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Gratte moi la puce que j'ai dans le dos [Morgan]

Message par Alexander James le Jeu 9 Oct - 14:20

En silence, le pianiste suivait l'inconnu devant lui. Ce dernier avait été presque brusque avec lui. Pas dans ses gestes mais dans ses propos. Visiblement, ce large dos n'appréciait pas servir de pigeon voyageur entre Lux et le Crystal. Tant pis pour lui. Alexander n'avait pas subir ses foudres sous prétexte que ses talents étaient réclamés. Ses pas dans les siens, il se calquait au rythme pressé de sa cadence. L'invitation aux entreprises Lux tenait plus de la convocation en vérité. Un non aurait été plus que mal vu alors le brun avait accepté, sagement. Il était rare qu'il sorte de sa prison dorée. Autant en profiter un peu. Le soleil caressait sa peau tandis que la ville s'étalait sous son regard. Rien ne semblait avoir changé. Certainement que rien n'avait changé au fond. Juste un être en moins - lui - mais les conséquences ne pouvaient être que minimes.  C'en était presque triste.

Une faible grimace traversa son visage, le coupant dans ses pensées. Il tâchait d'ignorer depuis le début la difficile absence du Crystal qui s'installait en lui. Celle-ci se faisait pourtant ressentir et augmentait lentement au fil de ses pas. Plus la distance grandissait, plus le manque se créait. Refusant de céder si facilement, Alex se concentra sur sa "mission". Les détails ne lui avaient pas été transmis. L'histoire parlait de divertissement et d'éventuellement quelques cours si le cœur en disait au concerné. Il pariait sur un enfant riche qui exigeait du piano dans la seconde ou alors il arrêterait de respirer. Menace en l'air qui paniquait pourtant si bien des parents éperdument fous de leur fils chéri. Un ricanement silencieux lui échappa à l'idée de faire face à un garnement. Une paire de claques et l'affaire serait réglée !

Lorsque la porte s'ouvrit sur une demoiselle, il perdit directement son pari avec lui-même et son sourire. Une brève seconde, il demeura figé sur le seuil avant de se reprendre. Contenant avec talent une grimace d'agacement et de dégout, Alexander esquissa même un rictus qui se voulait sympathique. A défaut d'être vraiment poli, il serait agréable. Ce masque de charme qu'il portait si bien lui était le plus confortable. S'approchant pour un - eurk - baisemain respectueux, il attendit que le garde sorte de la pièce pour prendre la parole.

« Enchanté Mademoiselle. Je m'appelle Alexander et je serai votre pianiste pour les quelques heures à venir. »

Il parlait avec son assurance habituelle, gardant un air élégant sans tomber dans le narcissisme. Après tout, il n'était que l'employé ici et elle la patronne. C'était à lui de la caresser dans le sens du poil. Les présentations faites, il ne s'attarda pas plus longtemps proche de ce membre du sexe affreux et s'approcha de son instrument favori. L'effleurant un peu, il pressa quelques touches. Rapidement, il exécuta la gamme, simplement pour tester le piano avant de faire face à nouveau à sa cliente.

« Que préférez-vous ? M'écouter ou bien apprendre ? »

Son regard la scrutait attentivement. Si ses lèvres souriaient chaleureusement, ses iris demeuraient glacées. Il ne souhaitait pas la satisfaire et encore moins la voir sourire. Comment pouvait-on lui demander à lui de divertir une femme ? Un jeu du Crystal peut-être. Envoyer un fidèle artiste souffrir hors de ses terres pour qu'il ne désire que rester davantage. Alex n'en savait rien mais la situation ne lui plaisait pas. Il sentait cette emprise sur son cœur se resserrer au fil des minutes comme pour le narguer. Une preuve de possession surement. Combien de temps tiendrait-il ? Oh ! Mais s'il s'agissait d'un jeu, le jeune brun comptait bien participer de tout son être ! Et tenir jusqu'au bout par dessus le marché !

Glissant une main dans sa chevelure pour briser le contact entre les regards, il s'approcha de la sorcière. S'emparant de sa main avec légèreté, il l'installa sur le tabouret face au clavier noir et blanc d'un simple mouvement.

« Je pense que commencer par la leçon sera mieux. Vous pourrez vous reposer ensuite et simplement m'écouter comme ça. »

Son rictus avenant mais faux s'étala sur son visage alors qu'il attrapait une autre chaise pour commencer le cours. Le pianiste ne s'assit pourtant pas et se glissa derrière la demoiselle qui le répugnait tant.

« Vous avez déjà fait du piano avant ? » Murmura-t-il proche de son oreille.

Lui prenant les mains, il les déposa correctement sur les touches. Les cheveux longs chatouillaient désagréablement le visage du séducteur et profitant d'être à l'abri des regards, ses yeux roulèrent d'agacement dans leurs orbites. Mais il tiendrait. Par fierté, il ne craquerait pas aujourd'hui. Ou du moins, il ferait tout pour.

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Re: Gratte moi la puce que j'ai dans le dos [Morgan]

Message par Morgan le Lun 20 Oct - 11:56

Les doigts s’élèvent, elle lui tend sa main blanche, délicate, ses doigts manucurés, longs et fins, sans aucune blessure, aucune tache, sans même un tatouage mouvant. Une main blanche pour ses lèvres charbonnées, masculines, fines. La dureté de son baiser l’étonne, les hommes la touchent rarement, Obra l’habille d’un voile fin, irréel que son regard de glace garde pourtant bien vivant, entre elle et le monde, entre sa peau et le reste. Alors, des lèvres masculines, sur sa peau nue, elle ne connait pas. Pas comme ça, pas si vite, pas comme par habitude. La légèreté de son geste l’impressionne, il semble tellement étrange, tellement diffèrent, et pareil tout à la fois. Morgan sait ce qui se dit du Crystal Palace et de ses artistes, tout le monde le sait, et personne vraiment. Sont-ils vraiment différents ? Lui, en tout cas, il n’est pas comme les scientifiques qu’elle côtoie. Il lui parle pas pareil, il la regarde pas pareil, et plus encore, il agit différemment avec elle. Morgan n’a pas l’habitude qu’on lui témoigne du respect, ou rarement, quand un collectionneur admire sa pièce. Alors oui, c’est vraiment différent. Elle se sent légère, elle veut oublier le temps. Elle veut tout oublier.

-Appelez-moi Morgan.

Mademoiselle, c’est trop professionnel … S’il doit la distraire elle aimerait pouvoir faire semblant qu’ils se connaissent de longue date, et qu’ils se retrouvent, au hasard la chance pour un cours de piano. La captive rêve d’une amitié imaginaire, d’une histoire furtive, qui glisserait dans sa mémoire et s’ajouterait au reste. Il est beau, élégant, s’il n’était pas si lointain, inaccessible, sans doute le rêverait-elle son amant. Mais, dans ses yeux froids, vides d’expression, elle ne lit pas la chaleur de ses sourires. Elle lit le sceau d’Obra, cette froideur qu’elle inspire à ses gens, à Aurore et l’architecture glacée de sa ville si blanche. Il n’est pas là pour elle, il n’y a rien dans son regard de complice ou d’aimant. Il est là juste parce que Morgan a offert sa docilité contre quelques distractions, il y a ce qu’il lui semble des siècles de cela.

Les touches noires enlacent les blanches. Il joue. Ses doigts glissent sur l’instrument intriguant, gigantesque dans cette salle qui n’est pas dans son appartement mais dans une des salles plus basses, près des grandes salles de réception. Il joue, juste, il caresse du bout de ses doigts longs, élégants et fins, les subtilités glacées de cet objet d’art, exposé comme elle dans la grande salle d’exposition qu’est la tour Lux. Puis les  notes se meurent, disparaissent. Les mains suspendues ne les caressent plus. Il la regarde. Il a dû parler. Dire quelque chose. Il attend, les yeux dans les siens. Froid. Un frisson glisse le long de l’échine de la blanche colombe, du noir corbeau. Sous sa peau, des oiseaux glissent, s’échappent. Les ailes battent. Les plumes si fines, si parfaites, au dessin si réaliste. Quelques-unes tombent. Gisent. Sur la peau blanche, elles glissent et  restent, sur le sommet d’un os, dans le fond d’un creux. Morgan, comme par mimétisme, projete sa main sans ses cheveux, chassant par ce geste la plume coincée à sa tempe, qui glisse, glisse puis disparait dans la pâleur de sa peau.

