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[RI] Bras de Fer

Message par Cloud le Lun 10 Nov - 16:09



Bras de Fer


L’homme, d’une élégance anodine, sans attrait, ni même trait qui attire l’œil bleu de la dame de fer, se tient devant elle. Les jambes croisées, les bras sur les reposoirs de cuirs, Obra est assise derrière son bureau. Les deux gardes, dans leur habit blanc se reculent et disparaissent, laissant seul celui qui fut convoqué, en plein milieu de sa journée, sans un mot, sans un ordre, devant l’impératrice en tailleur blanc, dont la gorge s’illumine d’un diamant. Les mains parfaitement manucurées se croisent sur la table de verre. La femme semble pensive. Ses traits tirés respirent une longue journée. Mais son regard vif, frondeur, est aussi perçant que celui d’un des oiseaux de proie, qui survolent parfois la ville blanche et chasse ses rats. Il cherche, dans le sourire de Waklof, la surprise ou la crainte. Puis, ils se plongent dans le dossier ouvert sous ses yeux.

- Borden Waklof Utopie Robotique, en voilà un nom qui ne cache pas votre ambition.

Sans un regard, la femme feuillette les pages.

-Que vois-je pourtant ? Des robots électroménagers, quelques membres électroniques ?  De la robotique mineure pour le confort futile de nos habitants. Et, que lis-je ? Toute cette énergie prise dans les ressources de la ville, tous ses matériaux, tout cet investissement pour si peu. Autant vous le dire, à l’heure d’aujourd’hui, comme à celle d’hier, la robotique est superflue pour notre ville.

Les feuilles bruissent. Elle referme brutalement le dossier. Ses yeux glaciaux pénètrent les yeux imperméables de l’homme discret. Lentement elle se lève, et se dirige vers le petit bar, tout en murmurant.

- J’ose croire qu’un homme comme vous a déjà perçu l’intérêt que les entreprises Lux portent à la vôtre.  J’ose espérer que derrière votre attitude modeste, se cache un esprit de notre temps, qui porte un regard sur le futur. Que votre modeste entreprise a des projets à la hauteur de mes espérances.  

Obra se sert un verre de Whisky.

-Mr Borden, prendriez-vous du Whisky ?

Sans attendre, elle le sert, se retourne et lui tends son verre.

-Nous ne laissons aucune place aux incompétents, aux modestes et aux hommes du passé. Les compétences de votre entreprise seraient une porte ouverte à de grandes choses. Je vois le futur. Une armée blanche, métallique, capable de quitter les rives de l’aura et de sortir de cette ville. Je vois les ressources qu’elle pourrait amener. Je vois beaucoup de choses, puisque nous savons, vous comme moi, que Gaia est insensible aux sans âmes et que les robots pourraient peut-être franchir les frontières sans se faire dépecer.  

Son regard perçant ne quitte pas sa petite proie. La dame de fer cherche, dans le chemin insondable de son visage masculin, une faiblesse ou une force. Elle cherche son futur. La gloire ou le mépris. Le whisky glisse dans sa gorge, sans réchauffer son cœur de glace, son âme métallique. Puis, elle murmure.

-Et puis, je vous vois Vous. Et je ne vois rien. Un homme d’apparence modeste, d’une entreprise sans grande envergure.  Alors, je me demande, alors, je vous demande, devrais-je laisser les rênes de cette entreprise à un homme ambitieux ?
Ses lèvres sourient, mais son regard, lui, reste glacial.

-Ou ais-je déjà devant moi, cet homme du futur ?

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Re: [RI] Bras de Fer

Message par Waklof Borden le Jeu 13 Nov - 10:16

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Debout en face de son plan de travail qu’inondaient de grandes feuilles blanches déjà noircies, Waklof esquissait des croquis sur lesquels un nombre effarants d’annotations se trouvaient apposées. Pour quelqu’un d’autre que ce quinquagénaire, il aurait été bien difficile de percevoir la moindre cohérence ou le moindre concept tangible à même de représenter le travail auquel cet homme si silencieux et si patient s’adonnait. Car en vérité, la représentation de l’ensemble équivalait plus à une confusion de données toutes plus incompréhensibles les unes des autres. Si un œil non-averti pouvait se poser sur cette composition, il tomberait dans l’instant même à l’intérieur d’un abîme sans fond, incapable de seulement déduire la base du développement initial. Quant à ceux qui, forts d’une expérience en la matière plusieurs fois décennale, pouvaient se targuer d’être en mesure de caresser la compréhension des développements longtemps réfléchis de leurs collègues, ils auraient bien été en peine de simplement pouvoir classer le flot de données, apparemment chaotique, de cet être unique  plongé dans un autre monde, le sien, qui laissait le temps et l’univers autour de lui suspendus à ses répliques. Quant à ce qui est de comprendre la signification de cet imbroglio de connaissances, la partie était d’ores et déjà perdue avant même d’être initiée.

