peu, il sait qu'elle aimerait s'émanciper de l'autorité parentale, ils ont un peu plaisantés à ce propos, échangeant un éclair de complicité. Mais Silk ne parle pas trop. Silk n'a pas apprit à étaler ses sentiments.  

À la suite d'Achram, la jeune femme avance. Elle se demande ce qui a bien pu pousser Sax à demander à son serviteur de l'appeler elle. Surtout elle. Pourquoi elle, l'étrangère ? Doucement, Achram s'efface devant la porte, laissant à Silk tout le soin de l'ouvrir avec cette délicatesse qui lui appartient. Il ne la suit pas dans le petit salon, il la laisse s'avancer de son pas aérien vers le sofa tandis qu'il referme la porte derrière elle. Ses chaussures frôlent les pans tombants de l'écharpe. Ses doigts défont les premier boutons de son manteau. D'une main presque hésitante, elle écarte l'une des tentures pour découvrir la silhouette de Sax enfouie sous la couverture. Il ne bouge pas, elle s'inquiète. Elle effleure ce qu'elle pense être son épaule, doucement.

"… Sax ? Tout va bien ?"  

Ses sourcils marquent son inquiétude. Pourquoi l'a-t-il appelé ? Est-il si mal en point ?  Elle hésite à lui dire quelque chose comme "je suis là", car sa présence compte-t-elle vraiment à ses yeux finalement ?


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Re: Amours Grises [PV Silk]

Message par Sax Sparkling le Dim 16 Nov - 19:02

C’est toujours une douceur, une discrétion de velours et de guipure de grands couturiers. Une délicatesse qu’on n’inculque que dans les grands salons et les alcôves parfumées. La richesse n’est pas que vénalité. La richesse, c’est aussi, à partir de certaines générations, l’acquis de manières et de circonspections. Silk a une manière à elle, une manière de femme de soie, de fleur aérienne, de toucher les poignées des portes, de marcher sur les tapis intérieurs.

Des froufrous de tissu dérangé. Un glissement de tenture le long d’une barre de bois. Le feulement de la lumière qui pénètre le salon soudain. Ses piqures à travers la couverture qu’elle transperce par bouts de rais indiscrets.

Dans son obscurité, Sax cille. La présence de Silk le met toujours dans une stase d’émotions. Une suspension des sentiments et des impressions. Un flottement d’esprit entouré par une poudre de présence. La présence de Silk sucre les pièces où elle entre. Un sucre qui rappelle l’enfance et les discussions aigres sur la famille. Un mélange de douceur et d’aigreur tout à la fois. Un tiraillement de réactions qui ne laisse que le calme émerger dans le tumulte des souvenirs. Le calme parce qu’il n’a rien d’autre que la neutralité à montrer à celle qui est son épouse depuis deux ans. Un calme comme une gaze de béton autour du thorax.

"… Sax ? Tout va bien ?"

Elle effleure son épaule, celle qui perd sa peau par oxydation. Ses neurones sous-cutanés, à vif, tressaillent à l’effleurement. Un tressaillement comme un réseau de mini séismes sous la peau. À l’hypocentre de l’épaule, et qui revient, en ressac indélébile, à l’épicentre, au cœur de Béryllium. Qui bat, qui bondit soudain, presque hors du pectoral en train de se déliter. Sans peau pour protéger ses neurones artificiels, le toucher de la femme qu’il a tant de mal à connaître, le brûle plus fort encore. Si elle avait été brutale, si elle avait été  agressive, elle aurait pu être tout à fait ignorée. La cohérence peut être ignorée. Mais la douceur étrangère, cette incongruité de sens, ne peut laisser indifférent.

- Euhm… Oui.

Un oui réflexe. Un oui parce qu’un Sparkling va toujours bien. La richesse ne donne pas que le tact, elle donne aussi une pudeur sans raison. Un silence qui enrobe les problèmes pour ne laisser parler que les bonnes nouvelles. En société, autour des tables de jeux et des verres alcoolisés, on montre sa famille et ses réalisations sous leur plus beau jour. Leur jour le plus faux. Leur jour le plus éclairé. Le plus blanc. Le plus aseptisé.