Elle ne veut pas perdre constance, la Morgan. Alors elle fait ce qu’elle sait le mieux faire, elle se laisse faire. La fleur sauvage, sous verre, lui laisse sa main, puis son corps tout entier alors qu’elle s’assoit. Elle le laisse dans son dos, créature sans plus d’instinct que celui glacé des angles courts.

-Non, jamais.

Le piano lui est aussi étranger que l’homme. Elle en a vu parfois, au fond du Crystal Palace, près des cuivres et des cordes, alors que les altos faisaient chavirer son cœur. Alors que la voix d’une Muse soulevait son âme. Mais jamais en vrai, jamais de si près. Les touches la fascinent et plus encore, la régularité des touches la paralysent. Blanches et Noires, noires et blanches. Comme les tatouages qui écrivent le rythme de son cœur.  Et cette chaleur, qu’elle sent autour d’elle, qui l’encadre, de celui qui lui prend les mains et les pose avec tant de douceurs sur les marches glacées d’une symphonie en sommeil. Cette chaleur, cette froideur. Une main s’échappe, Morgan la glisse dans ses cheveux doux, dans cet écrin si intime, reprenant un instant contenance alors que sa peau frôle le visage de l’homme, le caressant avec douceur et furtivité. Sa main revient bien vite.

Morgan reste là, un instant confuse. Ses doigts glissent sur les touches. Elle caresse l’étrange instrument, lui cherche une âme, sans oser pénètre dans son corps.  Puis, soudain, elle ose. Les doigts s’enfoncent. Elle apprivoise les aigus, puis se retire dans les graves, son royaume ici-bas. Les notes chaudes, sonores et sourdes qui s’étirent dans la pièce, qui grandissent au bout de ses doigts qui cherchent, cherchent encore. La parfaite, celle qui s’accordera a son cœur. Et dans la cacophonie des sons, elle s’amuse presque, elle oublie presque la froideur de l’homme, sa fausse chaleur, elle s’amuse. Le silence des heures s’amenuisent.

Se retournant avec sourire, soudain si naturelle, si proche, Morgan demande.

-Apprends-moi, apprends-moi un air.

Il est si proche, Morgan sent son souffle sur sa peau. Ses lèvres s’étirent davantage. Qui qu’il soit, et malgré sa glace, elle n’en a que faire. La jeune femme le fera tomber sous son charme. Il cessera, il cessera d’être si froid. Ce sera sa victoire sur Obra.

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Re: Gratte moi la puce que j'ai dans le dos [Morgan]

Message par Alexander James le Ven 24 Oct - 18:27

-Apprends-moi, apprends-moi un air.

Ses paroles comme son sourire relevaient du domaine de l'enfance. Son innocence surprit le pianiste, le déstabilisa presque. Leurs visages si proches et leurs souffles emmêlés contredisaient pourtant cette sensation. Son malaise disparut à cette seconde et son sourire faussement chaleureux reprit le dessus. Cherchait-elle à le piéger ? L'idée lui arracha presque un grognement de colère. Le pensait-elle si stupide ? Peut-être lui ne possédait-il ni son argent ni sa liberté, mais son esprit bien que torturé demeurait. Ses longs doigts provoquèrent un contact imprévu avec ceux de la demoiselle. Humectant légèrement ses lippes, son rictus assuré et séduisant s'étira davantage. L'humeur était au jeu alors il jouerait. Remontant le long de son bras frêle d'une légère caresse, ses iris ambrées ne se détournaient pas. Il retenait sa respiration. Subtil détail qui changeait toute une situation. Il semblait pris dans ce moment, transporté par cet élan sensuel. Sa main caressait son épaule avant de se glisser dans son cou, taquine et câline. Le Crystal choisit cet instant pour lui insuffler sa folie de par son manque. Une petite voix presque chantante murmurait de serrer. Personne ne le dérangerait ici. Personne ne le punirait ensuite. La prison était déjà devenue sa maison. Le tuerait-on en retour pour ce meurtre de sang-froid ? Qu'importait. Il s'agissait d'une puissance dont il n'avait encore joui. Le pouvoir de décider de la vie ou la mort. A quel point cela serait-il enivrant ?

Une légère pression s'effectua sur la gorge féminine mais la durée n'en fut que brève. L'idée se contenta de s'éteindre dans son esprit, écrasée par sa volonté. La voix se tut dans une moue boudeuse, frustrée. Il s'était promis de ne pas perdre face à l'absence douloureuse du Crystal alors il tenait parole. Son lent chemin reprit comme si de rien n'était. La douceur amère entre les deux peaux chemina jusque sous son menton. Redressant son visage vers le sien, intimant de ce langage silencieux la possibilité d'un baiser, Alexander ne ressentit que davantage de plaisir lorsque l'étroit contact entre eux se brisa. D'un mouvement presque dansant, ses doigts avaient glissé du menton, s'envolant plus loin, inaccessibles. Une lueur de satisfaction brilla dans son regard, souligné par son sourire en coin aussi charmant que joueur. Respirant de nouveau, il souffla dans un murmure :

« Apprenons donc un air... Morgan. »

Une légère pause puis une insistance. Le prénom brisait les barrières, coupait court aux politesses. Elle l'avait réclamé, il n'exécutait que ses ordres tel un soldat. La seule différence avec ce dernier était surement sa libre interprétation. Retirant son corps qui entourait le sien, le brun se redressa. Sa main qui le fourmillait encore à cause des caresses remit sa chevelure en place, espérant ainsi faire disparaitre cette sensation désagréable. Il ne tarda pas pourtant à se poser à ses côtés. La chaise précédente se retrouva pousser plus loin tandis qu'il repoussait les hanches délicates de la créature infernale. Sa cuisse collée à la sienne, le jeu continuait. Lorsque ses doigts touchèrent le piano, son calme n'en fut que plus facile à conserver. Il était presque à la maison.

Le Crystal arracha cette sensation avec violence.
Les poings de l'homme se contractèrent sous le choc et écrasèrent les notes graves de l'instrument. Un grondement sourd résonna dans sa gorge pour accompagner ce son fracassant.

Une vague de colère venait de le ravager et comme pour le narguer, une douloureuse sensation transperçait son abdomen. Une lame invisible qui le poignardait. La voix reprit, rieuse maintenant. Elle se moquait de lui et il la haïssait pour cela. Son regard se tenait rivé vers le piano sans le voir au début mais lentement, les reflets vernis réapparurent sous ses yeux. Son ouïe accompagna ce retour et réalisant le macabre massacre que ces poignes serrées venaient d'imposer sur l'instrument, il réussit à prendre du recul.

Expiration.

Ses muscles se relâchaient. Ses mains hargneuses quittaient le clavier noir et blanc.

Inspiration.

Son dos se redressait. Ses doigts replacèrent son col convenablement.

Se souvenant de son élève improvisée, ses pupilles se déplacèrent dans sa direction, du coin de l'œil. Son visage refusait de lui faire face. La colère était bien trop présente. Qui savait ce qu'il effectuerait dans cet état ? Pressant son index sur un do, son autre main trainait sur sa cuisse, lasse. Il tachait de la garder détendue. Elle glissa vers la jambe voisine pour l'effleurer. Il s'imaginait un homme pour se calmer et rien ne prouvait le contraire. Ses iris noisette fixaient de nouveau l'instrument. D'une voix un peu rauque, il accompagna cette note solitaire :

« Commençons par un morceau plus joyeux. »

Alex ne faisait pas comme si rien ne venait de se produire. Il ne voyait simplement pas l'utilité de se justifier à cette femelle. L'effectuer ne l'agacerait que davantage. Mieux valait éviter de prendre ce risque. Avec fluidité, ses phalanges se promenèrent sur les touches. La mélodie était simple. Enfantine presque, et gaie surtout. Elle imitait des oiseaux qui chantaient dans un élan de bonheur. La tragédie précédente s'oubliait presque face à cela.