Soudain, le son monocorde d’une sirène vint honteusement briser la quiétude si particulière dans laquelle baignait la pièce, dénuée du moindre être vivant autre que son âme, Waklof. Puis, prenant conscience de son infamie, le signal indigne se donna la mort sans délai afin de rendre à ce lieu sacré la beauté pure et irréelle dont il irradiait l’espace quelques secondes auparavant, jusqu’à ce que la sonorité criminelle réponde au chant du destin et remplisse sa fonction dissonante. L’homme laissa s’échapper un soupir, air chargé du profond ennui prédisant l’événement à venir. Le doute ne pouvait se permettre d’établir sa demeure en son sein, car il savait ce qu’augurait si détestable consonance, pour l’avoir lui-même ordonnée. Waklof Borden, 54 ans, à la tête de la BWUR depuis quinze ans, quinze années fructueuses qui lui permirent d’élever les fondations de son ambition, de son rêve, de sa réalité, Waklof Borden donc se devait de courber l’échine face à un système tyrannique aux préceptes dépassés, aveugles, moribonds et dévastateurs. S’il ne tenait pas tant à son aspiration, aucune excuse ne justifierait son acceptation présente. Car l’humiliation, en rapport avec sa philosophie, constituait un fait si grand qu’il se devait, pour la modérer, détenir un objectif au-dessus des préoccupations primitives de ses congénères.

Le quinquagénaire laissa en plan le fruit de son travail et quitta sa pièce maîtresse, non sans y laisser auparavant l’agacement provoqué par l’annonce insinuée de sa sirène, et ce afin de retrouver ce calme si représentatif de sa personnalité, ou du moins de celle qu’il s’autorisait à afficher aux regards inquisiteurs. Fidèle à lui-même il refusa d’utiliser l’ascenseur, choisissant au contraire d’emprunter la longue descente vers le rez-de-chaussée, proposée par les innombrables marches d’escaliers froides et bétonnées, qu’il avala d’une foulée énergique témoignant d’un niveau physique particulièrement compétent. Lorsqu’il poussa la porte s’ouvrant sur la zone d’accueil de son bâtiment, l’une de ses filles vint à sa rencontre. Okvaenn, celle qu’il avait voilà quinze ans désignée comme responsable de la communication BWURienne. Il revoyait encore le sourire extasié de ses deux filles quand à cette époque il leur avait offert à chacune le poste qu’elles occupent aujourd’hui, alors qu’elles venaient à peine de rentrer dans la vie adulte et s’étaient délaissées à jamais du costume vulgaire de l’adolescence. Comme sa mère, Okvaenn en avait récupéré la blancheur épidermique, les yeux verts et les cheveux roux, ainsi que des éphélides qui refusaient de céder leur place pour laisser à son visage un visuel vierge de toute pigmentation hétérogène.

Seule marque notable de son affiliation avec son père, le comportement. Waklof reconnaissait dans les deux jumelles celui qu’il avait été, un homme plongé dans son sérieux du à son ambition, voire à sa haine profonde pour autrui. Une façade joviale pour le monde extérieur, derrière laquelle se cachait un individu sombre et plein de mépris pour le vivant. Néanmoins elles avaient également récupéré ce qu’il considérait comme un défaut, à savoir son désormais caduc appétit sexuel. En effet, avant de subir la transformation psychologique qui le sauva de lui-même, Waklof avait été un jeune homme quelque peu libertin, infidèle, et très gourmand du sexe opposé. De cela il le déplorait. Voir que ses filles s’adonnaient à ces désirs, à cette passion charnelle qu’est le sexe, l’attristait quelque peu. Elles vivaient de petites aventures sans lendemain, comme lui auparavant, s’amusant de briser le cœur de ceux, ou de celles, car à la différence de leur père, elles avaient sans peine dépassé son comportement libertin, qu’elles séduisaient pour quelques parties de jambes en l’air avant de s’en lasser et d’aller fureter ailleurs. En somme, ce qu’il considérait comme un défaut personnel, subit durant des années avant d’accueillir son « Grand Réveil », c’était beaucoup trop ancré et agrandit à l’intérieur du fonctionnement organique de ses filles. Sans parler du fait qu’elles allaient également au Crystal Palace, quelques fois par mois. Il s’était toujours interdit de leur demander ce qu’elles y faisaient, craignant de ne plus pouvoir les regarder en face et d’adopter envers elles un comportement si méprisant que ses projets à leur sujet s’en trouveraient ruinés.