Il se tasse sous la couverture. Le temps d’apprécier le ridicule de la situation. Il se trouve gamin. Même pas adolescent. Juste gamin. Ce sont les gamins qui se cachent sous les couvertures. Qui mentent et qui louvoient. Et il n’a rien fait de mal après tout. A part la sensation de faiblesse. La faiblesse…

Il repousse la couverture sur le côté. Tant pis. De toute façon… De toute façon, un jour ou l’autre, elle aurait vu. La peau presque disparue par oxydation. Les muscles noircis par les métaux désagrégés. Le filet de neurones synthétiques qui brillent sur le noir des muscles. L’œil rougi par les vaisseaux dilatés. Le côté gauche mangé par la faiblesse de la science. Les impossibles à tenir de la modernité.

Il met sa main gauche sur le côté gauche de son visage. L’œil rougi caché.

Le mouvement a sollicité les nerfs de carbone, endommagés. Une douleur en sous-marin, partout le long du bras, de l’épaule. Un froncement de nez, pour retenir la grimace de douleur.

Allongé sur le ventre, à moitié redressé sur ses coudes. Il regarde le sol, vers le tapis, pour ne pas la regarder – pas envie de montrer son regard ni de rencontrer le sien - ni regarder le sofa – cela fait un peu étrange.

- Oui et non. Les métaux ne tiennent pas la semaine comme d’habitude. Ils doivent être remplacés demain.

Il repose son menton sur sa main droite, les yeux relevés vers elle, cette fois.

- Tu n’avais jamais vu mon côté synthétique, je crois. Voilà qui est fait. C’est aussi avec ça que tu feras l’amour, si un jour nous voulons donner des enfants à nos familles.

Il lève la main gauche vers elle. La main désagrégée.

- Si tu veux voir de plus près, avant qu’on ne me renouvelle et qu’on ne me recouvre de peau artificielle…

Il ferme les yeux. Il n’aurait pas été aussi direct avec une autre femme. Une autre femme, il lui aurait laissé le temps. Il l’aurait ménagée. Alors pourquoi Silk… ?

Il est un peu ennuyé de ne pas savoir pourquoi il lui met cette main presque sous le nez.

-  Désolé. Tu n’es pas obligée.

La main retombe près de lui. Près du reste du corps noir.

-  Merci d'être venue.

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Re: Amours Grises [PV Silk]

Message par Silk Sparkling le Lun 17 Nov - 23:18

Dans chaque raie de lumière poudroie la poussière, comme imperturbable, à peine dérangée par le déplacement d'air provoqué par le passage de la jeune femme. C'est comme marcher si parfaitement sur une ligne qu'il est impossible de briser l'harmonie de la toile. Silk n'aime pas trébucher, Silk a peur de déranger, peur de tomber. Elle oscille, en parfait équilibre, entre tout, mais loin du Tout. Dans son monde de compromis, sous ses pas de funambule, elle hésite et, aussitôt, regrette. Le mouvement de Sax est brutal bien que sec. Sous la pulpe de ses doigts, des milliards de picotements s'accrochent, comme une décharge électrique, obligeant la main à se retirer vivement. Le tressaillement de Sax agite la poussière autour d'eux, elle panique, se change en chaos.  

Elle frotte ses doigts entre eux pour faire disparaître l'écho de douleur, comme on dissipe de la poussière de fées. Un espèce de grognement étouffé, il dit oui comme on dit non. Contre sa volonté, Silk sourit, elle s'amuse car il répond ce que tous les adultes répondent alors qu'il se terre sous sa couverture comme un enfant. Silk sait qu'on ne pose pas vraiment ce genre de question à la légère, elle préfère se taire que d'entendre un mensonge en retour. En public, elle ne demande jamais comment vont les gens. Beaucoup s'en offusquent, pensent qu'elle se prend pour une duchesse qui n'a cure de l'état de ses sujets, d'autres murmurent avec moquerie qu'elle est bien trop étourdie et dans son monde pour ne serait-ce que se soucier de la santé des autres. Penchée vers lui, sa longue écharpe retombant de part et d'autre de son cou comme une cape royale, elle sourit malgré tout, malgré le mensonge, malgré le tressaillement.  