Finissant le petit morceau entrainant, il se tourna ensuite vers la demoiselle. Un sourire encore quelque peu crispé s'étira sur ses lèvres.

« A toi maintenant. »

S'emparant de sa menotte, il la déposa correctement sur le piano. Ses doigts positionnèrent les siens avec lenteur. Son souffle était toujours trop fort pour être normal et bien qu'il l'ignorait, toucher ainsi une femme avec presque douceur lui demandait un effort considérable. Lorsque cela fut fait, un léger soupir de soulagement lui échappa sans qu'il ne le réalise et plaçant sa main une gamme plus loin, il lui lança un nouveau regard en coin.

« Je te montre lentement et tu essayes de m'imiter d'accord ? »

Et les oiseaux reprirent leur chant joyeux au rythme de l'apprentissage.

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Alexander James
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Re: Gratte moi la puce que j'ai dans le dos [Morgan]

Message par Morgan le Mer 3 Déc - 17:32

Morgan a envie de rire. Rire de lui, qui accepte enfin de jouer, qui caresse sa peau souple en une chimère de sensualité. Se prendra-t-il à l’aimer ? Se prendra-t-il à la haïr ? Tout sauf son indifférence. Il est à elle, il lui est offert. Il est son cadeau d’anniversaire et elle compte bien abuser de sa patience. Alexandre la caresse, du bout des doigts, sans se salir. La peau de la jeune femme frémit, ses paupières manquent un battement. Gagner, cela lui plairait tant. Puis se refuser. Elle n’est –encore- la pute d’Obra. Ni la sienne. Même si elle aimerait, parfois, être la chienne d’un inconnu, se perdre dans ses caresses au secret d’une première rencontre et ne plus jamais le revoir. Comme toutes les femmes égarées, comme toutes les femmes dont la pureté n’a jamais été tachée du sang rouge des incendiaires, elle ourdit en son cœur les rêves sensuels, plein de vigueur et de saveur, de celles qui jamais ne regrettent, jamais ne regardent en arrière. Soudain, alors que la jeune femme se perd entre ses caresses douces, l’homme encercle de son aura maléfique sa gorge blanche. Les yeux de Morgan s’ouvrent grand et si elle était un chat, ses griffes sortiraient, sans oser pourtant griffer. La chevelure électrique et le souffle court, elle laisse passer ce moment. Ce moment étrange, ce moment qui hurle le factice de leur théâtrale amourette. Ce moment véridique où il manque de lui voler son souffle.

L’instinct éveillé, le cœur au crime sous sa couverture de jeune femme anodine, Morgan ne semble ne pas avoir sentie l’ombre de la mort dans les gestes doux, maitrisés de l’homme qui ne sait aimer les femmes. Elle joue la comédie, sa comédie, avec peut-être moins de puissance et d’intensité que les fabuleux comédiens du Crystal, mais avec son masque habituel de jeune femme de la haute. Il la croit ordinaire. Tant mieux, cela n’en est que plus rafraichissant. Il la croit fragile, grand bien lui fasse. S’il griffe elle portera les crocs à sa gorge et arrachera sa jugulaire. Pour l’instant, il la chasse alors c’est avec une grâce enfantine qu’elle joue la femme faussement triste, qui, si vite, ressent l’absence des doigts fins du pianiste sur sa peau épurée de tout tatouage.

Et puis, il s’assoit à côté de lui. Devant eux le piano a soudain moins grande allure. L’homme l’intrigue. Il est comme la marée changeante et constante, tout à la fois. A chaque nouvelle vague il perd constance, ses yeux se glacent, ses mains frappent de piano. Mais, chaque fois, cela ne dure qu’un moment. Un bref moment, où l’enfant sauvage perçoit sa bête. Puis, les eaux descendent,  l’homme revient, devient caressant, la touche comme une sœur, une amie, une amante. Il se joue d’elle et se contient, si fort, que c’en est presque amusant. Si fort, qu’elle n’a envie que de voir, encore, plus loin, jusqu’où il peut se contenir.

- Oui montres moi.

Docile Morgan, douce Morgan, elle le laisse se saisir de ses envies, la domestiquer dans un chant d’oiseaux, dans la mélodie gracile des notes. Ses mains fines imitent celle de l’artiste. Et, dans cette danse presque anodine pour lui, elle découvre la difficulté de l’apprentissage. Appuyer. Un peu. Mais pas trop fort. Garder le rythme. Le rythme, elle l’a toujours eu, dans le cœur, mais parfois ses doigts ne sont pas assez rapides. Ses doigts ne sont pas muscles, ils sont aussi oisifs que son corps. Mais elle ne dit rien, elle persiste à vouloir apprendre. Et puis, ils s’enraidissent. Elle ne dit rien, toujours, mais sent bientôt venir la fin. Et ses oiseaux, ses oiseaux à elle, ils vont bientôt mourir. Elle les aime bien. Tant. Mais ils sont tellement loin, là n’est pas vraiment leurs chants, elle le reconnaitrait, elle le comprendrait. Ce ne sont pas des oiseaux, juste des notes noires et blanches qui l’éloignent de sa principal source d’amusement. Alors elle dépose violemment ses mains sur le piano. Elle s’amuse dans ce cri qui chasse les oiseaux.

Morgan aussi, elle peut frapper le piano sans rien dire, sans se justifier. C’est ce qu’elle a envie de lui dire. Mais plus encore, elle veut lui montrer. Les bêtes lui obéissent, là, dehors. Alors elle n’a pas peur, elle n’a jamais eu peur de la violence. Sa seule crainte est l’indifférence. Et qu’il lui mente, qu’il se cache à elle, cela l’exaspère. Ses doigts glissent le long du piano, tombent sur leurs cuisses. Elle reste un instant silencieuse. Puis, retirant ses doigts fins de la cuisse de l’homme, sans oser davantage s’y attarder, elle tourne son visage et murmure.

-Mais je n’ai que faire de la joie. C’est un sentiment surfait.

Alors lentement elle se penche en avant, étire ses bras longs, glisse ses doigts jusque ses chaussures, qu’elle délasse. Puis, toujours avec une lenteur presque animale, elle se redresse, grimpe sur le tabouret, se tenant à l’épaule d’Alexandre pour ne pas tomber. Les notes sonnent alors qu’elle pose la plante fine de ses pieds délicats sur les touches blanches. Les notes sonnent, mais elle n’en a que faire. Morgan est ici pour être libre, libre de faire ce qu’elle veut. Avec légèreté elle s’étend le long du piano, sur le bois froid de l’instrument gigantesque. L’impudique  exhibe son corps de profil, alors que sur le dos, les jambes pliées, il semble avoir trouvé là sa vraie place. Son visage se tourne vers celui d’Alexandre, elle rit, quelques secondes, puis son visage s’assagit, et, se jouant de lui, les lèvres mutines et le cœur joueur, sa langue esquisse.

-Fais chanter le piano, donnes lui ta voix.

S’il se dissimule, elle le sentira. S’il se dissimule, elle sera davantage inquisitrice. Morgan veut. Exige. Son bras s’étire, sa main se déploie, elle vient jusque dans la chevelure du garçon, qu’elle caresse, et alors que ses doigts s’égarent le long de sa mâchoire – jouant comme lui aux caresses factices, ses lèvres terminent.

- Et parles-moi d’Amour.

Son visage s’étire dans un sourire, sa main revient sur son ventre, avec sa jumelle et, presque patiente, elle attend que sonne sa sérénade.

-Je veux y croire.
Cette fois.

Et, presque, du bout des lèvres, cela résonne comme une menace.