A ce niveau, elles étaient l’exact inverse de sa femme, qui était aussi prude qu’une épouse puisse l’être, davantage encore depuis la perte de sa personnalité au profit d’un doublon féminin de son mari aux idées très arrêtées sur le sexe. D’ailleurs la première et dernière fois qu’ils partagèrent ensemble leur couche, peu après l’hypocrite mariage, l’épreuve fut si laborieuse pour les deux conjoints, si ennuyante et dénuée du moindre sentiment ni même passion qu’à l’annonce de « l’heureuse » nouvelle, conséquence de cet échange organique neufs jours auparavant, les deux époux furent grandement soulagés, conscients d’avoir assuré leur héritage dès à présent et de n’être plus forcés de subir cette interaction pénible entre eux deux.

« - Ils sont deux et t’attendent dehors papa. J’ai fait évacuer le rez-de-chaussée comme prévu, personne autre que moi ne saura qu’ils t’ont emporté, lui dit-elle d’une voix posée.

- Nul doute qu’ils sauront spéculer sur mon sort, le but étant par la suite de couper court à tout commérage. En cela je te fais confiance. Je suppose qu’ils sont entrés ici ? , questionna Waklof.

- Oui. J’ai été immédiatement prévenu. La réunion au cours de laquelle je mettais en place notre prochaine campagne publicitaire, *Les tâches ingrates aux robots, l’élévation aux Humains*, a été suspendue sans délai et j’ai pris en main la situation présente. Comme convenu nos employés présents dans cette zone se sont dirigés vers la salle de repos que j’ai verrouillé. La consigne a été donnée dans tout le bâtiment de ne pas descendre par ici.

- Bien. Prend le relai en mon absence, je ne sais guère combien de temps l’ignorante me retiendra pour satisfaire son petit ego misérable, Okvaenn. Informe Lizvolf de préparer le projet PRG-04. Qu’il soit fonctionnel. Je pense l’utiliser dès mon retour.

- Ce sera fait papa, répondit sa fille, pleine d’assurance. »

Waklof Borden sortit donc de son si précieux bâtiment, pressé d’en finir pour reprendre au plus tôt les travaux dans lesquels son esprit tout entier se tournait nuit et jour. Ils s’invitaient même dans ses rêves, et ses cauchemars. Une véritable obsession ne faisant qu’un avec l’être qu’il était. A peine posa-t-il un pied dehors que deux gardes Blancs lui signifièrent d’un signe de la main impatient d’accélérer davantage la cadence et de s’engouffrer dans une voiture sans esthétisme, ressemblant davantage à un rectangle grossier auquel on aurait accolé quatre roues non moins élémentaires. Une fois tous à l’intérieur, la voiture émit un râle significatif et s’arracha de l’état stationnaire précédent. L’intérieur demeurait tout aussi spartiate, et Waklof essaya durant tout le trajet de trouver une position un minimum confortable, sans succès. Une mise en condition, à n’en pas douter, pensa-t-il. ELLE lui signifiait ainsi, avant même de l’avoir fait introduire dans son bureau, qu’il n’était rien, et qu’ELLE décidait de tout, imposait tout. Encore l’un de ses minables en manque d’idéal et de compréhension. Quel ennui !

La voiture s’arrêta quelques minutes plus tard, et Waklof fut escorté presque manu militari au pied de la vertigineuse tour blanche. Les deux gardes qui étaient venu le chercher l’accompagnaient toujours, et lui firent passer le portique de sécurité. Ceci fait, tous les trois s’isolèrent dans une pièce, et Waklof fut obligé de se déshabiller. Les deux gorilles passèrent son corps et ses habits au crible, le premier à l’aide d’une machine portative à émissions de rayons X qu’il faisait glisser tout le long du corps du personnage, à quelques centimètres de distance, guettant le moindre bip significatif, tandis que le second détaillait jusqu’aux plus petites poches extérieures et intérieures des vêtements de Waklof. Rien n’ayant été signalé, le quinquagénaire, rhabillé, fut ensuite conduit tout en haut de la tour, vers le Bureau de Madame Obra Lux, surnommée, et ce à juste titre, la Dame de fer. L’ascension vers son Bureau fut longue et ennuyeuse. Waklof n’avait plus l’habitude des ascenseurs, et rester là à attendre que ça se passe l’horripilait au plus haut point. Finalement un « ding » caractéristique signala la fin de l’épreuve, et c’est enfin que Waklof put pénétrer dans Le Bureau.