Mais le sourire disparaît, repoussé, comme la couverture. L'œil clair de Silk découvre Sax pour la première fois, comme si sa chair s'était arrachée pour lui dévoiler son âme toute entière, dans toute sa singularité. Elle aurait dû, peut être, dans son âme d'enfant, s'effrayer de cette vision mais Silk n'y parvient pas car ses yeux voient à nouveau. Elle découvre, allongé là, dans toute sa délicieuse et adorable mauvaise humeur, Sax, celui qui passe ses jours à ses côtés, celui à qui on l'a marié. Ce n'est plus une vision du passée, une ressemblance perturbante, ce n'est plus les rumeurs qu'on en dit, c'est lui, dans toute sa pureté.  

"… Je te vois."

Ce n'est qu'un murmure, léger, presque imperceptible, trop rapide certainement, comme un murmure de fée.  

Tu ne pouvais pas être Lui, comment aurais-tu pu ? Non, toi, tu es si différent, comment ne l'ai-je pas vu ? C'est si évident... Tu n'es pas comme eux, tu n'es pas comme tous ces mensonges qu'on entend sur toi. Je t'ai créé de pièces détachées, des souvenirs d'enfance, de ce que tout le monde dit sur toi, de certains reproches qui te sont adressés et que tu n'as jamais entendus, et à tout ça, je n'avais que l'image de mon père en plus jeune à ajouter, car c'est ce que tout le monde dit, que tu lui ressembles. Ils ont tellement tord. Toi, tu es fais d'autre chose, sous ta chair, court tout un judicieux circuit, et de ta vie, de toi, oh je ne sais tellement rien ! Mais ce n'est pas grave, il ne me restera plus qu'à apprendre.

Silk lui sourit. Ce n'est pas de l'indulgence, ni de la peine et encore moins de la pitié, c'est d'une douceur extrême, comme un baiser de printemps. Elle a écouté chacun de ses mots sans prendre offense, sereine, centrée. En guise de réponse, elle se laisse glisser pour venir s'asseoir en tailleur face à lui. Elle penche doucement la tête sur le côté et fronce légèrement le nez.

"Non, c'est à moi de te remercier, je devais dîner avec mes parents... Tu imagines ? C'était une libération."

Sa voix est douce, comme de celles qui se confient, saupoudrée d'un ton riant, comme en arrière plan, discret mais là, audible pour celui qui se penche et écoute. Elle sourit à Sax comme elle le ferait à un ami, elle sourit malgré l'oxydation qui ronge sa peau, elle sourit, sincère, comme apaisée de savoir ce regard qu'elle a du mal à soutenir biaisé de rouge, comme on déchire un tableau détesté par trop de souvenirs, de ressemblance, pour se rendre compte que la véritable œuvre se trouve derrière, totalement nouvelle, parfaite. Silk finit de se débarrasser de son manteau, elle ramène les jambes vers elle pour que ses bras puissent enserrer ses genoux.

"C'est cela que tu fais à chaque fois que je pars quelques jours ? J'ai un peu trop tardé avant de partir cette fois-ci..."

Ses lèvres se pincent vers la gauche en une moue un peu gênée d'enfant, tandis que ses yeux s'égarent eux aussi dans cette direction pour quelques secondes avant de revenir vers Sax.

"Je peux t'apporter quelque chose peut-être ? Si tu as mal..."

Elle pose les yeux autour d'elle, regarde, cherche sans trouver, se rend compte que la pièce lui est comme étrangère. Elle est belle bien sûr, décorée avec goût, lumineuse, mais ils n'avaient jamais prit le temps de vivre dedans. Dans n'importe qu'elle autre pièce non plus d'ailleurs. Lorsque son attention se reporte à nouveau sur Sax, une légère moue de curiosité traverse le visage de Silk.

"Sax...Pourquoi voulais-tu que je vienne ?"

Ce n'est pas un reproche, ni une offense, de toute sa sincérité, elle espère qu'il est capable de comprendre que son cœur, là, assit par terre devant lui, agit tout simplement, sans méfiance, sans amertume. Elle se demande pourquoi, alors qu'ils se fuient presque, alors qu'il l'accueille et considère leur couple avec autant de dédain, il a voulu qu'elle soit là.    

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Re: Amours Grises [PV Silk]

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