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Re: Gratte moi la puce que j'ai dans le dos [Morgan]

Message par Alexander James le Mer 3 Déc - 21:37

Ses doigts effleurèrent les touches délicatement. Ils ne les affaissèrent pas pour autant. Il s'agissait là d'une simple caresse tout au plus. Son esprit vagabondait dans les méandres de son esprit torturé. La rage coulait dans ses veines, pulsait jusqu'au bout de ses phalanges avec virulence. Le comportement de la Morgan l'agaçait au plus au point. Il préférait encore l'imaginer innocente et stupide que sauvage et autoritaire. Elle tentait de lui imposer sa volonté à coup de menaces et de caresses. Elle piétinait la source de ses œuvres. Le contact entre sa main et sa chevelure lui arracha un frisson de dégout. Ses paupières ne cillèrent pas quant à elle, dévisageant la sournoise de cet air glacialement impassible. Cette vile créature qui avait osé souiller son noble instrument en y étalant son corps langoureusement. Ses poils se hérissaient d'horreur. Sa peau caressait la peinture froide qui ornait les touches. Ce contact le maitrisait. C'était la fine barrière entre sa haine prête à déferler sur sa victime et le calme trop plat qui régnait entre eux.

Durant quelques longues secondes, aucun son de s'échappa de des lèvres de l'artiste. Aucun son ne résonna dans le long des cordes de l'instrument boisé. Rien. Néant. Le vide s'imposait lourdement. Il la laissait peser ce poids étouffant. Il se vengeait de ces ordres qu'elle pensait pouvoir lui donner. Le malaise. Il attendait le malaise. Ses iris ambrées se plantaient dans celles en face. Un combat dans le silence. La pièce devenait champ de bataille. Son corps déjà en conflit devait gérer une attaque supplémentaire. Sa patience touchait à sa limite. Son self-control s'effritait. Malgré cela, un mince sourire débuta son cheminement sur ses lippes crispées. Une lueur plus mesquine enroba son regard.

« L'Amour. »

Un rire s'étouffa dans sa gorge. Un rire de sincère moquerie. Un rire de franche désillusion. Que croyait-elle ? Qu'il jouerait une douce mélodie romantique ? Elle désirait sa voix pour exprimer de la romance... C'était comme demander à un forgeron de réparer une horloge ! Trop de subtilités qui échappaient au jeune brun. L'Amour. C'était si vaste. Si flou. Que savait-elle de l'Amour ? Et qu'en savait-il lui ? Prisonnier du Crystal, sa seule dévotion se tenait sous ses doigts et enserrait son cœur à la fois. Les notes maudites cognèrent dans sa poitrine. Ou était-ce simplement son rire qui résonnait dans sa cage thoracique ? L'organe de l'Amour se contractait en rythme avec ses brefs éclats. Il pompait le sang en rythme avec l'hilarité soudaine de son possesseur. Une larme perla presque au bord de ses cils enjoués et du revers de  l'index, il la cueillit, mettant fin à cet élan de joie improbable.

Conservant un sourire à la commissure, Alexander répéta dans un souffle personnel :

« L'Amour... »

C'était la conclusion de cet heureux évènement. Un secouement de tête, et le drôle s'envolait. Ses yeux, bien que plus rieurs qu'avant, rencontrèrent de nouveau la créature infernale.

« Très bien. Va pour l'Amour... Maitresse. »

N'était-elle pas sa dirigeante ? Sa chef ? Le sarcasme résonnait dans son ton. L'agacement aussi. Mauvaise attitude pour un domestique. Cela tombait bien, il n'en était pas un. Personne ne viendrait le remettre dans le droit chemin. Au pire... au pire que feraient-ils ? Le Crystal était sa maison. Alexander ne craignait plus rien.

Imposant ses doigts sur le piano, ceux-ci débutèrent par une douce mélodie. Des pas timides l'un vers l'autre, des sourires tendres échangés, peut-être même des caresses ! La musique laissait transparaitre ce qu'il imaginait. Elle reflétait ce qu'il désirait lui faire parler. Tout cela sonnait pourtant si faux à ses oreilles. Regards emplis de douceur pour mieux cacher l'envie dévorante. Lèvres qui baisent avec légèreté, chasteté et pourtant prête à s'emparer de tout ce corps entier. C'était l'échange de formalité. Les papiers à remplir avant l'abandon charnel. L'Amour comme mot magique, comme parole alléchante, comme masque envoutant. C'était ainsi qu'il le voyait. Il ne s'agissait qu'un mensonge. D'un écho qui se souffle pour satisfaire.

Ce n'était pas une émotion.
Ce n'était qu'un mot.

Et la mélodie continuait. Chantante et douce, elle emportait avec lenteur les amoureux sans passion, sans flamme. Alexander les moquait sans vergogne. Il les faisait danser sur ce fil jusqu'à ce que... Oh. La chute ! Une note grave. Une simple note grave qui sonne leur arrêt. La mort d'une vie embarquée par un mensonge.

Ses yeux se levèrent. Sombres comme jamais, ils riaient de ce cynisme cruel. Son rictus s'accordait à cette fin tragique.

« Mais tu voulais entendre ma voix n'est-ce pas ? Laisse moi recommencer alors. Rien que pour toi Morgan, l'étendue de mes sentiments les plus tendres. »

Son léger ricanement n'annonçait rien de bon. Craquant ses phalanges, il les déposa ensuite avec toute la douceur du monde sur ce clavier noir et blanc.

Le morceau s'élança dans un fracas : la rencontre ; le coup de foudre.

Les deux mains, les deux hommes animés par la passion, se déplaçaient sur l'instrument vivement. Ils se tournaient autour. Ils se séduisaient parfois timidement, parfois fougueusement. Les approches se montraient d'abord subtiles. Des regards qui se croisaient, des sourires qui s'échangeaient... Mais cela ne dura pas. Rien ne durait avec l'impatient. Il s'approcha. Il fila vers cet être qui l'attirait. Les deux aimants, presque amants, s'entrelaçaient. Les sons étaient proches. Ils se touchaient. Les doigts se rencontraient, s'effleuraient, s'emmêlaient. Les lèvres se pressaient, se collaient. Avides. Encore, toujours. Elles désiraient davantage. Les dents se joignaient. Morsure bestiale. Vêtement déchiré. Les chairs ne tardèrent pas à se plaquer l'une à l'autre. Les corps se découvrirent. Le piano s'enflamma. Leurs désirs aussi. Ils grimpaient toujours plus haut vers ce sommet qu'ils rêvaient d'atteindre. A deux, ils se caressaient et se touchaient. Ils se griffaient et se cognaient. Aux murs, aux meubles. Que d'importance ? Seul leur monde à eux n'en possédait. Enfermés dans leur idylle illusoire, les hommes devenus bêtes ne se dissociaient plus. Les notes étaient les mêmes. Leurs musiques se calaient sur le même rythme, le même chant. Ils ne faisaient plus qu'un. Un dans cet emportement sensuel, passionné. Le feu les consumait. Ils se consommaient. Jusqu'à l'excès, ils s'abusaient. La nuit semblait ne jamais s'arrêter. Le morceau endiablé non plus. Ils râlaient. Ils s'épuisaient. Le rythme entra dans une décadence. Un bref instant seulement. Il reprit vite ensuite, plus fougueux encore, plus brutal et ce dernier cri, cette jouissance qui les libéra enfin !

La paix envahit les lieux, le calme après la tempête. Les vies reprirent leurs rythmes différents. Leurs cadences personnelles. D'un côté, cette mélodie presque banale, douce et endormie. De l'autre, cette répétition fissurée. Quelque chose coinçait dans l'engrenage. Quelque chose qui brisait davantage l'harmonie disparue. Ca ne dormait pas. Ca s'échappait.

Les deux âmes s'éloignèrent encore et encore.
Jusqu'au retour du rien.

Silence.

Le cœur du pianiste ne désemballait pourtant pas. Emporté par ce qu'il approchait le plus à de l'Amour, traversé par les souvenirs fous d'un homme qui l'avait transporté le temps d'une nuit... Alexander se remettait de ses émotions. Il avait vécu sa musique. Rien à voir avec la bagatelle pitoyable qui représentait les oiseaux, ou l'Amour niais de deux inconnus. Il s'était exprimé. Il avait laissé parler sa voix. La sienne. Rien que la sienne.