Là les gardes prirent congé et le laissèrent seul, seul face à l’insulte représentée par l’être misérable qui se tenait devant lui, et qu’il considérait comme tel. Cette femme, cette femme dont la famille avait été si peu inspirée, dépourvue de la moindre sagesse pour se retrouver sans l’état financier ou l’influence nécessaire à sa sauvegarde parmi les élites. Cette famille exilée à la périphérie de la ville, lamentable, sale. Puis ce monstre Blanc, cette femme dénuée de la moindre vision d’ensemble, engoncée dans une bulle à partir de laquelle elle ne pouvait apprécier la réalité d’un monde, butée qu’elle était et aspirant à des ambitions primitives si communes aux Hommes. Cette femme que l’on jugeait forte de caractère, dotée d’un esprit hors du commun…

Foutaise que cela ! Une simple d’esprit, semblable à ceux que l’on jugeait « ambitieux », et qui avaient amené la ruine de tout un monde, de toute une planète, de toute une multitude d’espèces. Malgré ses pensées chargées d’une haine des années ressassées, Waklof avait déjà cette expression figée sur son visage, cette expression éternelle qui le caractérisait tant depuis maintenant des décennies. Visage calme, serein, avec ce léger sourire poli, mais sans plus. Visiblement pour couronner le tout, Obra ne s’était même pas donné la peine de lui offrir une assise, le laissant là, au milieu de sa pièce, debout et seul. Si seul. Waklof voyait bien à son expression qu’elle tentait de percer en lui le mystère qui l’animait. Qu’elle essayait de cerner le personnage. Au fond de lui il se permit un rire, mais un rire moqueur frôlant avec l’expression de la pitié. 41 ans ! Elle n’avait que 41 ans. Quand les cuisses de sa mère s’écartaient pour expulser ce bout de viande frigide, Waklof avait déjà 13 ans. Il avait eu l’occasion d’expérimenter bien des choses de la vie, de vivres des succès, des échecs, des révélations et des désillusions, alors qu’ELLE n’avait même pas encore conscience de son existence. Il savait déjà comment le monde tournait, comment la robotique fonctionnait, quant à cette époque ELLE ne balbutiait que des mots inintelligibles.

« - Borden Waklof Utopie Robotique, en voilà un nom qui ne cache pas votre ambition. »


Voilà, on y arrivait. Ce morceau de glace avait daigné lui offrir le son de sa voix sans saveur. Et ses premiers mots n’avaient été que criant de logique, sans originalité aucune. Un fait commun, une déduction sans gloire. Waklof, intérieurement, opéra un rapide contrôle de la haine et du dégoût qui montaient en lui au risque de submerger l’Acte qu’il s’apprêtait à jouer, et d’en faire prématurément tomber le rideau. Il croisa ses bras sur son poitrail puis commença à mûrir les pensées qu’il avait eu dans la voiture l’amenant vers son destin. Car à n’en pas douter, bien qu’il rechignait à subir cet événement, en même temps il l’espérait, faisant en effet partie de ses plans. Il avait besoin de davantage de ressources, de davantage de main-d’œuvre et de davantage de contrôle. Il avait besoin de pousser la grande dirigeante à l’adopter.

Sans sourciller, il encaissa chacun des mots de la dame de fer, analysant ses phrases, sa ponctuation et son ton. Elle lui imposa une consommation d’alcool dont il garda le verre bien remplie, refusant de façon silencieuse de boire ce poison. Car l’alcool était pour lui un venin, tout comme le sexe et les drogues naturelles ou artificielles qui circulaient en ce monde. Cet ensemble n’était que la justification de la faiblesse Humaine, incapable de s’élever au-delà de son état originel, de ce qu’on lui avait imposé d’être. Puis, après avoir monopolisé la parole, la Dame de fer la lui offrit via une question, cette simple question qui la faisait lui déposer la balle entre ses mains. Le moment de jouer était venu. Pour marquer le coup, Waklof déposa le verre rempli de whisky à ses pieds, juste devant lui, une manière de dire d’un simple geste qu’il se débarrassait du poids qu’on lui avait imposé et qu’il prenait à bras le corps l’interrogation amenée indépendamment de toute influence.