Ses paupières s'abaissèrent. L'artiste préférait rester seul dans ce moment intime. A quoi bon le partager avec la mauvaise compagnie qui l'entourait ? La fuite ne fut pourtant pas éternelle. Lasses, ses pupilles redécouvrirent le monde si ennuyeux qui l'entourait. Elles dévisagèrent encore cette femme qui l'énervait mais à qui il s'était ouvert, inconsciemment. Alors, dans un souffle, il railla :

« Ma voix a-t-elle satisfait sa Majesté ? »

Parce qu'il ne voyait d'autres moyens que la moquerie pour la fermer dehors à nouveau. La sortir de son espace personnel où nul autre ne peut y déposer les pieds. Surtout pas une femme.

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Re: Gratte moi la puce que j'ai dans le dos [Morgan]

Message par Morgan le Mar 9 Déc - 15:04

« Très bien. Va pour l'Amour... Maitresse. »


Il se moque, il se moque de toi Morgan. Dans ta grâce désenchantée, dans ta posture offerte, de ton cœur prêt à tout prendre et même le moindre. Est-ce là, la vengeance d’Obra ? T’offrir en pâture à un homme incapable de t’aimer. Incapable de te comprendre. Parce que le monde dehors est si dur, Morgan. Parce que derrière les barreaux de ta cage, tu n’es plus rien qu’une idée. Parce qu’il est le seul reflet d’une humanité derrière les murs. Et qu’il se moque. Il rit, il pleure, et il t’arrache de force ce sentiment de joie, il t’oblige à la solitude, tu te sens frémir. Et pleurer. Un peu. A l’intérieur. Mais tu lui refuses la moins larme, le moindre soupçon de désespoir. Tes lèvres restent entrouvertes en un sourire. Tu restes allongée, étendue. La froideur du piano est douce, enivrante. Ton dos se réfugie dans son reflet. Une partie de toi tremble, un peu. L’autre est furieuse. Et la dernière enfin, se sent satisfaite. Il obéit. Tu le contrôles. Il obéit. Quelqu’un t’obéit. Tu te contrôles.

Et même si sa mélodie sans ride t’endort. Si tes paupières sont lourdes et ton souffle au dehors. Même s’il ment. Tu fais semblant d’aimer. Tu as tellement l’habitude de mentir, là est même ta seconde nature. Le mensonge. Les sourires. L’élégance. Tu confondrais le diable à ce jeu, mais pas le mendiant. Tu mendiais. Et les pièces brulantes claquent contre tes tympans. Tu mendiais, et il ne t’offre que les miettes d’un rêve. Que des rides sur une eau flasque et endormie.


 «Rien que pour toi Morgan, l'étendue de mes sentiments les plus tendres. »



Cruel. Il ne t’aime pas. Pourrait-il ?  Personne ne le peut, sauf Gaia, ta promise, qui t’a faite à son image. Tu es étrangère, tu es anormale, tu es amorale. Et tes notions, du bien et du mal, ne ressemblent en rien aux ordres des hommes. Personne ne saurait t’aimer toute entière, tu es étrangère à ta propre nature.

Ses yeux s’entrouvrent. Noirs, insondables. Sans plus de rire ni de joie. Sans tristesse et sans sentiment, il l’a asséché de toute émotion. Comme des fantômes aux rives de sa vision, Morgan voit les doigts élégants de l’homme s’ouvrir et se poser. Il est si délicat, parfois. Il est si tendre avec les touches froides. Les notes fusent. Violentes. Menaçantes. Fusionnelles. Les notes fusent et le cœur bondit et gronde, tout à l‘intérieur du corps délicat de la prise au piège. Nul souffle ne traverse plus les lèvres de la jeune femme. Nulle tristesse ne glisse le long des cils. Ses yeux s’écarquillent. Oui c’est cela. Ce quelque chose, d’insaisissable, dans les notes fracassantes de l’artiste. Cela doit ressembler à cela, l’Amour. Toute cette violence la galvanise, elle se sent renaitre et mourir tout à la fois. Perdue dans la mélodie et dans ses inflexions, Morgan ne prends plus garde au monde qui les entoure, ni même aux ténèbres grisent qui enlacent son âme. La vie. Violente, Nuageuse, Insatiable. Il y a de la vie dans les touches, il y a de la puissance dans l’art de son beau prince.

Il s’offre. Pas à elle. A sa musique. Tout entier. Et réceptacle de son chant, la lascive semble disparaitre. Elle ne se mouve ni ne s’émeut, elle se laisse pénétrer par l’air et s’endort dans ses douceurs. Son cœur bat si fort qu’il lui semble résonner dans les profondeurs du piano. Son âme vibre dans l’avènement de son art.   Puis, quand les notes se font disparates, Morgan retrouve son souffle, son calme. Le silence lui fait du bien. Elle pense aux heures manquées, à cet amant qu’elle n’aura sans doute jamais, à cette histoire qui ne peut pas être la sienne, aux blessures qu’elle est prête à s’infliger pour se libérer.  Car, de celles qui lui furent données depuis sa naissance, ne lui restent plus que les armes des femmes. Celles, tranchantes, incisives, sensuelles qui donnent la nausée à son cœur. Celles dont elle n’est encore tout à fait prête à user.  

Mais il parle. Encore cette raillerie et cette fois Morgan ne se prête pas au jeu. Elle souffle, encore allongée, comme endormie, avec beaucoup de douceur.

- Cesses.

Lentement ses jambes se retirent du bois. Elles s’entrouvrent et s’ouvrent devant lui, alors que Morgan s’assoit sur le piano et pose ses mains sur son bois. Son premier pied s’installe sur le velours noir du tabouret. Le second s’installe avec légèreté sur sa cuisse. Morgan le regarde, quelques secondes. Il ne la voit pas, pas vraiment. Alors lentement elle s’empare avec douceur de son visage, le force à lever les yeux. A la regarder, pour de vrai. Qu’il voit le noir de sa nuit et la pâleur de sa peau. Il ne veut pas l’aimer. Bien. Apres cet éloge de la violence, elle ne peut, Elle, que s’abimer dans le reflet de ses pupilles prédatrices.

-Je voudrais te remercier.  
Lentement elle approche ses lèvres du visage qu’elle contourne, rejoint son oreille alors que les lianes noires de sa chevelure glissent et viennent, contre le visage masculin, caresser celui qui ne mérite rien de ses grâces et qui, pourtant, à éveiller la vie dans son cœur en disgrâce.

-Ta voix est magnifique. Merci.

La violence d’Alexandre éveille sa douceur. Et pourtant, alors qu’elle se sent si proche de lui, Morgan n’a qu’une envie. De le frapper ou de lui montrer ses crocs.


-Mais pourquoi es-tu si cruel ? De nous deux, je suis la plus contrainte.
Que t’ais je fais pour mériter tant de sarcasmes ?

Le jeu, peut-être. Elle n’a pas de ces jeux qui mettent à l’aise les gens.

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Re: Gratte moi la puce que j'ai dans le dos [Morgan]

Message par Alexander James le Mer 10 Déc - 18:49

Le jeu s'arrêtait.
La comédie ne régnait plus entre les deux acteurs.
L'ordre de la reine brisa ses sarcasmes pesants. Il coupa l'envie forcée au misogyne. Cette tentative vaine de repousser la princesse de son monde échoua lamentablement. Comment pouvait-il l'exclure après lui avoir offert un passage si béant ? Ce morceau, cet air endiablé, il s'agissait d'une part de lui. Sa voix qui criait avec violence à travers ces touches bicolores venait de s'exhiber sans honte face à la créature lasse. Il était trop tard pour rebrousser chemin. Le soulagement envahit un bref instant l'artiste qui fatiguait face à cette danse. Un pas en avant. Un pas en arrière. Une approche sensuelle. Un refus brutal. Le jeu avait assez duré. Il était temps qu'il cesse... comme la Morgan venait de l'ordonner.

Le regard plus calme car le piano l'avait défoulé, Alexander observa en silence les mimiques et les gestes de la demoiselle.

Un frisson de mal être le traversa au contact de son pied. Il n'effectua pourtant aucun mouvement pour la repousser.

Les visages qui s'approchaient dangereusement le figèrent davantage. Il était tendu mais immobile. Il lui laissait carte blanche. Avait-elle compris que cet amour qui la faisait rêver resterait un fantasme inachevé ? Pensait-elle encore pouvoir le séduire, lui qui n'aimait pas les femmes, lui qui la rejetait depuis son arrivée, lui qui éprouvait tant de haine ?

Un soupir de soulagement coula sur ses lippes qui s'arquaient lentement d'un sourire : elle avait compris. Le baiser évité, son élève se contenta de murmurer de douces paroles à son oreille. Aussi surprenant que cela puisse paraître, Alexander apprécia.

Merci.

Combien de fois avait-il entendu ce mot ? Avec autant de douceur et de sincérité, certainement jamais. Il dégustait ces deux syllabes davantage que le compliment. Il se sentait calmé. Sa haine apaisée, au moins pour un temps.

Son regard se plongea lentement dans le sien. Plus doux. Moins fougueux. Le brun étira ses doigts si tendres parfois jusqu'à elle, il effleura très légèrement sa joue, frémissant au contact avant de glisser cette mèche échappée derrière son oreille. Leurs peaux se frôlaient. Il ne pouvait lui offrir mieux mais cette fois-ci, ses gestes avaient le mérite d'être sincères.

« Ce n'est pas toi. Tu n'as aucune raison de te blâmer si ce n'est d'être née femme. »

La vérité résonna comme un glas. C'était là son seul pêché. Son genre, son sexe... Ces différences qui la rendaient Elle et non Il. C'était rien que ces détails qu'il méprisait du plus profond de son être. Qu'y pouvait-il ? L'artiste n'était même plus capable de se souvenir clairement des raisons de sa colère si ancrée. Sa mère flottait quelque part dans les méandres de sa mémoire troublée. Elle était la source de tout. De lui et de sa haine. Etait-il né avec ? L'avait-il développé au fil des années ? Surement un mélange des deux. Le Crystal couvrait d'un voile flou ce passé, préférant laisser peser le doute sur son esprit. Alex n'avait pas besoin de savoir, seul comptait cette rage qui l'animait.

Et pourtant, à cet instant précis, le jeune homme se sentait bien. Reposé et détendu. Ses doigts touchaient presque le derme pâle de sa partenaire. Les murmures glissaient entre ses lèvres ornées d'aucun rictus cynique.

« Je ne sais ni qui tu es ni pourquoi tu es ici, Morgan. Je suis simplement le pianiste  maudit envoyé pour te divertir. Le prisonnier du Crystal que l'on pense aussi vide qu'un pantin. »

Un mince sourire apparut à cette remarque. Délicatement, comme chaque parole qu'il prononçait. Les mots roulaient sur sa langue dans une langueur appliquée. Il respirait profondément pour conserver cet état paisible qui lui permettait cet échange intime et sincère.

« Tu sais maintenant que c'est faux. »

La musique était sa parole et personne ne tirait les ficelles dans son dos pour le faire avancer. L'artiste aimait à penser ainsi, malgré l'influence indéniable du Crystal sur son âme. Son choix comportait quelques compromis qu'il s'efforçait d'accepter.

Soupirant légèrement, sa main libre enlaça la cheville déposée sur sa cuisse dans un mouvement étonnamment bienveillant. Il la caressa un peu puis remonta sans se presser, découvrant ce corps offert à lui avec une curiosité mêlée au dégoût. Qu'y pouvait-il ? Il en serait toujours ainsi. Son regard ambré ne quittait toujours pas le sien pourtant. Il la fixait avec intensité, presque séduction par habitude.

« Ne prends pas ma colère trop à cœur, ni ma cruauté ou mon sarcasm- »

La prise se resserra soudainement sur la jambe dénudée autant que sur son cœur courroucé. Ses yeux se fermèrent brusquement. Ses doigts s'enfoncèrent  dans la chaire innocente, la griffant surement un peu. Dans un dernier instant contrôlé, il rejeta avec violence ce membre qui l'envahissait.

Son souffle se coupa la seconde suivante.

Portant la main à sa poitrine, le pianiste agrippa sa chemise, griffa le tissu et sa peau à travers comme si l'air trouverait son chemin par ces blessures. Tanguant, il recula un peu, bousculant le tabouret, le renversant même. A plusieurs reprises, la chute sembla inévitable mais une force supérieure, sa volonté qui refusait de céder certainement, l'empêchait de s'effondrer pitoyablement sur le sol lustré. A la place, dans un hurlement de colère, il écrasa son poing contre le mur. Une fois. Deux fois. Trois fois. Sa peau s'entaillait sous les chocs. La douleur envenimait sa rage soudaine. Il ne perdrait pas. Son honneur refusait. Son ego se rebellait. Des deux poings cette fois, Alexander frappa de nouveau. Ses avant-bras se fracassèrent contre ce mur si solide. Son souffle ne revenait pas. Son front se cogna plus faiblement à la paroi. Tout en lui combattait.

Quelques secondes s'écoulèrent ainsi sans qu'il ne bouge. Quelques grognements lui échappèrent parfois, lorsque la douleur cognait dans sa poitrine plus fortement. Sa résistance se démontra rapidement futile. Ses genoux lâchèrent en premier. Ils cédèrent sous la puissance de l'appel. Ils entrainèrent dans leur décadence le reste de ce corps si lourd maintenant. Tout son être glissait le long du mur jusqu'à se heurter au plancher.

Vaincu. L'orgueilleux pianiste était vaincu et haïssait cela.
Pour un peu, il aurait pleuré de rage. Pour un peu, il aurait hurlé de colère.

Mais il ne fit rien. Plus rien. Il savait que ça serait vain. C'était le premier réel rappel à l'ordre. Plus tôt, ça n'avait été qu'une plaisanterie, un simple coup de coude pour qu'il n'oublie pas d'où il venait, rien de plus. Mais maintenant, c'était un véritable coup de fouet du maitre à son esclave pourtant dévoué. Pas assez il fallait croire. S'ouvrir, même si peu, à la demoiselle était visiblement une erreur qu'il payait sans pour autant ressentir de regret.

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Re: Gratte moi la puce que j'ai dans le dos [Morgan]

Message par Morgan le Lun 23 Mar - 21:11

vIl lève sa main, sa main blanche, ses doigts fins. Va-t-il la frapper ? A-t-elle trop dit, encore ? Se peut-elle que même sincère, offerte sans masque, elle soit encore à ce point insupportable ? Morgan craint ses doigts froids, qui n'aiment que les touches glacées de cette musique plein de violences. Elle craint leurs colères. Leurs ongles manucurés qui lui semblent bien plus effrayant que les griffes des chats sauvages. Elle craint l'indifférence et le rejet. Mais les doigts sont doux, ils glissent le long de sa peau pâle de son visage. Ils caressent son derme avec légèreté, et même, pour mieux les sentir, elle laisse ses paupières s'alourdir et se déposer, tel les ailes des papillons de nuit, sur ses yeux noirs. Pour mieux les sentir et les aimer, alors que déjà ils s'échappent, rejoignent les ténèbres sombres de sa chevelure. Avant que déjà ils ne partent. Et que ses paupières pâles s'ouvrent, de nouveau.

-Être née Femme, c’est bien la seule arme qu’on ne puisse m’ôter.