« - J’ose supposer, Madame, que l’apparence d’autrui ne constitue plus pour vous, et cela depuis longtemps, un critère objectif de jugement personnel, à même de témoigner de la richesse d’idées d’un personnage ou de sa sagesse, ou encore de ses compétences. Je prends soin de mon apparence le minimum que je juge acceptable, dans la mesure où je me considère comme présentable. C’est ma philosophie qui me transforme ainsi, non le nombre de chiffres représentant les bénéfices que mon entreprise accumule chaque année de façon exponentielle.

Sur cette première base, Waklof suspendit ses paroles le temps de quelques secondes, afin de laisser à la benjamine de cette pièce tout le loisir d’apprécier les sous-entendus, sa position, puis de les digérer. Lorsqu’il jugea le moment opportun venu, il poursuivit son exposé.

- Depuis l’âge de 16 ans, 38 ans en arrière, j’ai pris entièrement contact avec l’entreprise de mes parents. J’ai su la faire évoluer, lui donner de nouveaux axes de développement, lui offrir de nouvelles technologies en mesure de donner ses lettres de noblesses à la robotique, dépasser ce qu’en avait fait mes géniteurs, promu la méritocratie au sein de ma société et dans mon recrutement, sorti des dizaines de miséreux de leur triste quotidien parce que leurs parents incompétents ou la vie capricieuse les avaient abattus précocement, et je les ai intégré en mon sein pour qu’ils participent à l’édification magnifique de notre rêve. Grâce à ma société, à moi, j’ai permis à des malades pourtant aptes à créer des choses magnifiques pour notre vie et notre survie, de retrouver la totalité de leur mobilité et de leur dignité. J’ai offert à votre population le luxe des robots électroménagers de pointe, permettant ainsi à votre population ayant eu la clairvoyance d’acheter mes produits de laisser les tâches annexes et révoltantes aux yeux des plus grands à la responsabilité de mes productions, leur donnant de ce fait la possibilité de se consacrer à des actions plus nobles et plus utiles pour la sauvegarde et l’extension de votre possession, la Cité Blanche. »


Waklof n’avait ni haussé le ton ni esquissé le moindre geste. Il était resté les bras croisés, à débiter son discours en prenant grand soin de conserver un ton calme et posé tout au long de son discours. Tout coulait limpidement entre ses lèvres, sans s’essouffler, sans anicroche, sans bâfouiller. A 54 ans, l’expérience acquise durant de multiples débats, négociations et réunions, révélait tout son potentiel. Avant que la Dame de Fer puisse contre-attaquer, il se lança dans une dernière tirade, prêt à lui offrir la réponse à sa question. Si prévisible, si jeune. Waklof l’avait bien deviné, et cela depuis longtemps, qu’une armée de robots obnubilerait un jour Obra. Cela répondait à de tels bas instincts, à une logique si… Humaine. Si niaise. Si abrutie. Tant d’histoires vécues, et pourtant l’on n’apprenait jamais. Quelle tristesse.

« - J’étais déjà cet homme du futur que beaucoup des adultes peuplant cette ville n’étaient pas encore naît, ou ne pensaient qu’à mettre des formes géométriques enfantines à l’intérieur d’une boîte basique. Depuis des décennies je suis penché tel un père aimant sur mes robots, depuis des décennies j’édifie un projet. Et maintenant que présente en face de moi vous me demandez de vous fournir le fruit de mon travail, je peux à ce moment-là vous assurer de mes capacités à satisfaire les projets de votre gouvernance sur cette ville, et assurément sur ce monde prochain que vous édifierez. Donnez-moi les moyens de vous rendre ce service, ce service que vous me demandez, et je vous offrirais ma création, celle que j’ai mis des décennies à développer, celle que nul autre en cette ville ne peut se targuer de posséder. »

Tout était posé, Waklof avait été à la limite de l’irrespect avec ses nombreux sous-entendus, puis soudain, sans se presser, comme un écoulement naturel, il avait répondu aux attentes de celle qu’il méprisait au plus haut point, de celle qu’il utiliserait volontiers comme cobaye sans s’embarrasser de la moindre éthique, si les jeux de pouvoirs avaient été différents. Il reprit son verre entre ses mains, comme si de ce geste, il permettait à Obra d’actionner ses cordes vocales.

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Waklof Borden
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