Elle souffle, effarée. Est-ce possible qu’on la condamne pour ce tort, pour le seul peut-être qui ne soit de son fait ? Être née femme. C’est donc cela, la raison du pourquoi. La cruauté, la violence orageuse, les silences, le sarcasme. Être née femme. C’est pour sure, la seule chose qui lui reste. Sa famille, ses pouvoirs, sa liberté, il ne lui reste pas grand-chose, sa féminité est son dernier trésor. Cette chevelure qu’elle vénère et entretient avec soin. Sa ligne fine, oisive, sa silhouette longiligne. Ses mains manucurées, aux ongles propres, nacrés. Le mascara qui voile son regard, les robes longues. Être née femme. Ce sera peut-être sa seule arme, si elle vend son corps au diable blanc et espère qu’en jouant la pute, il s’éprendra d’elle et la libérera. Être née femme, c'est peut-être ce qui lui reste de protection contre le reste du monde, ce qui lui reste de fragilité.

Il ne la connaît pas. Ses yeux s'écarquillent, l'enfant s'étonne. Dire que Morgan croyait qu'il se moquait de ses ailes coupées, de sa cheville lourde du poids des fers imaginaires et pourtant bien réels. Dire que ses piques, si violentes, si dures, n'étaient que des piques lancées au désordre, au hasard la chance. Que rien n'était contre elle vraiment. Et qu'elle a tout pris comme une enfant boudeuse à qui on refuse l'amitié. Elle lui est aussi étrangère qu'il lui est inconnu. Et sans doute, ne connaît-il pas davantage Gaia qu'elle ne connait vraiment le Crystal. Car alors qu'il parle, elle ne sait que comprendre. Le Crystal est un étranger dans son monde, une âme noire, qui caresse de ses tentacules géantes les beautés blanches de sa tour d'ivoire, et celles, plus sauvages, de son peuple orphelin. Le Crystal lui semble sans présence, sans sens. Elle se détourne de lui comme Gaia. Refusant de voir ce qu'il fut autrefois, une part d'elle. Et que c'est sa jumelle, il y a des siècles de cela, qui enfanta de sa colère. Le Crystal est une ombre, au coin de son regard cerné de velours noir, de ses cils si longs, qui voltigent dans l'air lourd. Le Crystal est un être qu'elle ne veut voir vraiment. D'une certaine manière, elle est sensible à ce qu'il fut. Et même si elle ne sait, et que peu savent, elle sent. Les restes de beautés. Les restes de douceurs. Violés au nom de l'Aurore scintillante. Perdus, à jamais, alors que battent les airs sublimes et voltigent ses marionnettes folles. Il lui fait peur.

Alors Morgan boit les maigres paroles qu'il lui adresse. Elle dévore ses caresses. Sans bouger, sans oser se mouvoir de peur de lui exhiber ses armes de femme et de le faire fuir. Elle reste, juste, immobile, comme si elle dressait un animal sauvage qui ne pourrait l'entendre. Et sa peau s'hypnotise aux caresses tendres qu'il adresse à ses chevilles si fines. Sous ses doigts naissent de petits tatouages, de petits chats qui suivent ses doigts. La main de l'homme l'enserre, l'encage, mais la femme usée par tant d'années sans liberté, a la vague impression de goûter à des sensations interdites. Il a pas le droit, Obra va le tuer. Il faudrait qu'elle l'écarte. Elle est pas sure que le Crystal puisse le protéger des foudres de la dame de fer. Il n'a pas le droit. Morgan devrait le tuer. Ou juste, au moins, plus se laisser faire, maintenant que les faux semblants se sont étiolés et qu'il ne reste plus que cette vérité cruelle. Jamais, ils ne pourront même s'entendre. Et même sa voix de velours, n'oserait mentir.

Ni ses gestes. Il la jette. Ni les siens. Des ronces épineuses naissent sur sa peau pâle. Il brusque sa peau, violente ses douceurs. Il la broie, un instant, avant que ses griffes pénètrent sa chair. Et glisse, sur le fil blanc, dessinant à l'encre rouge les lettres de leurs désamours. Morgan glisse du piano, tombe, un instant pris en déséquilibre, avant de retomber, sur ses pieds, avec souplesse et un brin de défiance. Dans sa posture pleine d'appréhensions, alors que son bras droit s'élève entre son visage et l'homme, attendant un choc, elle reste quelque seconde stupéfaite.

Il se bat contre le vide. Autour, violemment. Contre le monde. Il se débat contre un monstre invisible. Qui le possède. Qu'il semble détruire, contre le mur. Avec la sauvagerie des bêtes en cage, de celles qui meurent de faim. Qui se transforment en des monstres enragés, blessés par le contact de l'Aura. L'artiste autrefois si réservé, si plein de charmes dans sa retenue, dans ses émotions contenues, menace d'exploser. S'ensanglante. Se blesse. Se détruit. Et Morgan ne sait que faire. Son bras tombe. Elle l'observe sans bouger, les yeux écarquillés, des doutes entravant ses chevilles. Doit-elle intervenir ? Il semble. Mais que faire ? Et comment ? Il doit être bien plus fort qu'elle et sous le joug de sa fureur, il lui semble intouchable. Et fascinant. La violence la tient en laisse et la laisse maîtresse d'un calme sans fond. La sauvagerie des autres la toujours détendue.

Mais tout cesse et ne reste plus qu'un calme d'après tempête, alors que l'artiste perd toute sa vitalité. Il ne peut plus se battre et son abattement la laisse sans voix. Elle s'inquiète, Morgan. De cet état étrange dans lequel il chute. Et qui, s'il ne le blesse plus, le laisse sans âme. Alors enfin la jeune femme retrouve le contrôle sur son corps et court jusque la porte, qu'elle ouvre, pour rejoindre les soldats de l'armée blanche.

Sa voix s'affole, elle lance, pleine de supplications.

-Qu'est-ce qui se passe ?
Il va pas bien, il faut faire quelque chose !

Le soldat jette un œil dans l’entrebâillement de la porte. Puis réponds, en mâchonnant son chewing gum, l'oeil sans émotion et le verbe gras.

-Rien c'est normal, secoue le un peu, et il pourra encore jouer. Ces artistes, ils sont tous un peu fêlé, mais là ça va, il n'a pas l'air si amoché.

Une froideur s'immisce entre les lèvres de Morgan. Puis glisse, serrant sa gorge émotive, brûlant son ventre, rampant le long de ses capillaire si sensibles jusque atteindre sa peau blanche, qui se perle d'un bleu pâle. Léger. Elle manque de vomir. Elle voudrait vomir la race humaine toute entière.

-Tu veux qu'on le dégage ? T'a encore le droit à une demi-heure gamine, tu devrais en profiter, c'est pas tous les jours ton anniversaire.

Ses yeux se voilent. Ce mépris, elle le connaît. Les scientifiques lui témoignent la même indifférence. La voix grave, faussement sans âme, le sourire aux lèvres, figé, elle réponds.

-Non. Non, non.

Morgan ferme la porte derrière elle. Un instant elle s'appuie tout contre. Puis,avec méfiance, elle s'approche de son invité. Assis, contre le mur, il semble dans un état d'abattement proche de la mort, comme s'il perdait vie, devant elle. Marionnette désabusé par la nuit, que le marionnettiste range dans son coffret de bois. Sans même plus une insulte pour la faire frémir.

Sa main glisse sur sa cuisse, enserre son genou, alors qu'elle s'agenouille à ses côtés, pour ne pas plisser sa robe de princesse de conte de fée. Puis, prise au piège de son silence, de sa lenteur, de son immobilité anormale, elle se saisit de sa main. Ensanglantée. Qu'elle voudrait pleine de vie, pleine de griffes. Mais la main est lasse. Morgan la porte à ses lèvres. D'une baiser chaste, elle habille ses lèvres de son sang. Tachant sa pureté de la violence acre de sa malédiction. Puis rassemblant les deux siennes autour de la main de l'artiste, elle la dépose sur sa cuisse, comme le ferait une enfant, comme le ferait une mère. Avec l'innocence de celles qui ne connaissent la pudeur que de nom et qui savourent la chaleur des caresses animales.

Elle murmure. Les yeux cherchant les siens.
Sans oser se mouvoir davantage.


-Je le savais, tu sais, pour le Crystal. Il effraie les bêtes.

Morgan serait bien incapable de lui rendre la chaleur normale des bêtes, de lui insuffler la sauvagerie qui était sienne. De lui rendre ce qui lui a été pris. Car quelque chose manque, elle le sent. Quelque chose de différent de ce collier qui entrave ses pouvoirs. Quelque chose de plus profond, mais d'aussi réel.

-Et même les insectes, ils n'entrent pas.

Ils ne sont pas tout à fait normaux les artistes, elle se rappelle. Les animaux réagissent pas pareil. Ils les évitent. Et, d'une certaine manière Morgan n'avait jamais vraiment compris pourquoi. Devant lui, à genoux, offerte dans une douceur qui est rarement sienne, elle ne sait vraiment comment l'exprimer, mais elle ressent aussi cette différence. Une de ses mains quitte la sienne et rejoint son visage, qu'elle caresse, suivant la ligne brillante d'une larme de sueur.

-Ne t'inquiètes pas, tu peux partir. Quand tu veux.
Je ne te retiendrais pas.

Morgan leur ressemble, à ces gens de la cité blanche qui posent les fers et imposent leur rythme. Elle porte leurs vêtements, leurs maquillages. Elle parle la même langue et mime parfois leurs gestes sans s'en rendre compte. Mais elle n'est pas eux. Elle ne sera jamais tout à fait eux. Comme Alexander, elle appartient à quelqu'un d'autre. Qui l'appelle. Et l'appelle sans cesse.

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Re: Gratte moi la puce que j'ai dans le dos [Morgan]

Message par Alexander James le Sam 9 Mai - 20:58

Sa poitrine se haussait et s'abaissait au rythme de sa lente respiration. L'étau sur son cœur s'était relâché à sa chute sans vie. Son corps demeurait immobile mais son âme s'agitait. Elle ressentait ce vide terrifiant et tentait d'en échapper, de grimper vers la suraface. Elle poussait contre sa peau. Elle frappait contre ses côtes. Où était sa liberté ?! Ces possibilités infinies, illimités qui lui étaient offertes habituellement avaient disparues. La défaite était pénible et surtout, affreusement douloureuse. Des chaines s'enroulaient autour de ses poignets et ses bras, ses chevilles et ses jambes.  Sous la puissance du Crystal, sa peau étouffait, ses vaisseaux s'asséchaient. Son âme voyait la mort roder auprès du corps. De son corps. Le baiser mortel n'attendait qu'une simple volonté de plus de ce ténébreux Crystal. Des larmes coulèrent le long de ses joues. Où était-ce celles de son corps ? Oui, son corps pleurait. Le pianiste pleurait d'être vaincu. Il pleurait d'avoir courbé l'échine. L'homme fier n'était plus. Son maitre l'avait rappelé à l'ordre, lui avait rappelé sa place en ce monde : il était ici pour le divertir. Seul son bon vouloir le maintenait dans cet état si prisé qu'était la vie. Sa fragilité le frappait de plein fouet.  Lui, qui croyait naïvement avoir choisi sa destinée, se mettait à douter. Et si cette entité supérieur l'avait envouté depuis le début ? Repéré dès sa tendre enfance pour le pousser dans ce chemin tortueux qu'était sa vie. L'idée ne semblait plus si insensée lorsqu'il revoyait tous les folies dont était capable cet être.

Un frisson caressa ses hématomes invisibles. Une baiser humide se mêla au sang étalé sur ses mains. Ses pupilles vides de vie se rallumèrent lentement. Le contact éloignait l'ombre fatale. Ses sens se réveillaient, l'esprit reprenait possession de son corps. La voix qui résonnait restait lointaine et ses paroles se perdaient dans un murmure à peine compréhensible. D'un mouvement difficile, sa tête se pencha en direction  de la source de cette douceur si bienvenue. La silhouette floue se dessina étonnement rapidement sous les iris noisette de l'artiste. Sa main enserra ce qu'elle trouva : un morceau de tissu. La robe surement. Qu'importait, Alexander s'y attacha comme à une bouée. D'un souffle, il quémanda, suppliant presque :

« Parle...»

Les échos aigus de sa sauveuse achevaient de l'éveiller. Ses muscles s'agitèrent de quelques spasmes, reprenant leurs activités au point qu'il put se redresser. Sa gorge semblait soudain asséchée. Ce simple mot l'avait écorché. Une saveur ferrique coulait sur sa langue, lui arrachant un début de grimace. Aucune partie de son être n'avait été épargné. Elles souffraient à l'unisson. Ses paupières lourdes s'abaissèrent une brève seconde. Le temps qu'il prenne une inspiration, qu'il se concentre sur autre chose que sa douleur lancinante.

« Le piano... Je veux jouer. »

Son seul ami. Son seul réconfort. Son antre sacrée qui le protégeait de tous les maux. Quelques notes ne le sauveraient pas mais elles l'aideraient à s'évader, à fuir cette réalité si amère à cette seconde. Son regard épuisé se posa sur son élève. Sa force sauvage, sa haine enragé... Tout cela s'était évaporé. Il était dénudé. Le pianiste maudit se tenait tel qu'il était réellement. Vulnérable dans sa solitude. Souffrant dans sa sincérité.   Ne lâchant pas la robe qui l'empêchait de replonger dans l'abysse de vide qui se tenait sous ses pieds, l'homme sans âge se redressa. Ses articulations craquaient. Ou du moins, dans sa tête, il les entendaient grincer, comme des charnières rouillées avec le temps.

Lorsque son regard rencontra le reflet lustré du piano, il ne s'en décrocha plus. De sa démarche vieillie, l'artiste s'en approcha. Dès que le tabouret fut à portée de main, il s'effondra dessus avec impatience. Ses doigts se dénouèrent au contact désiré. Sa poitrine se libéra d'un poids. Et sans une parole, ses phalanges s'enfoncèrent pour jouer un morceau en noir et blanc. Une mélodie lente, parfois légèrement plus accélérée mais toujours d'une grâce fluide sans équivoque. Il se soignait. Il apaisait son cœur en peine grâce aux notes. Son ami lui chantait une berceuse réconfortante si profonde que le joueur ne avait fermé les yeux. Il profitait autant qu'il composait. L'atmosphère autour de lui s'adoucissait. Son esprit errait en des contrées lointaines, en des mondes merveilleux où douleur et peine n'existaient plus. Il s'envoutait de sa mélodie et un sourire serein illumina son visage jusqu'à la dernière note.

Le paysage morne de la pièce réapparut sous son regard revigoré. L'amertume entre ses lèvres avait disparu. Son souffle ralentit. Lentement, le flot de souvenirs coula dans son esprit. L'image de son élève revint et du coin de l'œil seulement, il l'observa. Osant davantage ensuite, il se tourna dans sa direction. Ses doigts s'emparèrent de sa main dans un geste élégant et de ses lèvres étirées, il y déposa un baiser. Ses iris noires se redressèrent vers le visage de la jeune femme et Alex souffla, de sa voix la plus sincère :

« Merci. »

Parce que sans elle, il serait toujours allongé dans ce puits sans fond. Sa rancœur restait de côté le temps de ce court échange. Il se savait redevable. Le Crystal avait gagné et s'était retiré en parti. Il savait pertinemment que son jouet reviendrait de lui-même dans sa boite pour se ranger. Les fils de la marionnette étaient noués fermement à nouveau à chacun de ses membres. Il ne craignait plus rien du pianiste qui savait très bien ce repos de courte durée. L'ordre avait été clair : il devait rentré.

Se redressant, se mettant droit pour reprendre un semblant de fierté, Alexander observa la demoiselle.

« Je vais devoir partir...  Je ne tiendrai pas beaucoup plus longtemps loin de chez moi. Si jamais tu veux m'entendre encore jouer, viens me voir. »

D'un geste, il l'attira proche de lui. Ses lèvres se perdirent dans sa chevelure sombre et proche de son oreille, il ajouta à son attention seulement :

« Je te suis redevable. Je ne l'oublierai pas. »

C'était une promesse.

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Alexander James
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Re: Gratte moi la puce que j'ai dans le dos [Morgan]

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